‹ Légendes canadiennes [microforme]Chapitre 39 sur 65 · LA JUSTICE COMMENCE · texte numérisé non relu

LA JUSTICE COMMENCE

Maurice , en parcourant les carrefours du faubourg Saint-Louis, ne voulut pas se rendre sur le marché sans entrer encore une fois chez Mme La Troupe, pour goùter de ce gin excellent qui l'avait tant exalté la veille, et pour se débarrasser un peu de la boue qu'il avait amassée dans ses excursions nocturnes ; et en cela il n'était pas guidé par la propreté, mais bien par la crainte de paraître suspect. Il augmenta donc le pas pour éviter, autant que possible, quelque rencontre désagréable , et dans un instant il se trouva au coin de la rue de l'auberge. Il fut d'abord surpris de trouver tout fermé ; mais, pensant ensuite que M®e La Troupe était dans l'habitude de veiller fort tard, il crut qu'elle n’était pas encore levée.

PR LR ne Eu A ER R EHATE Pme = me

— Hein , hein! la mère, t'as fait la galipote , j'cré, hier au soir ; mais faut qu'tu t’lèves, ma vieille.

Et il se mit à frapper rudement à la porte ; le bruit qu’ilfit se répandit dans l’intérieur comme un écho lent et sourd, semblable à celui que l’on entend dans un vaste souterrain.

— La vieille sorcière dort comme une souche, dit Maurice après avoir attendu inutilement cinq minutes. Holà! Mme La Troupe, ouvrez ; que diable ! faut-il cogner trois heures encore. Et il appliqua dans la porte un violent coup de poing qui l'ébranla et la fit craquer horriblement ; puisil y eut encore un silence de deux minutes, après lequel Maurice, dont la patience était à bout, était sur le point d’enfoncer la porte, lorsqu'il se sentit frapper sur l'épaule.

— Mais, l'ami, vous ne savez donc pas..….?

— Et que diable, dit Maurice, comment voulez-vous que je sache ? j'arrive justement de la campagne; mais qu’est-il donc arrivé ?

— Oh ! si vous saviez !

— J'yous dis que je n’sais rien.

— Une affaire terrible , allez !

— Comment ?

— Tout le canton en a été épouvanté.

— Mais qu'est-ce donc ?

— Si vous saviez !

— Mais j'vous dis que je n'sais rien, encore une fois.

— Ha! Ha! oui; eh bien ! imaginez-vous que.

— Eh bien ?

— Imaginez-vous que Mme La Troupe.... vous la connaissez ?

— Oui, un peu.

— Cette grande femme-là , qui était si avenante ! eh mon Dieu ! vous l'avez rencontrée vingt fois pour une ; vous savez bien, c’te femme qui.

e, j'eré, : le bruit écho lent 1S un vaste

uche , dit j minutes.

faut-il cola porte un quer horrix minutes, bout, était sentit frap-

oulez-vous agne ; mais

enante ! eh s pour une ;

— J'vous dis que j'la connais, dit Maurice en mattrisant autant que possible sa colère ; mais, encore une fois, qu’est-il donc arrivé ?

— Ah! Monsieur, ce que j'n'aurais jamais pensé, ni moi, ni ma femme, ni mes amis, ni le canton, ni.

— Que l'diable vous emporte avec vos nt! Je vais tâcher de savoir la chose plus vite, dit Maurice en s’éloignant.

— Arrêtez, arrêtez, Monsieur ; je n'ai pas eu l'in- ‘ention de vous fâcher ; c'est que, voyez-vous, c'estune affaire! Et notre importun se mit à étendre les bras et à les élever au ciel.

— De grâce, Monsieur; vous vous lamenterez demain , et contez-moi aujourd’hui.

— Tout d'suite, entrez chez moi : voyez-vous, j’n’aime pas conter ça en public; on n'sait pas ce qui peut arriver. Maurice le suivit en jurant en lui-même.

— Allons, lui dit-il aussitôt qu'ils furent entrés, je suis pressé , de grâce dépêchez-vous.

— Dans l'instant ; emportez-nous un coup, Lisette : vous en prenez, j ‘suppose ? ?

— - Merci, merci, c'est pas la peine, dit Maurice d'un air qui pourtant indiquait assez qu'il n'était pas accoutumé à en refuser.

— Or ça, dit notre narrateur en reprenant le fil de son histoire, je vous dirai donc que c’te nuit, vers, attendez donc..., oui, vers trois heures... et demie... j'eré; dame, écoutez donc, j'cré qu'il était bien quatre heures, hein, Lisette ?

— Eh ben! quoi donc encore ? dit Lisette en mettant sur la table une vieille bouteille française pleine jusqu’au goulot.

— Quelle heure était-il à peu près lorsque Mme La Troupe….,

— Dame, il était quatre heures.

