HISTOIRE, OU NOUVELLE HISTORIQUE
Ï! y a quelques années, un monsieur qui voyageait
î de Niagara à Montréal arriva de nuit au Côteau du Lac.
“Ne pouvant se loger commodément dans l’une des deux
À chétives auberges de l'endroit, il alla prendre gîte chez | un cultivateur ‘des environs. Comme son hôte l’introdui- + sait dans la chambre où il devait coucher, il y aperçut ‘un portefeuille de voyage, agrafé en argent, et qui « contrastait avec la grossièreté des meubles de la maison.
+ Il le prit et lut les initiales qu'il y avait sur le fermoire. 4 « C’est une affaire curieuse , lui dit son hôte, et plus © vieille que vous et moi. — C’est sans doute, ré- + pondit l'étranger, quelque relique dont vous aurez hé- | rité. — C’est quelque chose comme cela, repartit +: l'hôte; il y a dedans une longue lettre qui a été pour
nous jusqu'à présent comme du papier noirci. Il nous
| est venu en pensée de la porter au P. M......, aux Cè-
dres ; mais j’attendrai que ma petite fille, Marie, soit en état de lire l'écriture à la main... — Si la chose ne vous déplaît pas, dit l'étranger, j'essaierai de la lire.»
ouvrit le portefeuille, prit le manuscrit, et le donna : l'étranger. « Vous me faites beaucoup de plaisir, lu dit-il : ç'aurait été, même plus tard, une tâche difficile
pour Marie, car, comme vous voyez, le papier a VIA ï
gé de couleur, et l'écriture est presque effacée.
Le zèle de l'étranger se ralentit quand il vit la air
culté de l’entreprise. « C'est sans doute quelque vieux! mémoire de famille, dit-il en déployant le manuscril} d'un air indifférent.
— Tout ce que je sais, reprit l'hôte, c'est que ce n'est point un mémoire de notre famille ; nous sommes,
depuis le commencement, de simples cultivateurs, et ill n’a rien été écrit sur notre compte, à l'exception de cel
qui se trouve sur la pierre qui est à la tête de la fosse de mon grand-père, aux Cèdres. Je me rappelle, commeh si c'était hier, de l'avoir vu assis dans cette vieille chaise #
de chêne, et de l’avoir entendu nous raconter ses voya-f k ges aux lacs de l’ouest avec un nommé Bouchard, # jeune Français, qui fut envoyé à nos postes de com-
merce. On ne parcourail pas le monde alors, comme à} présent, pour voir des rapides et des chutes. À — C’est donc, dit l'étranger dans l'espoir d'obtenir M
enfin la clé du manuscrit, quelque récit de ses voya- d
ges?
trouvé sur le rivage du lac Huron, dans un lieu soli- 4
taire et sauvage. Asseyez-Vous ; et je vais vous racon- À
ter tout ce que j’en ai entendu dire à mon grand-père : |
le bon vieillard ! il aimait à parler de ses voyages. » Le | l
petit-fils l’aimait aussi, et l'étranger écouta patiemment le long récit que lui fit son hôte, et qui, en substance, se réduit à ce qui suit :
Il paraît que, vers l'année 1700, le jeune Bouchard et ses compagnons, revenant du lac Supérieur, s'arré-
Le bonhomme consentit avec joie à la proposition ; il
— Oh! non, repartit le bonhomme; Bouchard l’a 1
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LÉGENNES CANADIENNES. 45
tèrent sur les borü: lac Huron, près de la baie de Saguinam. D'une ér.inence, ils aperçurent un village sauvage, ou, en termes de voyageurs, une fumée, Bouchard envoya ses compagnons avec Sequin, son guide sauvage , à ce village, afin d'y obtenir des canots pour traverser le lac; et, en attendant leur retour, il chercha un endroit où il pût se mettre à couvert. Le rivage était rempli de rochers et escarpé ; mais l'habitude et l'expérience avaient rendu Bouchard aussi agile et aussi hardi qu’un montagnard suisse. Il descendit les précipices en sautant de rocher en rocher, sans éprouver plus de crainte que l'oiseau sauvage qui vole au dessus, et dont les cris seuls rompent le silence de cette solitude. Ayant atteint le bord du lac, il marcha quelque temps le long de l’eau, jusqu'à ce qu'ayant passé une pointe de roche, il arriva à un endroit qui lui parut