‹ Légendes canadiennes [microforme]Chapitre 27 sur 65 · UNE AVENTURE AU LABRADOR · texte numérisé non relu

UNE AVENTURE AU LABRADOR

{ La côte du Labrador est entièrement stérile, cou- À verte de mornes et de ravins, de marécages et de petits à lacs. À bien peu d’exceptions près, pas le moindre arbuste n'ose y réjouir la vue du voyageur par son feuil- M lage vert, ou le garantir par son ombre des feux du s0à leil d'été : car je dois dire que, nonobstant le froid piquant qui y règne ordinairement vers le milieu de l’hi-

| ver, il y fait souvent une chaleur excessive l'été. Pas

à une clôture ou haie, point de chemins ; seulement l’on aperçoit par-ci par-là, à travers les roches, un petit sentier s’échappant comme un serpent, et allant se perdre

D tantôt sur la cime d’un morne, tantôt dans une touffe de broussailles. Il faut faire trois à quatre milles avant de rencontrer une seule habitation humaine. On n’y découvre aucun vestige de religion, pas une petite chapelle, pas même une croix, ni aucun monument qui

M ouisse donner à l'étranger une idéeique des chrétiens y habitent. Tout y est vaste, solitaire ; tout y semble désolé, sombre. Le silence n'y est interrompu que parles Mcris du gibier sauvage, qui.s’y trouve en abondance, le Wcroassement du corbeau ou le bruit des vagues de la Mmer. Et c'est pourtant là que volent, de différentes par- @ties de l’Europe et de l'Amérique, Anglais, Ecossais, 1 Irlandais , Jersais, Canadiens et autres, et c’est là qu’ils s'y établissent. L'amour du gain est un si puissant mobile!

4 L'hiver est le temps de la chasse au de au Labraor. C'est alors que l'amateur de cet amusement de fa- Mtigue peut donner plein essor à sa passion, pourvu qu’il ‘ fai des jambes et du courage. Avec quel plaisir il s’ache-

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minera, au lever d’un soleil radieux, les raquettes aux pieds, le havresac sur le dés, le fusil sous le bras ou sur l'épaule, laissant derrière lui, à mesure qu'il avance, une suite defigures ovales sur la neige scintillanie. Mais aussi à quels dangers ne s’expose-t-il pas! Le soleil, maintenant si beau, disparaît en un instant sous un voile

lugubre de vapeurs épaisses, le vent souffle avec vio-

lence , la neige s'élève en tourbillons, on ne voit déjà plus. Où aller ? Seul! Tantôt sur le sommet d’un rocher escarpé, sur le bord d’un précipice, tantôt entre deux

murs de neige! Il ne se souvient plus de quel point il }

est parti. Il fait froid, le vent le perce : s’il ne marche

pas , il va geler ; mais il ne voit pas à un pas de lui!..…. C’est alors qu'il faut de la prudence et de la présence M

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d'esprit, et l'on verra ci-après ce qui se pratique d'or: À

dinaire en cette occasion.

Je me trouvais:l’hiver dernier à une de ces réunions

joviales si fréquentes au Labrador dans la saison des neiges. On y chante , on y danse, on y pratique la gymnastique,on s'y amuse, en un mot. L’anecdote y a aussi

son tour, et voici celle que je recueillis de: la bouche

d'un des convives, homme probe et véridique: La con: !

versation était tombée sur la chasse au daim. « Il est #

beau, dit-il , il est noble cet amusement. C'était autre:

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fois ma passion ; mais: le temps n’est plus ; je ne puis | maintenani faire que quelques pas, et encore c’est avec ! peine. Que nedonnerais-je pas pour pouvoir marcher |

comme autrefois!

Oh! racontez-nous:, racontez-nous, s’il vous plait, s'écrié une voix:

— Bt quoi? mon ami.

. = Votre aventure : je ne l'ai pas encore ouïe.:

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4 de s’ér potle do table.

— Avec plaisir, pourvu que vous ayez assez de pa- Mtibres. tience pour m'écouter jusqu’au bout, car je suis très PA

mauvais conteur. Cependant;: comme la vérité n'a pts Met, apr

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voir marcher | M nant toujours à une distance d’au moins trois ou quatre + lieues dans les terres, il est d'usage chez les chasseurs 4 de s'ériger à cette distance une cabane, où l'on a un 4 potle et tout ce qui peut la rendre tant soit peu confor-

s’il vous plait,

y ouïe. d

assez de pa- | r je suis très PA

érité n'a pas À et,après avoir dépêché une:partie de nos provisions avec

besoin du secours de l’art, je m'en vais vous dire tout

-rûment ce qui m'est arrivé il y a.., oui, il y a de cela

dix ans. »

Et notre interlocuteur, ayant avec complaisance empli de tabac et allumé sa pipe, ce qui est indispensable, commença à peu près en ces termes :

Par un bel après-midi du mois de février, m'étant muni de ce qui était nécessaire pour la chasse, je pars avec un de mes employés, un Jersais.

«Chumnum! quel bieau temps! dit mon cornagnon, s'adressant à moi en son jargon; j’échpèr: ne fera pas mauvès de chitôt. Mais, dites-mé « quelle est la dichtance d’ichi à votre cabane ?

— Ma cabane... est peut-être à douze milles de chez moi.

— Oh! che n’est rien, nousj’y cherons avant la nuit.»

Nous marchâmes en silence l'espace de cinq à six milles, quand mon compagnon, m'adressant de nouveau la parole :

«Mais diable! dit-il, voyais donc, n’est-che pas une pichte de cherf que je.vès là, chumnum ?»

En effet, nous avions devant nous une longue:trace qui se perdait dans le lointain. Nous prîmes la piste et gliâmes le pas. Nous marchâmes ainsi plus de trois

heures; mais, n'apercevant rien et la nuit s’avançant, pnous primes le chemin de ma cabane, où nous arrivâmes il faisait noir. Gomme vous savez, le daim se te-

table. Nous y passons quelquefois des semaines en- A tières.

Nous entrâmes donc , fimes du feu et de la lumière,

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