— Oui, oui, c'est ça, quatre heures, et t’nez, j’crois même qu'il n’était pas tout à fait ça.

— Mille tonnerres ! que fait l'heure ? dit Maurice en enrageant; mettez celle que vous voudrez et avancez, ou sur mon âme je.

— Oui, supposons qu'il fût quatre heures ; nous dormions bien tranquillement, ma femme et moi, car vous savez, Monsieur, que le sommeil du matin est toujours le meilleur ; j'ai toujours remarqué cela ; c’est singulier, mais.

— Mais vous n’avancez à rien, mille millions de pies! dit Maurice en fermant les poings.

— Tout d’un coup, ma femme, qui dort moins dur que moi, et puis j'vous dirai en passant qu'c'est loujours l'ordinaire, et, si vous êtes marié, Monsieur, vous en direz autant que moi ; je n’sais pas, mais j'ai toujours entendu dire que.

— Je veux que l'siffleu m'étouffe ! si vous n’achevez pas , je fiche mon camp, dit Maurice en se levant.

— Tout d’un coup donc, continue notre homme sans s'occuper du tout des imprécations ni de l’impatience de Maurice, semblable à ces grands orateurs et à ces grands écrivains qui parlent et écrivent beaucoup sans rien dire, et qui ne font pas semblant d'entendre les sifflets et les huées de ceux qu’ils ennuient; tout d’un coup ma femme me pousse. Johnné, qu'elle me dit, entends-tu du bruit dans la rue? — Queu bruit? que j'lui dis, et j'saute de mon lit, et j’sors dans la rue malgré les supplications de ma femme, car, soit dit entre nous, Monsieur, j'suis brave, et j'ai loujours passé pour ça, sans m'vanter. J'me rappelle que quand j'étais dans la milice.

— Faites-moi grâcs de vos exploits, je suis pressé. Avez-vous envie de me faire manquer mes affaires ? dit

ez, j'crois

aurice en avancez,

nous dor- , Car VOUS t toujours singulier,

as de pies!

moins dur *c'est lousieur, Vous is j'ai tou-

n’achevez vant.

)mme sans atience de ces grands s rien dis sifflets et coup ma entends-tu lui dis, et ré les supous, Monr ça, Sans fans la mi-

uis pressé.

ffaires ? dit

Maurice avec un ton de douceur, après avoir employé inutilement tout autre moyen.

— Excusez, c'est que vous sentez bien..., vous com-

prenez bien.., vous entendez bien que , lorsqu'un hom-

me vient à se rappeler ses belles actions, vous devez

comprendre... qu'il n’est pas aisé.

— De vous endurer sans s’damner, dit Maurice.

— Oui, dit notre homme avec son imperturbable sang-froid ; ainsi me voilà dans la rue.

— Dieu soit loué! Voilà un bon saut d’fait, dit Maurice en se frappant les mains.

— Dieu soit loué ? pas trop , Monsieur, pas trop. Figurez-vous un peu que j'me trouve au milieu d'la patrouille et de trois voleurs qui venaient de défoncer chez M. Pierre..., à ce qu’on m'a dit.

— Et Me La Troupe ?

— Attendez donc. V'Ià qu'j'entends : « Il faut prendre Mme La Troupe aussi. » Vous pouvez penser un

peu! Mme La Troupe était bien connue et bien estimée

dans le voisinage ; j’rassemble tous mes voisins et j’allons trouver le maître d'la patrouille , et mui, comme le chef de la bande, j’lui dis à sa barbe qu'il ne prendra pas Mme La Troupe, et puis j'lui demande : « Queu qu'vous disez pour vos raisons ? » Oh ben ! tenez, Monsieur, voilà le pire d'laffaire qui va se montrer!

— S'il met autant d'temps à venir que l’reste, dit Maurice, préparez-moi un lit, car j’vois ben que je serai obligé de coucher ici.

— Alors le maître nous dit... Mais, Monsieur, je

‘n'ai pas fait venir c't'e bouteille-là pour rien.

Et Johnné fit signe à Maurice de s'approcher ; il ne se fit pas prier.

— J'vous assure, Monsieur, dit Johnné, qu'i'aime à prendre queuqu’chose quand j’conte une histoire comme ça; ça m'dégoûte... J'vous disais donc que le maître de

d à ‘] ‘ | af 4 ; w © k L \ LD : it k. ; j At ; ER 10 L de } : 8 À À w et «# 4 [à / { H \) À & ; | : LR { :

