‹ Légendes canadiennes [microforme]Chapitre 46 sur 65 · UNE MALADIE SECRÈTE · texte numérisé non relu

UNE MALADIE SECRÈTE

Il n'y a que quelques années la scigneurie de Beau-

Dnais appartenait à un grand d'Angleterre, qui en avait nfié le soin à un homme équitable et plein d’une honile bonhomie. Les forêts seigneuriales étaient alors uertes à tous les plaisirs, et les habitants du lieu en aient en bons fils de famille.

Mais depuis que des spéculateurs avides se sont parsé en lambeaux ces domaines naguère si heureux, la ie est disparue, loin d'entraîner avec elle la misère et s infructueux travaux.

Sous le régime libéral de la vieille tenure, j'avais

(1) M. Poitras est avocat du barreau de Montréal.

moi-même battu plus d’une fois les sentirrs ombreux( domaine scigneurial. Plus d’une fois aussi l'écho de se bois avait répété le bruit inoffensif de mon fusil inhabile Ce fut dans une de ces courses que je m'arrétai un jou sur une pointe de terre qui s'avance dans le fleuve dont le charmant aspect attira plus tard mes pas jour: liers. Ce lieu ravissant, connu sous le nom de Po du Buisson, réunit, malgré son peu d'étendue, tous le agréments que puisse offrir la plus riche nature. Le fleuy en baignant la rive semble par un effort suprême voulo étaler toutes ses richesses, sa force et sa limpidité. Le cascades se soulèvent par milliers, revêtues des plu brillantes couleurs, mêlées d'or, d'argent et d'aur Elles se choquent entre elles, puis s'embrassent toy à coup pour retomber enlacées sur leur lit pavoisé d'un mousse soyeuse. Toute la masse des eaux, resserre en cet endroit entre une île et la pointe, bondit tumul tueusement, variant sans cesse ses luttes et ses cou leurs. À de courts intervalles vous pouvez voir un la teau s’engouffrer dans ces gorges et disparaître sou l'écume mugissante, pour remonter bientôt glorieux les flots, prêt à recommencer la lutte, sans prendre temps de sécher ses abondantes sueurs.

Souvent, assis sur un tertre verdoyant et les piei sur les bords gazonnés du buisson, je rêvais le bonhe du poète dont le regard inspiré eût contemplé ce tableuk enchanteur. Mais une larme de dépit m'arrachait de me méditations infructueuses et me reportait dans less nueux sentiers du bois où mes dents faisaient force pol sie sur les mûres et les framboises. Les fruits les pl variés, les plus délicieux, s’offraient de toutes pa pour égayer mes soucis, et je confessais gaîment que nature m'avait plutôt fait glouton que poète.

À différentes époques je m'étais arrêté à examinerk dehors d'un ermitage situé sur la partie la plus pitt

rsque du buisson. Le lierre envahisseur en avait caché hsqu'à la moindre ouverture. Il était facile de voir par htenue sauvage de l'alentour que plusieurs années s'ékient écoulées depuis qu’on y était entré.

Un jour que j'étais à deux pas de là, à prendre une

wllation de framboises en la société de plusieurs jeunes mrsonnes, j'entendis l’une d'elles dire en soupirant : — Tute rappelles, Lydie, du temps où nous venions fier ici ce qu'ils appelaient « le jour du frère et de la eur ? » — Nous avions bien du plaisir, répondit l'aueen soupirant à son tour.

L'expression involontaire de ces regrets pour le temps

pssé piqua ma curiosité. Je demandai un mot d'expliation, mais on me dit que c'était une longue histoire, d personne ne voulait se charger du récit. J’insistai, je prai, Sans trop réussir. J'aurais bien pu terminer la contestation en m'adressant à mon voisin : mais j'attahais déjà trop d'importance aux paroles d'une femme pour démordre de mes premières sollicitations. Je vis enfin une poitrine se soulever par trois longs soupirs, des doigts délicats se sécher du jus de framboises, et déposer un plat encore rempli de fruits. C'était un exorde derigueur et de bon augure.

« L'ermitage avait été construit il y avait déjà de Ingues années, c'est-à-dire vingt-cinq à trente ans. À peine était-il garni de quelques meubles qu'on le vit habité par deux jeunes enfants et une bonne à figure honnête et déjà sur le retour de l’âge.

Carolle et Eliza voyaient gaîment s'épanouir leur premier lustre et ne souhaitaient rien autre chose que des bonbons et les baisers de la bonne Marianne , qu’ils ippelaient maman-grand'mère.

Le père des deux enfants venait plusieurs fois dans ‘année passer quelques jours à l’ermitage et y laissait haque fois une abondante provision de bonbons et de

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jouets. I] arriva un jour sans son entourage ordinaire 44 poupées et de dragées. Peu s’en fallut qu'il ne s'ensui vit une insurrection déplorable. Mais le père calm bientôt cet ouragan formidable en annonçant aux rebel les qu'ils allaient laisser l'ermitage et venir à la vil choisir leurs jouets eux-mêmes. Mais, hélas ! cruelle déception! En arrivant à Montréal, Eliza dut embrasse son frère pour aller goûter les bonbons du couvent {tandis que Carolle, de son côté, suivait son père versu collège des Etats-Unis. |

Quatre années s’écoulèrent avant qu'ils se revissent Après une si longue absence, l'ermitage s'ouvrit pom peux et décoré pour recevoir ses anciens hôtes. De merveilles étonnantes s'étaient opérées pendant ces qua tre années. Le frère et la-sœur, qui se revoyaient pou la première fois, se regardaient de haut en bas, comm si, au réveil d’une longue nuit, où une fée mystérieus aurait touché leur existence de son talisman miraculeux ils auraient cherché mutellement en eux les traces del veille entièrement effacées.

