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garda tous les assistants.
« C'était donc un cochon! » s'écria un jeune clerc no |
on. bel esprit du lieu.
Le vieillard se redressa sur son banc, et l'indignation | la plus marquée parut sur ses traits sévères. |
« Allons, monsieur Amand, dit le jeune clerc notaire, il ne faudrait jamais avoir mis le nez dans ki science pour ne pas savoir que toutes ces histoires d'apparitions ne sont que des contes que les grand'mères À inventent pour endormir leurs petits-enfants. »
lei, le mendiant ne put se contenir davantage. « El 8 moi, Monsieur, je vous dis qu’il y a des apparitions, des apparitions terribles ! et jai eu lieu d'y croire, ajou-
ta-t-il en pressant fortement ses deux mains sur sa poi- M
trine.
— À votre âge, père, les nerfs sont faibles, les fa-
cultés affaiblies ; le manque d'éducation, que sais-je! répliqua l'érudit.
— À votre âge! à votre âge! répéta le mendiant, ik
n’ont que ce mot dans la bouche. Mais, monsieur le no.
taire, à votre âge, moi, j'étais un homme; oui, w#
homme. Regardez, dit-il, en se levant avec peine l'aide de son bâton; regardez, avec dédain même, à, c’est votre bon plaisir, ce visage étique, ces yeux | teints, ces bras décharnés, tout ee corps amaigri; eh} bien! monsieur, à votre âge, des muscles d'acier fai! saient mouvoir ce corps qui n’est plus aujourd’hui qu'uk spectre ambulant, Quel homme osait alors, continua
vieillard avec énergie, se mesurer avec Rodrigue, sur- À aommé Bras-de-Fer? Et quant à l'éducation, sans avoï | mis aussi souvent que vous le nez dans la science, À
j'en avais assez pour exercer une profession honorable, : si mes passions ne m'eussent aveuglé. Eh bien! Mor-E sieur, à vingt-cinq ans une vision terrible (et il y a de
Le mendiant fit un mouvement d'impatience et re. B
cela soix me où v!
lard en 1 si vous stence , « n'avais p enfin s'ef Le vie sur son $ joues étic «Eco:
sieur n’a — No la main a badinage — Co mendiant
qu'elle re ainsi son A ving querelleu:
phémateu pour me chagrin. | sipé mon service co brador. C
sembla l'é rons, sur
cela soixante ans passés ) m'a mis dans l’état de marasme où vous me voyez. Mais, mon Dieu, s’écria le vieillard en levant vers le ciel ses deux mains décharnées, si vous m'avez permis de trainer une si longue existence, c'est que votre justice n'était pas satisfaite. Je n'avais pas expié mes crimes horribles. Qu'ils puissent
nce et re clerc no: À
] dignation |
clerc no- A enfin s'effacer, et je croirai ma pénitence trop courte. » z dans la Le vieillard, épuisé par cet effort, se laissa tomber ires d'ap- A sur son siège, et des larmes coulèrent le long de ses and'mères DR joues étiques.
«Ecoutez, père, dit l'hôte, je suis certain que monsieur n’a pas eu l'intention de vous faire de la peine.
— Non, certainement, dit le jeune clerc en tendant la main au vieillard; pardonnez-moi, ce n'était qu’un badinage.
— Comment ne vous pardonnerais-je pas, dit le mendiant, moi qui ai tant besoin d’indulgence ?
— Pour preuve de notre réconciliation , dit le jeune homme , racontez-nous, s’il vous plaît, votre histoire.
— J'y consens, dit le vieillard, puisque la morale qu'elle renferme peut vous être utile , et il commença ainsi son récit :
A vingt ans j'étais un cloaque de tous les vices réunis, querelleur, batailleur, ivrogne, débauché, jureur etblasphémateur infâme; mon père, après avoir tout tenté pour me corriger, me maudit, et mourut ensuite de chagrin. Me trouvant sans ressources, après avoir dissipé mon patrimoine, je fus trop heureux de trouver du service comme simple engagé de la compagnie de Labrador. C'était au printemps de l’année 17..; il pou vait être environ midi; nous descendions dans la goë- Jette la Catherine, par une jolie brise; j'étais assis sur la lisse du gaillard d’arrière , lorsque le capitaine assembla l'équipage et lui dit : « Ah ça! enfants, nous serons, sur les quatre heures, au poste du diable; qui est
age. «Et à paritions, dire, ajousur Sa poi- M
es, les fa- R Le sais-je? |
ndiant, ils ieur le no- ; Oui, WÆ ec peinei!
même , fi!
s yeux é-| aigri; eh} ’acier fai- à d'hui qu'un} ontinua lt igue, sur À sans avoir a science, h onorable, ien! Mor-* til y a de*
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LÉGENDES CANADIENNES, celui d’entre vous qui y restera? » Tous les regu: *: si tournérent vers moi, ét'tous s'écrièrent unanimrement :
« Ce sera Rodrigue Bras-de-Fer.y Je vis que c'était con. &
uerté ; je serrai les dents avec tant de force que je coupai en deux le manche d'acier de mon calumet, et, frappant avec force sur la lisse où j'étais assis, je répondis dans un accès de rage : « Oui, mes mille tonnerres, oui, ce
sera moi, car vous seriez trop lâches pour en faire au- À
tant; je ne crains ni Dieu ni diable, et quand Satan y viendrait, je n’en aurais pas peur !—Bravo! s'écrièrentils tous. Huzza ! pour Rodrigue.» Je voulus rire àce compliment; mais mon ris ne fut qu'une grimace affreuse, et mes dents s'entréchoquèrent comme dans un violent
séquence, était toujours gardé, pendant trois mois, par un seul homme, qui faisait la chasse et la pêche, et quelque petit trafic avec les sauvages. C'était la terreur de tous les engagés, et tous ceux qui y avaient resté avaient raconté des choses étranges de cètte retraite solitaire : de là, son nom de Poste du diable; en sorte que depuis
plusieurs années on était convenu de tirer’ au sort pour
celui qui devait l'habiter. Les autres engagés, qui con-
naissaient mon orgueil, savaient bien qu’en menommant ! unanimement, la honte m'empécherait de refuser, et par | là ils s'exemptaient d'y rester eux-mêmes, et sé débar: |
rassaient d'un compaghon brütal qu’ils redoutaient tous.
Vers les quatre heures, nous étions vis-à-vis le poste dont le nom me fait encore frémir après un laps dé
soixante ans, et cé: me fut pas sans une grande émotion que j'entendis le capitaine donner l’ordre de préparer k chaloupe.. Quatre de mes compagnons me mirent à
terre avec mon coffre, mes provisions, et une petité pa cotille pour échanger avec les sauvages, et s'éloignèrent | aussitôt de ce lieu maudit, « Bon ecurage ! bon succès! |