168 LÉGENDES CANADIENNES, la patrouille nous dit que madame La Troupe devait être complice avec les voleurs, puisqu’elleles recevait à toute heure dans la nuit, « et, pour vous comwWaincre,

ajouta-t-il, mes braves (il voyait ben à qui il avait af-

faire, allez), je vais faire une visite avec vous dans l'auberge. » Nous entrons, moi, monsieur le maître, deux de mes amis et un watchman. Madame La Troupe était dans l'comptoir avec sa p'tite fille, qui pleurait à fendre le cœur du gros Jim. Nous nous mettons à fouiller et à refouiller partout, fouille, fouille, fouille, et puis fouille donc, tonnerre ! sans trouver aucun effet ; le grenier, la cave, rien ne fut épargné ; madame La Troupe nous regardait faire sans rien dire. Enfin, nous étions prêts à tout abandonner lorsqu'un homme de la patrouille nous cria en sortant de la cave : « Venez, venez voir! » Nous suivons c't'animal, et il nous montre dans le mur une espèce de porte que nous n'avions pas encore remarquée. Jugez d’not’e surprise lorsque après avoir forcé la serrure , on vit six grandes tablettesfixées dans la pierre surchargées d’argenterie : c'était des chan. deliers, des grands plats, des belles assiettes, des beaux bassins tout d'argent, et l'diable et son train.

Vous pouvez compter si ça m’'donna un coup ! madame La Troupe qu'avait toujours passé pour si honnête, si respectable! foi de créquien, Monsieur, je n'suis pas mauvais, vraicomme v’là un’houteille ; maist'nez, quand je m'vis trompé d'la pareille façon, ça m’mit dans une colère, mais dans une colère, entendez-vous, qu'i'aurais pu tuer!

— Et vous avez pris madame La Troupe ? dit Maurice, voulant mettre fin à cet entretien, qui le touchait d'assez près.

— Comme de raison ; mais écoutez, c’n’est pas tout, Nous remontâmes dans l'auberge, et le chef d'la patrouille, après avoir fait retirer tout l'monde excepté

elle ré vers € son s€ mome les che : grand enfant son € » ] ils pér sa chai Ma s'empé et, dan ble, il ne sav subit.

Mar faire d | sur l’a ce que lement tent terrible sous l'

jupe devait les recevait conaincre, il avait af- > vous dans r le maître, > La Troupe ui pleurait à Lons à fouil- , fouille, et aucun effet ; madame La Enfin, nous omme de la « Venez, ve- 1ous montre n'avions pas orsque après blettesfixées ait des chans, des beaux in.

boup ! madasi honnête, je n’suis pas t’nez, quand it dans une bus, qu'j'au-

e ? dit Mau- Li le touchait

est pas tout.

hef d'la pande excepté

moi, parla à madame La Troupe à peu près comme ça : Madame, qu'il lui dit, on a trouvé des effets volés dans votre cave; votre auberge est ouverte à tous les brigands, tout me porte à croire que vous agissez avec eux ; par conséquent, je vais user de mon droit pour vous faire conduire en prison.

Madame La Troupe gardait un silence complet.

— Avez-vous queuqu'chose à dire pour votre défense ? que j'lui dis.

Elle jeta autour de la chambre un regard égaré, puis elle répondit faiblement : « Rien. » Puis, ayant appelé vers elle sa petite fille, elle la serra long-temps contre son sein en l’arrosant de ses larmes ; il y eut en elle un moment de repentir, après quoi elle se leva tout à coup, les cheveux hérissés comme du vrai crin, les yeux tout i grand ouverts, et, ayant repoussé brusquement son enfant : « Ne pleure pas, lui dit-elle, ta mère a mérité son châtiment. »

» Malheur à ceux qui m'ont perdue! Malheur à eux! ils périront avec moi! » Puis elle retomba évanouiesur sa chaise.

Maurice, malgré son sang-froid ordinaire, ne put s'empêcher de trembler en entendant ces derniers mots; et, dans la crainte de ne pouvoir assez déguiser son trouble, il se leva et sortit aussitôt en saluant Johnné, qui ne savait que penser d’un départ aussi brusque et aussi subit.

Maurice, comme on peut le penser, ne fut pas sans faire des réflexions terribles sur sa situation actuelle, et | sur l’autre, plus horrible encore, qui l’attendait, d’après ce que Mme La Troupe avait dit. [1 traversait machinalement toutes les rues, la tête basse, les bras pendants, eten prononçant souvent à demi-voix des imprécations terribles, À sa démarche, il était facile de voir qu'il était sous l'influence du désespoir. Ce fut dans cet état qu'il

TE

si ans Dieu a ee - — :

LEE Ets 2 RS etre Se.

ne - 0 EPA TT er

arriva sur le marché. Il y était depuis dix minutes lors. W — ( qu'il entendit prononcer, à côté de lui, un nom quile — À frappa ; il leva la tête, et aperçut un homme d’un certain M. —E âge, très bien mis, qui paraissait arriver d'un long voya- Mque ma ge : c'était M. Des Lauriers, dont nos lecteurs ontdéji Æ — vule nom sur une lettre qu’il avait adressée à maitre yeux d: Jacques. Maurice le considéra avec attention; il fut sur M —E le point d'aller lui parler; mais la crainte l’arrêta. Il se Myelle, € retira tout à coup de la halle : une idée lumineuse ve- Mtrerem nait de traverser son esprit. tre mèr Bientôt on le vit marcher à pas précipités dans la rue rendre Saint-Louis; et, à quelque distance, on aperçut un au- M'atten tre homme qui suivait la même direction et qui parais- D ES sait ne pas vouloir le perdre de vue. C'était Magloire, Mdonnan

le domestique de Stéphane. Un < prisons IX. des por RÉVÉLATIONS. dente.

