‹ Légendes canadiennes [microforme]Chapitre 25 sur 65 · ORDRE RS · texte numérisé non relu

ORDRE RS

gloutirent dans le fleuve. Mes chiens, tremblant de tous leurs membres, s'étaient pressés contremoi et semblaient me demander protection.

Je rentrai dans ma cabane saisi d'une frayeur mortelle ; je fermai et barricadai mes trois portes avec ce queje pus me procurer de meubles ; et ensuite mon premier mouvement fut de prier ce Dieu que j'avais tant offensé et lui demander pardon de mes crimes ; mais l'orgueil l'emporta , et , repoussant ce mouvement de la grâce, je me couchai, tout habillé, dans le douzième lit, et mes deux chiens se placèrent à mes côtés. J'y étais depuis environ une demi-heure, lorsque j'entendis gratter sur ma cabane comme si des milliers de chats, ou autres animaux s’y fussent cramponnés avec leurs griffes ; en effet, je vis descendre dans ma cheminée et remonter avec une rapidité étonnante une quantité innombrable de petits hommes hauts d'environ deux pieds; leurs têtes ressemblaient à celles des singes et étaient armées de longues cornes. Après m'avoir regardé un instant avec une expression maligne , ils remontaient la cheminée avec la vitesse de l'air, en jetant des éclats de rire diaboliques. Mon âme était si endurcie que ce terrible spectacle, loin de me faire rentrer en moi-même, me jeta dans un tel accès de rage , que je mordais mes chiens pour les exciter, et que, saisissant mon fusil, je l'armai et tirai avec force la détente, sans réussir pourtant à faire partir le coup. Je faisais des efforts inutiles pour me lever, saisir un harpon et tomber sur les diablotins, lorsqu'un hurlement plus affreux que le premier me fixa à ma place. Les petits êtres disparurent, il se fit un grand silence, et j'entendis frapper deux coups à ma première porte ; un troisième coup se fit entendre, et la porte, malgré mes précautions, s'ouvrit avec un fracas épouvantable. Une sueur froide coula sur tous mes membres, et pour la première fois depuis dix ans je priai, je

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-suppliai Dieu d’avoir pitié de moi. Un second hurlement au 56 ‘:m'annonça quemon ennemi se préparait à franchirla (4 rêta seconde porte , et au troisième coup elle s'ouvrit com- À pend me la première et avec même fracas. O mon Dieu! mon 4 sagri Dieu ! m'écriai-je, sauvez-moi ! Et la voix de Dieu IN la fo grondait à mes oreilles, comme un tonnerre, et meré- Æ €! les pondait: «Non, malheureux,tu périras. » Cependant un | Saits troisième hurlement se fit entendre, et:tout rentra dans | gnait le. silence ; ce:silence dura une dizaine de minutes.Mon |# étend -eœur battait à coups redoublés :.ilme semblait quema M forces tête s’ouvrait.et que ma cervelle s’en échappait gouttea JS debo goutte; mes membres se crispaient, et, lorsqu'au troi- + fam sième coup la porte vola en éclats sur mon plancher, je be si tu restai comme anéanti. L'être fantastique que j'avai. vu DA Viens passer entra alors avec son chien, et ils seplacèrent vis- DM du Fi à-vis de la cheminée. Un reste de flamme qui y bril- Satan Jait s’éteignit aussilôt, et je demeurai dans une obs- [YU jeta ui curité parfaite. N tremb Ge fut alôrs que je priài avec ardeur.et fis vœu à la Bi tremb bonne sainte Anne que , si elle me délivrait , j'irais de PR Portes porte en portemendiant mon pain le reste de mes jours. M bai su Je.fus distrait de ma prière par une lumière soudaine; leurs & le specire s'était tourné de mon côté , avait relevé son + pouva immense chapeau, et deux yeux énormes, brillants dis co -eomme des flambeaux, éclairèrent cette scène d’hor- & ‘ÿ°c0] reur, Ce fut alors que je pus contempler cette figure sa- j'étais tanique : un nez lui couvrait la lèvre supérieure, quoique \# soif. 1 son immense bouche s'étendit d'une oreille à l'autre, M Cr ils lesquelles oreilles lui tombaïcnt sur les épaules comme M (outt celles, d'un lévrier. Deux rangées de dents noires comme beau. du fer, et sortant-presque horizontalement de sa bou- choc f che, se choquaient avec un fracas terrible. Hl porta son Di C°Mp: ‘regard farouche de tous côtés, et, s'avançant lentement, M de la

il promena sa main décharnée ét armée de griffes, sur … quv ‘toute l'étendue du premier lit; du premier lit il passa 4 «M

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udaine ; levé son brillants d’horgure Saquoique l'autre, s comme s comme sa bouorta son tement, Hes, SUT il passa

LÉGENDES CANADIENNES. 85 au second, et ainsi de suite jusqu’au onzième, où il s’ar-

rêta quelque temps Et moi, malheureux, je caleulaïs:

pendant ce temps-là combien de lits me séparaient de sa griffe infernale. Je ne priais plus , je n'en avais pas la force ; ma langue desséchée était collée à mon palais, et les battements de mon cœur, que la crainte me faisait supprimer , interrompaient seuls le silence qui régnait autour de moi dans cette nuit funeste. Je lui vis étendre la main sur moi ; alors, rassemblant toutes mes forces, et par un mouvement convulsif , je me trouvai debout et face à face avec le fantôme, dont l’haleine enflammée me brüûlait le visage. « Fantôme ! lui criai-je, si tu viens de la part de Dieu, demeure ; mais si tu viens de la part du diable, je t’adjure, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, de t'éloigner de ces lieux. » Satan, car c'était lui, Messieurs , je ne puis en douter, jeta un cri affreux , et son chien un hurlement qui fit trembler ma cabane comme l'aurait fait une secousse de tremblement de terre. Tout disparut alors, et les trois portes se refermèrent avec un fracas horrible. Je retombai sur mon grabat, mes deux chiens m'étourdirent de leurs aboiements pendant une partie de la nuit, et, ne pouvant enfin résister à tant d'émotions cruelles, je perdis connaissance. Je ne sais combien dura cet état de syncope ; mais, lorsque jerecouvrai l'usage de mes ser:, j'étais étendu sur le plancher me mourant de faim et ic soif. Mes deux chiens avaient aussi beaucoup souffert , car ils avaient mangé mes souliers, mes raqu=ttes et tout ce qu'il y avait de cuir dans la cabane. Ce fut avec beaucoup de peine que je me remis assez de te terrible choc pour me traîner hors de mon logis, et, lorsque mes Compagnons revinrent, au bout de trois mois, ils eurent de la peine à me reconnaître : j'étais ce spectre vivant que vous voyez devant vous.

«Mais, mon vieux, dit lineorrigible clerc notaire...

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— Mais... mais... que... te serre. », dit le colérique vieillard en relevant sa besace; et, ma.gré les instances du maitre, il s'éloigna en grommelant.

« Eh bien! monsieur le notaire, dit Amand d’un air de triomphe, qu'avez-vous à répondre mais'-nant ?

— 11] me semble, dit l'étudiant esprit t ., que le mendiant nous en a assez dit pour expliquer la vision d’une manière très naturelle. Îl était ivrogne d'habitude, il avait beaucoup bu ce jour-là, sa conscience lui reprochait un meurtre atroce : il eut un affreux eauchemar, suivi d’une fièvre au cerveau, causée par l’irritation du système nerveux, et... et...

—Et c'est ce qui fait que votre fille est muette », dit Amand impatienté. »

Pu. À. DE GASPé.

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