avoir été fait par la nature pour un lieu de refuge. C'était un petit espace de terre en forme d’amphithéâtre, presque entièrement entouré par des rochers qui, sail- Jant hardiment sur le lac, à l'extrémité du demi-cercle, semblaient y étendre leurs formes gigantesques pour protéger ce temple de la nature. Le terrain était probablement inondé après lés vents d'est, car il était mou et marécageux, et parmi les plantes sauvages qui le couvraient il y avait des fleurs aquatiques. Le lac avait autrefois baigné ici, comme ailleurs , la base des rochers ; elle était quelquefois douce et polie, quelquefois rude et hérissée de pointes. L'attention de Bou- Chard fut attirée par des groseilliers qui s'étaient fait jour à travers les crevasses des rochers, et qui, par leurs feuilles vertes et leurs fruits de couleur de pourpre, semblaient couronner d’une guirlande le front chauve du précipice. Ce fruit est un de ceux que produisent naturellement les déserts de l’Amérique du Nord, et sans doute il parut aussi tentatif à Bouchard
DU
que l’auraient pu, dans les heureuses vallées de la Dr. France, les plus délicieux fruits des Hespérides. En Hi cherchant l’accès le plus facile à ces groseilles, il dé- À couvrit dans les rochers une petite cavité qui ressemblait tellement à un hamac, qu’il semblait que l’art s’était joint à la nature pour la former. Elle avait probablement procuré un lieu de repos au chasseur ou au pécheur sauvage, car elle était jonchée de feuilles sèches, de manière à procurer une couche délicieuse à un homme accoutumé depuis plusieurs mois à dormir sur une couverture de laine étendue sur la terre nue. Après avoir cueilli des fruits, Bouchard se retira dans la j grotte et oublia, pour un temps, qu’il était séparé de | | son pays par de vastes forêts et une immense solitude. Ï1 écouta les sons harmonieux des vagues légères qui venaient se briser sur les roseaux et les pierres du ri- | vage , et contempla la voûte azurée des cieux et les nua- | ges dorés de l'été. Enfin, perdant le sentiment de cette douce et innocente jouissance, il tomba dans un sommeil profond, dont il ne fut tiré que par le bruit de
l'eau fendue par des avirons.
Bouchard jeta ses regards sur le lac, et vit s’appro-
! cher du rivage un canot où il y avait trois sauvages, un | AAAIOE «| vieillard , un jeune homme et une jeune femme. Ils dé- | par le {| barquèrent non loin de lui, et, sans l’apercevoir, gagnè- | à notr rent l'extrémité opposée du demi-cercle. Le vieillard p maxi à s'avança d’un pas lent et mesuré, et levant une espèce | tout 1 LI de porte formée de joncs et detigesinflexibles (que Bou- | nant | chard n'avait pas remarquée), ils entrèrent tous trois | leurs dans une cavité du rocher, y déposèrent quelque chose | Sequ qu'ils avaient apporté dans leurs mains, y demeurèrent | toujo quelque temps prosternés , et retournèrent ensuite à pas | etil. lents à leur canot. Bouchard suivit des yeux la frêle na- | peu. celle sur la verte surface du lac, et, tant qu’il la put voir, [une
il entendit la voix mélodieuse de la jeune femme, ac- | Cajot
es de la ides. En es, il dé- | resseml’art s’éit probaou au pés sèches, un hom- * Sur une >. Après dans la paré de solitude.
ères qui es du ri- | les nuade cette n sombruit de
approces, un Ils dégagnèieillard espèce e Bou- S trois chose trèrent à pas le nat voir, >, ac—
compagnée , à des intervalles réguliers, par celles de ses compagnons, chantant, comme il se l’imaginait,
& l'explication de leur culte silencieux , car leurs gestes : expressifs semblaient montrer d'abord le rivage et en- | suite la voûte du ciel.
Dès que le canot eut disparu, Bouchard quitta sa
| couche, et se rendit à la cellule. Il se trouva que c'était | une excavation naturelle, assez haute pour admettre ! debout un homme de taille ordinaire, et s'étendant en | profondeur à plusieurs pieds ; après quoi elle se rédui-
ren