Les

Stéphane, content d’avoir pu mettre son dessein à prisons exécution , avait laissé la halle et s'était rendu chez lui Mfayant, afin d'attendre le résultat de ce dernier moyen d’avoir Bit brise des informations sur l'existence de maître Jacques. [n'y Eous l’er

“avait pas dix minutes qu'il était arrivé lorsqu'on vint lui Béhamp d dire que quelqu'un désirait lui parler. Îl descendit dans kes grillé l'antichambre et aperçut une jolie petite fille, mais d'une Bpersonn pâleur extrême et les yeux pleins de larmes. Elise, c't-imisse tait la fille de Mme La Troupe, en voyant Stéphane pour els, la première fois, baissa les yeux, et fut si troublée qu'elle mot, fut incapable de dire un mot. jouleur — Que voulez-vous, ma pauvre enfant ? lui dit Sté-Baverne phone avec douceur, car il s'était aperçu qu'elle availerrestre du chagrin. Entr

— Ma mère voudrait vous voir, répondit-elle en sar-ous aux

glottant.

— Quelle est votre mère, ma chère ?

— Me La Troupe.

.— Et pourquoi pleurez-vous tant? Est-il arrivé quelque malheur à votre mère ?

— Hélas! oui, Monsieur, dit Elise en se cachant les jeux dans ses deux mains, maman est en prison.

— En prison! dit Stéphane foudroyé par cette nouelle, en prison... Ecoutez, Elise, ajouta-t-il après s’éteremis un peu, cessez de pleurer, et allez dire à voremère que, quoiqu'il m’en coûte beaucoup d’aller lui rndre visite dans un pareil lieu, cependant elle peut m'attendre dans une demi-heure. Allez, pauvre petite.

Et Stéphane prit la main d’Elise, et la conduisit en lui

donnant une petite pièce d'argent.

| Un quart d'heure après Stéphane entrait dans les rrisons , au milieu “des jurements et des imprécations des portiers et d’une soldatesque grossière et impudente.

Les prisons!... ne semble-t-il pas que ce mot seul, prisons, exprime quelque chose de terrible et d’efryant, quelque chose de redoutable qui glace le sang i brise le cœur ! Lorsque vous prononcez ce mot ou que ous l'entendez dire, ne vous figurez-vous pas sur le hamp des murs épais, des cachots ténébreux et infects, kesgrilles et des portes de fer, des spectres hideux, des personnes décharnées ? Ne crovez-vous pas entendre des émissements sourds, des cris aigus, de pleurs contiquels, le bruit des chaînes, le fracas des criminels ? e mot, prison, ne vous retrace-t-il pas un séjour de jouleur et de supplices, un repaire empoisonné, une verne où le soleil n’a jamais pénétré, un purgatoire errestre en un mot ?.....

Entrons avec Stéphane , et voyons si le tableau que ous aurons à contempler est réellement aussi effrayant

minutes lorsin nom qui le Le d’un certain un long voyateurs ont déjà ssée à maître ion ; il fut sur l'arrêta. Îl se umineuse ve-

és dans la rue aperçut un auet qui paraisait Magloire,

son dessein à rendu chez lui moyen d'avoir Jacques. [n'y rsqu’on vint lui descendit dans Ile, mais d'une es. Elise, c'é- Stéphane pour troublée qu'elle

nt? lui dit St-È u qu'elle avai

dit-elle en san-

que celui que nous aurons formé dans notre imagi nation.

En parcourant les longs et humides corridors qui traversent la prison, en entendant l’écho sourd et entrecoupé qui répétait le bruit de ses pas, et en voyant ces énormes portes qui craquaient et roulaient lente. ment sur leurs gonds, Stéphane ne put s'exempler d’un certain mouvement de frayeur mêlée de dégoit, Pour arriver à la chambre de Me La Troupe, il fallait traverser celle des hommes. C'était une vaste salle carrée, située au centre de l'édifice, et éclairée par cinq vitraux tous barricadés avec de grosses barres de fer, C'était là que Stéphane devait avoir sous les yeux mn spectacle vraiment répugnant et horrible. En y entrant il fut près d’être suffoqué par l'air empesté et naustabond répandu dans l'appartement, et écrasé par une foule de scélérats qui se pressaient autour de lui en hi tendant la main. Malheureusement Stéphane, n'ayan sur lui rien à donner à ces infâmes brigands, se fit siffler et insulter; plusieurs même qui r’avaient pas encore perdu leur instinct brutal et leur cupidité voulurent se jeter sur lui pour le dépouiller. Puis c'étaient des impré. cations, des jurements et des ricanements affreux. Le uns chantaient, les autres pleuraient et gémissaient; ici on en voyait qui étaient en proie au plus terrible dés espoir, là quelques autres se livraient à une joie sardoni. que et bruyante, plus loin ils se disputaient, se maudis saient les uns les autres, ct se tiraient aux cheveux.

