‹ Légendes canadiennes [microforme]Chapitre 28 sur 65 · IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT

un appétit que notre marche n'avait pas servi à diminuer , nous allumâmes la pipe et commencions à nous ennuyer, lorsque mon compagnon, animé, sans doute, par la situation des lieux et le silence < qui régnait autour de nous, le rompit soudain : :

« Crayais-vous aux esprits ! me demanda-t-il.

— Aux esprits? lui répliquai-je en riant; farceur, va |

— Quoi! vous riais ; eh bien ! mè, je vous dis qu'ily en a. L

— En as-tu vu ?

— Oui, Monsieur......, ch'est-à-di...... non, mais d'autre en ont vu pour mè; même que j'peux vous nommais la perchonne, là. Elle peut vous l’di comme mé.

— Eh bien? qu’a-t-elle vu ?

— Che qu "elle a vu ? ch’est horrible che qu'elle a vu. Auchi bien j’m'en vès vous raconter ch'na. Ch'était par une nuit d'automne, il faisait noir comme chais'le.… »

Il n’eut pas le temps d'achever; des hurlements affreux se firent entendre à quelques pas de nous. Mon compagnon tressaillit ; mais, reprenant ses sens :

@ Chumnum ! dit-il, les loups !... mon fusil. »

Il sort; je le suis avec mon arme. Nous regardons | de tous côtés. Rien. Bientôt nous entendons au loin ke | hurlement des loups. Nous rentrons , et le Jersais allait | reprendre son histoire de revenants; mais, me voyant |

m'étendre sur le grabat où nous devions prendre du repos, il suivit mou exemple, et nous nous endormi mes.

Le lendemain matin, avant l'aurore, nous étions sur pied. Pas le moindre nuage au ciel, quelques étoiles brillaïent encore çà et là ; nous avions l'avant-goût d'un des plus beaux jours.

«<Chumnum ! me dii mon compagnon, après avoir

bien dormi, j'échpère que nous pourrons bien couri, et

servi à dimincions à nous é, sans doute, régnait autour

nda-t-il.

riant; farceur,

vous dis qu'ily

se non, mais Jeux vous nomli comme mé.

he qu'elle a vu.

a. Ch'était par e chais'le.. »

hurlements afs de nous: Mon ses sens :

bn fusil. »

ous regardons | dons au loin ke | le Jersais allait | ais, me voyant |

bns prendre du nous endormi-

nous étions sur elques étoiles vant-goût d'un

1, après avoir

bien couri, el |

LÉGENDES CANADIENNES. 95 si je n'occis pas au moins trais cherfs à ma part, j'veux bien être un tchon (chien), là. ‘

— Allons, allons, lui dis-je, ne fais pas tant le rodomont. Tu pourrais bien n’en pas voir un seul, et comment pourrais-tu en tuer trois? Tu n'as pas oublié les lunettes, j'espère ?

— Non, non, tout est là (montrant le havresac).

Ces lunettes, voyez-vous, qui sont ordinairement vertes, sont absolument nécessaires à un chasseur, s’il veut s'exempter les tortures du mal d’yeux. Il n’est pas rare de voir des personnes qui ont l’imprudence de ne pas s’en servir devenir aveugles pour plusieurs jours, pendant lesquels elles souffrent cruellement.

Notre déjeuner pris, nons partimes. Après avoir erré çä et là presque toute la matinée, et n'avoir rien vu, nous prîmes enfin le parti de courir chacun dans une direction différente. Vous sentez que cela nous donnait double chance. Nous nous séparâmes donc en nous faisant la promesse réciproque de nous rencontrer à la cabane, si nous ne nous voyions pas ailleurs.

Je pars, m'acheminant vers un endroit où j'avais été heureux plus d'une fois. Je n'avais eu garde de souffler mot de ceci à mon camarade : car, voyez-vous, un chacseur, comme un musicien, conserve toujours en lui-méme une espèce de jalousie envers les autres. Je marche pendant une heure. Arrivé au point où je voulais aïler, je n'aperçois rien. Cependant je prends la résolntion de ne pas bouger de là. Ce lieu étaitun lac, autour duquel s'élevaient, à diversintervalles, plusieurs petites éminences. Je me place en embuscade derrière l’une d'elles, et

j'attends. Je commençaisà trouver le temps long, lors-

que soudain j’aperçois un daim, courant ou plutôt volant vers moi, laissant derrière lui un trait de sang sur la neige. J’arme aussitôt mon fusil, et couche en joue. 11 arrive, je tire, et le daim tombe.

arénnres eg. isenese æ © ENT af NE PUS i x en. és ü a -

Sans PA

: rRÈ +

preparer OMR dou 5e 27,

RÉGENDES CANADIENNES.

