‹ Légendes canadiennes [microforme]Chapitre 24 sur 65 · RER · texte numérisé non relu

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4 à son meurtrier. Puisse Dieu me pardonner au jour du

jugement, comme ce bon jeune homme le fit alors!

Un peu rassuré , par le départ de la goëlette, sur les suites de ma brutalité (car je réfléchissais que , si j'eusse tué ou blessé Pelchat mortellement, on serait venu me saisir), je m'acheminai vers ma nouvelle demeure. C'était une cabane d'environ vingt pieds carrès , sans autre lumière qu'un:carreau de vitre au sud-ouest ; deux pe-" tits tambours:y étaient -adossés, en sorte que cette ca- Légendes canadiennes, 6

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bane avait trois portes. Quinze lits ou plutôt grabats étaient rangés autour de la pièce principale. Je m'abstiendrai de vous donner une description du reste : ça n’a aucun rapport avec mon histoire.

J'avais bu beauconp d'eau-de-vie pendant la journée, et je continuai à boire pour m'étourdir sur ma triste si-

tuation ; en effet, j'étais seul sur une plage éloignée de M

toute habitation, seul avec ma conscience! et, Dieu! quelle conscience! Je sentais le bras puissant de ce méme Dieu que j'avais bravé et blasphémé tant de fois s’'appesantir sur moi; j'avais un poids énorme sur la poitrine. Les seules créatures vivantes, compagnons de ma solitude, étaient deux énormes chiens de Terre- Neuve, à peu près aussi féroces que leur maître. On m'avait laissé ces chiens pour faire la chasse aux ours rouges, très communs dans cet endroit.

Il pouvait être neuf heures du soir. J'avais soupé, je fumais ma pipe près de mon feu, et mes deux chiens dormaient à mes côtés ; lanuit étaitsombre etsilencieuse, lorsque , tout-à-coup , j'entendis un hurlement si aigre, si perçent , que mes cheveux se hérissèrent. Ce n’était pas le hurlement du chien, ni celui plus affreux du loup; c'était quelque chose de satanique. Mes deux chiens y répondirent par des cris de douleur, comme si on leur

eût brisé les os. J’hésitai; mais, l’orgueil l’emportant, je

sortis armé de mon fusil chargé à trois balles; mes deux chiens, si féroces, ne me suivirent qu’en tremblant. Tout était cependant retombé dans ie silence , et je me préparais déjà à rentrer lorsque je vis sortir du bois un

homme suivi d’un énorme chien noir; cet homme était

au dessus de la moyenne taille et portait un chapeau immense, que je ne pourrais comparer qu'à une meule de moulin, et qui lui cachait entièrement le visage. Je l’appelai, je lui criai de s'arrêter; mais il passa, ou plutôt coula comme une ombre, et lui et son chien s’en-

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