Telle était cette chambre, que les geôliers appelaient l'antre du diable, semblable pour la malpropreté à un bourbier épais où croupissent des insectes dégoûtants, et pour le fracas à un repaire de bêtes féroces poussail de continuels.hurlements, et se ruant avec rage et impétuosité les unes sur les autres.

LÉGENDES CADADIENNES. 173

Stéphane, en sortant de cette chambre, jeta un dernier regard sur la scène affreuse qui venait de se dérouler à ses yeux, et sentit ses membres mus par un remblement convulsif et son cœur se briser par des pulsations violentes. Îl s'appuya un instant sur la tablette d’une fenêtre.

— On voit bien, dit le geôlier en souriant de pitié, que vous n'êtes pas accoutumé à de telles visites; mais javoucrai aussi que je n’ai jamais vu tant de commerce qu'aujourd'hui. Allons , allons, Monsieur, ne vous dévuragez pas : le pire est fait.

— Tant mieux, mon Dieu! dit Stéphane en prenant œurage malgré lui; s’il n’en était pas ainsi, j'aimerais mieux retourner sur sur mes pas.

Le gcôlier ouvrit la troisième porte qu'ils rencontrèrent et introduisit Stéphane dans un appartement proprement blanchi et balayé : c'était un nouveau spectacle, moins bruyant à la vérité, mais plus digne de pitié et pus susceptible de faire impression sur un cœur sensible comme pouvait l'être celui de Stéphane. Parmi touls les femmes, au nombre de trente à quarante, qui éaient rangées tout autour de la salle, une seule ne tavaillait pas encore à l’œuvre pénitentiaire, c'était Mne La Troupe. Aussitôt qu’elles aperçurent le geôlier etStéphane, elles se levèrent avec un respect mêlé de crainte, et baissèrent la vue sur leur ouvrage d’un air qui semblait demander grâce. Elles étaient assez pro- Bprement vêtues , mais maigres et décharnées, et tenant une posture nonchalante, nécessaire d’après la vie sé dentaire qu'elles étaient obligées de mener.

Stéphane, en examinant furtivement ces femmes perdues, indignes d’un sexe qu’elles déshonoraient, frémit involontairement et porta la main à son front, comme sil eût voulu chasser les réflexions qui l’accablaient ; Mais, lorsqu'il vint à remarquer attentivement Mme La

s notre imagi-

s corridors qui o sourd et en- , et en voyant ‘oulaient lente.

put s'exempter lée de dégoût, roupe, il fallait ane vaste salle clairée par cinq y barres de fer, us les yeux un >. En y entrant esté et naustaécrasé par une ur de Jui en hi phane, n'ayanl ads, se fit siffler ent pas encor té voulurent & aient des impréts affreux. Les rémissaient; ici lus terrible dés ne joie sardoni ent, se maudis aux cheveux.

liers appelaient malpropreté à tes dégoûtants, éroces poussarl vec rage et im-

de mm DS rt

an ten à gite mn De AT T0 RSR TS UNE 53

on me

Troupe, qui, de son côté, le regu:a.l ot versant de larmes..., Stéphane pleura aussi...

Pauvre Stéphane ! les larmes que tu répands main. tenant te sont arrachées par la pitié ; dans un instant il te faudra en verser d'autres plus pénibles encore, puis. qu’elles naîtront d’un amour malheureux !

Et, comme s’il eût eu honte desa faiblesse, il s’essuya promptement les yeux et s'avança d'un pas assez harii à l'extrémité de la chambre où était Mme La Troupe, Aussitôt que le geôlier se fut retiré, elle fit passer Sisphane dans une espèce de petite cellule pratiquée dans le fond de la principale chambre. Elise les suivit.

Stéphane se jeta sur un banc de bois fixé au muret laissa retomber sa tête sur l'embrasure d’une fenétre, Mme La Troupe le regardait avec un air de confusion et de timidité ; elle n’osait commencer l'explication du rendez-vous qu'elle avait donné.

Enfin, après un quart d'heure, Stéphanese leva brusquement comme s’il se fût réveillé d’un sommeil profond, et fixant Mme La Troupe :

— Pourrais-je savoir, Madame, ce qui m'amène ici, dans un lieu où j'ai eu tant à souffrir ?