Je. m'approche ;:ma balle avait.porté au cœur. « Mais qui diable l’a donc ainsi:blessé? » me disje ‘en examinant une desjambes, donts’échappait un filet de sang. den’atiendis.pas long-temps. Mon compagnon artiva:à doutes jambes et soufflant comme une baleine.

«Ah! chumnum ! notre bourgès, vous l'avais done happè. Merebi ‘bien d'la peine ; mais ch’est mè qui ai commencé à le démoli ; à mè l'honneur.

ru Mais où serait-il, mon brave, si je n’eusse té ici ?

— Oh! pour.ch'qu’est d'chena , j'ai des jambes; je l'aurais-bien attrappé : ils ‘affaiblichait déjà.

— Chut! Ton fusil:est prêt ?

.— Viènayä. »

Æt à l'instant nous. nous tapmes derrière la même: petite émiñence. Nous voyions s'avancer vers le lac comme une forêt mouvante. Une centaine de daims s’en «venaient nonchalamment et musant, tantôt broutant les buissons oules touffes de. mousses qui se montraient en quelques endroits à travers la neige, tantôt folâtrant

comme des chiens, ou biens’arrétanttout-à-coup,etflai 1

ant de tous: côtés. .

Je me hâtai de recharger mon fusil. ‘ls avaient pris de lac. Ils approchaïient de nous.

« Tiens-toi prêt, dis-je à mon compagnon, nous ti- |

rerons ensemble.

— Oh! chumnum valé!:jsommes tout prêt notre |

bourgès. »

Ils :étaient vis-à-vis :. aous. Brrrang! deux daims demetrent: sur la place, .et le reste s'est déjà évanoui comme une-ombre.

<Véla;mes.trais, s'écrie mon compagnon.

—— Comment ! tes trais ; etmoi , ai-je tiré pour: rien! ;

— Véla mes trais, vous dis-je; je vous l’dijais ça matin, Eh bien! les véla, là;'bernais mé ,:à présent.

ar

celle «

quais. chinq cherfs te dire

opiniat m’ imp la bou 0

ditil.

Et le Com blables d’une N re le pl et, sis Lé

. Mais en exade sang.

arriva:à

ais donc nè qui ai jusse ‘êté

mbes; je

même: pelac comaims s'en Jutant les traient en

folâtrant pet flai-

raient pris

, nous ti-

êt, notre |

eux daims à -évanoul

our tien?

ais 6Q MAsent.

— Ecoute, mon brave : qui a.tiré le premier ?

— Ch'est mé.

— Tues un... crapaud, lui dis-je d’un ton un peu brusque, car il me vexait.

— Ah ! notre bourgès, tout autre nom que celui-là, ch'il vous plaît.

Voyez-vous, celte épithète est à un Jersais ce qu'est celle de Jack Bull ou de Roast beef à un Anglais.

— Ne vous fachez pas, continua-t-il, je vès vous expliquais la chose. Quand je vous ai laiché, je n'ai pas fait chinq chents päs que j’ai aperchu au moins septente cherfs. J’en ai bléché un, et il ch’en est venu dans chette direction chi. Sije ne l'avais pas bléché, il aurait churement suivi le reste, qui s’est enfui vers un point opposé. Là, chumnum !

— Mais qui l’a culbuté?

— Oh ! fallait le laichais couri; il était à mé.

— Moi je te dis que non, et nous verrons. Et comment oses-tu dire que ces deux-ci sont àtoi? |

— Bien clair! j'avais deux balles,

— J'en avais trois.

— Pochible, notre bourgès; mais vous avais visè trop haut, j'vous ai remarquèë. a:

— Mortel cr...! J'allais prononcer le mot, mais mon opiniâtre de Jersais, ne pouvant en souffrir l’articulation, m'imposa soudain le silence en me mettant la main sur la bouche.

} — Nous arrangerons chena, nous arrangerons chena, it-il.

Et le grabuge en resta là.

Comme vous n'ignorez pas, il est rare que de semblables altercations ne s'élèvent pas entre les membres d’une partie de chasse. Chacun a la modestie de se croire le plus expert, soit comme tireur ou comme piéton, et, si ses actions ne répondent pas à ses jactances, il a

Légendes canadiennes. L AO

AE

Re OT 4" PRET Ki as LH rad QUE APT DE à RN QEn i D rhone MRnS

Page 1