Mne La Troupe rougit et baissa la vue , puis elle ne répondit rien.

Stéphane se reprocha le ton d’aigreur qu'il avait pris en lui faisant cette première question; pensant que so silence venait de là, il reprit avec plus de douceur :

— De grâce, parlez ; depuis quand êtes-vous ici?

— Depuis hier au matin, répondit-elle sur le tn d'un condamné devant son juge.

— Par quel accident ?

— Par un accident que je devais prévoir , répondi Mme La Troupe avec plus de hardiesse.

— Que voulez-vous dire ? dit Stéphane en reprenant son air de sévérité.

rivé.

En

sentit

colère

seul hi puisse venge:

être de le con Me L s'arrac

Elis phane.

Apr convul plus ce charné jetant mes al

— | miner bonhe:

piété ,

or versant des

répands mainns un instant il . encore, puisesse, il s'essuya pas assez hard [me La Troupe.

fit passer Stépratiquée dans les suivit.

fixé au muret d’une fenêtre, ir de confusion l'explication du

nese leva brus | sommeil pro-

ui m'amène ici, 1e , puis elle ne qu'il avait pris pensant que son e douceur :

tes-vous ici?

elle sur le ton

évoir , répondil

hane en repré

— Je veux dire que j'ai bien mérité ce qui m'est arrivé.

En prononçant ces derniers mots, Mme La Troupe sentit disparaître toute sa timidité pour faire place à la colère et la vengeance.

— Malheureuse !

Et Stéphane, honteux de se trouver en tête-à-tête avec une pareille femme, prit son chapeau et fut sur le point de se retirer.

— Attendez, Monsieur, attendez, dit Mme La Troupe en lui prenant le bras ; il s'agira bientôt plus de votre intérêt que du mien.

Stéphane frémit.

— Sachez, poursuivit Mme La Troupe en grinçant

| des dents, que, si je suis ici aujourd'hui, si je suis con-

damnée à y terminer ma vie, je dois le reprocher à un seul homme, le plus infâme, le plus exécrable que l’on puisse rencontrer. Malheur à lui ! voici le temps de la vengeance arrivé, voici le moment où ses crimes vont être dévoilés, où ses victimes vont se ruer sur lui pour le condamner et le maudire ! Maudit soit-il ! s'écria Mue La Troupe dans un violent accès de désespoir, en sarrachant les cheveux et en se frappant la tête.

Elise effrayée s'était approchée en tremblant de Stéphane, qui n’était guère plus rassuré qu'elle.

Après un quart d'heure passé dans des transes et des convulsions horribles, Me La Troupe devint un peu plus calme ; des sueurs froides inondaient ses joues décharnées ; elle se laissa tomber sur une chaise ; puis, jetant sur Stéphane des yeux égarés, elle versa des larmes abondantes et reprit :

— Je devais être la dernière des femmes qui dût terminer sa vie aussi misérablement : il fut un temps de bonheur et d’aisance pour moi, un temps de vertu et de piété, un temps où je venais moi-même consoler et

secourir les prisonniers ! Et aujourd’hui qu'est devenu ce temps ? J'étais riche, Monsieur, aussi riche que ces dames qui tiennent à présent les premières places dans la société ; je suis devenue pauvre, mais au moins je

puis dire que je n’ai pas mérité ce premier malheur ; je |

l'ai dû à un frère en qui ma confiance avait été poussée trop loin.

Madame La Troupe raconta à Stéphane cette premiire partie de sa vie que nos lecteurs ont déjà apprise de la bouche de Julienne.

— Voilà, dit-elle en terminant, comment du haut dela grandeur et de la fortune je me suis vue abaiïssée tout à coup au dernicr échelon de la société et de la misère, Mais jusque alors j'avais conservé une partie de mon bonheur : la vertu et la religion. Un monstre plus terrible encore que le premier méditait sourdement le projet de me plonger dans un abîme plus profond que le premier, et d'où je ne devais jamais sortir ; et cet abîme, le voilà, Monsieur, dit madame La Troupe en étendant les bras et en montrant les quatre murs de sa prison; et ce monstre, vous allez le connaître dans un instant.

Ce fut trois mois après la mort de mon époux que je le vis pour la première fois ; ses manières polies, son air de respect et de modestie, sa honte apparente, tout me porta en sa faveur. Et pourtant, qui eût pensé que c'était un hypocrite auquel je ne devais pas me fier ? oui, monsieur, un hypocrite tel que l'enfer n’en a jamais connu, un hypocrite dont on ne pourra jamais approfondir la scélératesse et l'impudence.…

Voyant le dénûment et la misère où nous vivions, ma chère petite fille et moi, il nous comblait de présents et de bontés, et dans toutes les transactions il montrait tant d'empressement , tant de délicatesse, que je ne tardai pas à m’attacher entièrement à lui et à lui donner une amitié et une confiance sans bornes. Je lui

ceptai Jaissai

est devenu che que ces places dans au moins je

malheur ; je |

été poussée

*ette premièà apprise de

du haut dela abaissée tout de la misère, de mon bonplus terrible t le projet de e le premier, et abime, le en étendant de sa prison; un instant.

époux que je polies, son air nte, tout me ensé que C'éme fier ? oui, n’en a jamais ais approfon-

nous vivions, iblait de préansactions il licatesse, que à lui et à lui

ornes. Je lui

racontai tous mes malheurs ; il feignit d'y prendre part, et se répandit en invectives et en reproches contre mon frère ; et lui-même , le monstre, roulait dans son esprit diabolique la ruine de mon âme et de ma réputation : «Madame, me dit-il, vous n'avez plus rien à espérer à la campagne ; mais, si vous voulez bien profiter de l'avantage que je vais vous proposer, je suis certain que vous pourrez encore être heureuse. J’ai à Québec un hôtel qui se trouve abandonné aujourd'hui, faute d'une personne respectable et capable de remplir la fonction d'hôtellière ; je vous l'offre, Madame, avec d'autant plus de confiance que je connais vos qualités et votre activité; vous aurez, ea y entrant, tout ce qui sera nécessaire pour tenir une bonne maison, et les pensionnaires ne vous manqueront pas. Je vous donne donc la préféren-

| ce sur le grand nombre de personnes qui en ont déjà

fait la demande. »

Ma situation ne me permettait pas d’hésiter: je l’acceptai donc avec reconnaissance, et huit jours après je lissais, en pleurant, le lieu de ma naissance, où j'avais passé de si heureux jours ; je fus dire un dernier adieu à la tombe de mon époux, j’embrassai tous mes amis, etje me mis en route avec Elise et le peu d'effets qui m'étaient restés.

Me voilà rendue à cet hôtel; mais quel hôtel , grand Dieu! Vous l'avez vu, Monsieur : c'était l'auberge du faubourg Saint-Louis telle qu'elle est aujourd'hui.

Ici madame La Troupe s'arrêta pour donner un libre cours à ses larmes. Jusqu'ici elle n'avait eu à raconter

L que le malheur; mais elle touchait à présent à quelque

chose de plus révoltant : le crime !

Stéphane, après avoir partagé sa douleur , la pria de

h continuer.

— Lorsque j'aperçus cette chétive masure, reprit madame La Troupe, lorsque je remarquai le délabre- Légendes canadiennes. 12

ment, la mal propreté etl’abandon qui m'étaient réservés, je regrettai mon premier état, ma misère , tout affreuse qu'elle était; cependant je ne voulus pas encore m'arrêter à la pensée que j'avais été trompée; mon protecteur (je pouvais alors lui donner ce nom) m'avait paru trop plein de mérite. J’attendis avec impat:ence une vi. site de sa part; il vint le lendemain matin.

Est-ce là, lui demandai-je, l'hôtel?... « Les misérables, se dit-il avec une colère affectée, voyez un peu s’il y a à laisser quelque chose de bon à leur disposition: voyez comme ils ont tout massacré dans l’espace d’un mois tout au plus. Je vous demande pardon, Madame, me dit-il avec déférence, j'ai été trompé moi-même: j'avais donné permission à quelques uns de mes gens de

loger ici en attendant, et voyez, ‘jouta-til en levant À

les épaules; mais ne vous désespére: pas : je vais remettre en peu de temps toutes les choses en ordre; vous serez Comme une reine; demain je vais envoyer des ouvriers et des effets. Prenez courage, Madame, vou: verrez que je suis homme à tenir ma promesse, » Et il se retira en me donnant deux dix ne pour là journée.

Le lendemain, la semaine, se paésbtent, je ne vis arriver personne, ni ouvriers, ni mon protecteur; ce ne fut que le mardi de la semaine suivante que j’eus sa se. conde visite; il me dit que de mauvaises affaires l'avaient empêché d’avoir des ouvriers, mais qu’il le ferait aussitôt qu’il serait en état de les payer. Enfin, pour abréger autant que possible cette malheureuse histoire, je vous dirai que mon auberge resla telle que vous l'avez vue, qu'elle ne fut fréquentée que par Le rebut del société, avec qui je m'’accoutumaipeu à peu, si bien

qu’au bout de trois mois j'en avais acquis les vices et les &

habitudes. À force de détours et de supplications, je parvins à apprendre que j'avais affaire à des brigands et

nt réservés, out affreuse ncore m'arnon protecn'avait paru ence une vi-

« Les misé- OYez un peu disposition; l'espace d'un n, Madame, moi-même; > mes gens de

t-il en levant |

: je vais rees en ordre; | vais envoyer re, Madame, promesse. »

elins pour la

* je ne vis arecteur; ce ne e j'eus sa sc s affaires l’aqu'il le ferait Enfin, pour euse histoire, que vous l'ale rebut de a peu , si bien es vices et les bplications , je les brigands €!

à des scélérats dont le chef n’était autre que mon protecteur. [l m'avoua tout lui-mème, et me fit de si horribles "“enaces, de si belles promesses, que je n’eus pas le courage d'abandonner l'auberge. Ïl me mit ensuite

‘dans ses secrets et ses intérêts les plus chers; je con-

naissais tous les crimes avant même leur exécution , et ma maison devint le réceptacle de tous les effets volés.

Ce mystère ne pouvait durer long-temps. Cette nuit on à surpris les brigands au moment même où ils entraient chez moi pour cacher leur vol; on fit des fouilles, elles ne furent pas infructueuses : il était donc visible que j'étais leur complice, et il m'a fallu subir le mé me sort.

Mme La Troupe s'était empressée de raconter la fin de son histoire pour éviter sans doute les justes remarques que Stéphane aurait pu faire, et pour abréger autant que possible la honte et la confusion que de pareils aveux devaient nécessairement faire naître en elle ; mais elle ne put résister plus long-temps, elle tomba évanouie sur le parquet. Elise, qui la crut morte, se jeta sur elle en l’appelant à haute voix. Ce fut une terrible scène pour Stéphane, un horrible contraste, que de voir la vertu aux prises avec le crime entre les quatre murailles d’un sombre cachot!…

Mre La Troupe revint bientôt à elle: puis, après avoir pressé sa fille Sur son cœur, elle se t:aîna jusqu’à Stéphane , et retombant à ses genoux :

— O Stéphane, lui dit-elle en pleurant, si les prières d'une femme criminelle mais repentante peuvent avoir quelque influence sur vous, si votre cœur, en maudis= sant le crime et ses esclaves, peut respecter et aimer la vertu toujours pure au milieu du vice, daignez jeter les yeux sur cette chère enfant; daignez protéger ume mi- Sérable orpheline qui sans vous devra traîner sa vie dans l'infortune et l'esclavage , peut-être, hélas! dans la sce-

lératesse comme son infâme mère. Oh! dites-moi, Mon-

sieur, dites-moi que vous l’arracherez des mains des

scélérats qui m'ont perdus; dites-moi que vous la conduirez dans le chemin de la vertu, que vous la conserverez dans la pureté où elle a toujours vécu jusqu'à présent... Viens, Elise, viens te ;: :r avec moi aux pieds de M. Stéphane... Pauvre enfaut!... tu n'as plus personne maintenant sur la terre !.…

Stéphane releva Mme La Troupe , et lui promit de prendre soin d’Elise ; puis, se rappelant qu’elle lui avait

donné à entendre que le rendez-vous l’intéressait autant

qu’elle, il la pria de le lui apprendre.

Mre La Troupe le regarda fixement.

— Avant de vous répondre, Monsieur, lui dit-elle, permettez-moi de vous faire une question. Aimez-vous encore la fille de maître Jacques ?

— Pourquoi voulez-vous savoir cela ?

— Parce que, si vous ne l’aimez plus, je n'aurai rien à vous dire. ,

— Eh bien! supposons que je l’aime encore.

— Ce n’est pas une supposition , Monsieur, je le vois bien; vos yeux m'en disent assez. Avez-vous eu des informations sur son compte ?

— Non.

— Aimeriez-vous en avoir ?

— Parlez, dit Stéphane avec crainte et inquiétude.

— Ce que je vais vous dire est terrible.

— Parlez, dit encore Stéphane d’une voixtremblante.

— Vous l’exigez-donc ?

— Oui.

— Eh bien, je vous conseille d'oublier pour toujours la fille de M. Jacques.

Stéphane pâlit.

— Qu'avez-vous à dire contre elle ?

— Rien contre elle : au contraire, c'est unecharmante

l'aim donc ne va Oui, horri

moi, Monmains des us la conla conserisqu'à pré-

aux pieds > plus per-

promit de

Ile lui avait sait autant

ui dit-elle, imez-vous

je n'aurai re.

,je le vois s eu des in-

nquiétude.

remblante.

pur toujours

b charmante

enfant , douce, vertueuse , remplie d'excellentes qualités, aussi pure qu’un ange, je le sais de bonne part; mais son père...

— Eh bien ! son père, qu’allez-vous dire ?

— Son père est... brigand.…

— Un brigand!

— Le chef d’une bande de scélérats.

— Ciel!

— Le même qui m'a pe Jue!..

— Le misérable!.. un brigand !... le che... et sa

fille un ange !.. horrible mystère ! dit Stéphane en fai-

sant trois ou quatre tours dans le caveau, et en sortant brusquement comme un homme que la folie vient d'accabler.

Page 1