Eliza qui, à son départ, faisait de longues tresses dé ses cheveux, une ceinture dont le double nœud laissa encore flotter ses extrémités ondoyantes, encadraitalon sa figure d'ange dans un double cintre du plus riche châtain, qui s'ombellait en se nouant derrière les oreil les. Le reste de sa tenue ne laissait aucune trace de années de l'enfance, et laissait facilement voir qu'une camériste habile avait entièrement improuvé la vieil routine de la bonne Marianne, qui se trouva toute dés rientée dans ce nouveau système de toilette.

Carolle, quoiqu'il eût alors ses seize ans bien comp tés, ne paraissait pas avoir beaucoup progressé dans perfection de son physique. Il semblait même n'awi jamais songé à porter le moindre soin à sa personne, 4 il parut tout étonné de voir l'attention particulière ave

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laquelle sa sœur redressait le plus léger filet qui s’écartait de l’enchevétrement travaillé de sa chevelure. Chez lui aussi il n’était pourtant resté aucun vestige de la légèreté de ses premières années. Une humeur sombre et pensive avait succédé à toutes les folles joies de l’enfance. Une idée fixe, unique, occupait continuellement son imagination naguère si expansive. Cette inquiète

préoccupation ne ferma pas néanmoins son cœur aux

douces consolations de l'amour fraternel. Mais dès qu'il était seul, ses pensées reprenaient leur cours et tombaient comme un cauchemar accablant sur tous les instants de sa solitude.

Ï1 fallut bientôt se séparer pour reprendre de nouveau la discipline du pensionnat. Il serait assez difficile de

dire ce que la courte vacance qui les avait réunis avait

jeté d'étranges sentiments dans le cœur de chacun d'eux. Eliza ne parut plusla même. La vie qu’elle s'était faite si joyeuse, si folàtre, dans ses premières années d'études, lui devint dure et insoutenable; et, chose étonnate, ce ne fut que de ce moment qu’elle sembla vouloir en jouir pleinement. Elle commença à étudier les charmes de son esprit et de sa personne, et à mépriser les amusements de l'enfance. L'instinct du beau, si naturel à son sexe, se réveillant prématurément en elle, elle devina bientôt les privilèges attachés à sa nature, et saisit avec avidité la clef des admirations que prodigue la société à la beauté et à l'esprit cultivé. Ce fut avec le même dégoût de la réclusion que Carolle se rendit au collège. Lui aussi, il osa demander aux grâces si elles n'auraient pas échappé chez lui quelqu'un de leurs dons enchanteurs. Cette première investigation était Join de pouvoir le désespérer ; aussi commença-t-il activement à exploiter le fonds de talents et de valeur physique que la nature lui avait départi.

Nous laisserons ces quatre années passer inaperçues,

et nous viendrons de suite à l'ermitage , qui s'ouvrait enfin pour posséder long-temps les deux anges du buis. son. Eliza était libre depuis deux ans, et connaissait déjà amplement toutcs les petites intrigues qui compo sent la vie de tous les mortels. Carolle avait de l'éducation tout ce qu’il en faut pour faire un savant ou un artiste ; mais il lui manquait la connaissance du monde, pour l'étude duquel il se remit sans réserve entre les mains de sa sœur.

Sans savoir pourquoi, Carolle commença néanmoins à s'éloigner d'elle dès les premiers jours de son arrivée. Il partait le matin, son fusil sur l'épaule, et ne reparaissait que le soir, morne, abattu, brisé de fatigue et de tourments intérieurs. Eliza, laissée à elle seule, renchérissait sur la taciturne mélancolie de son frère. Elle . passait tout le jour en promenades , sans but, sans Consolation, rentrant le soir sans savoir ce qu’elle avait fait, Souvent elle avait surpris son frère assis sur la dernière pierre d’un précipice, la tête appuyée dans ses mains, et les pieds inondés du reflux des flots. Elle s’en retournait en essuyant les larmes qui coulaient sur ses joues roses et en se demandant à elle-même : — Mon Dieu, qu’a-t:i! ?

Un jour que, cachée derrière des broussailles, elle l’examinait assis sur cette pierre menaçante , elle le vit tout-à-coup se lever, la figure sereine et le pas assuré, Elle s'enfuit promptement pour dérober ses yeux rougis. Mais il l’atteignit bientôt, et, l’enlaçant dans ses bras, il lui demanda pardon de la solitude dans laquelle il la laissait vivre.

— Pourquoi, en effet, nous fuyons-nous ? reprend h tendre jeune fille. Pourquoi me laisser seule ? Oh ! situ savais combien mes pensées sont tristes et mon âme inquiète, quand tu me laisses ainsi seule! Toi-même, com. me tu parais souffrir dans la solitude que tu cherches

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que tu cherches

LÉGENDES CANADIENNES. a

sans cesse ! Qui sait, si nous parlions er*"nble de ce qui nous occupe lorsque nous sommes loin l’un de l’autre, si nous n'allégerions pas nos peines respectives ?

— Hélas! dit le jeune homme avec amertume, tu peux, toi, me parler de tes soucis, mais mo:

— Tu consens au moins à ce que je parle un peu de moi. Eh bien ! tu as vu souvent ces petites villageoises qui viennent cueillir ici des fruits. Ne leur as-tu jamais entendu dire entre elles : « Ce panier de mûres, ce casseau de framboises, je le garde pour maman. » Comme elles parlent avec amour, avec tendresse, de leur mère! Ce nom de mère n'’a-t-il pas souvent porté sur tes lèvres cette question désespérante : Notre mère à nous, qui est-elle, où est-elle ? Oh! Carolle, qu'il est cruel, n'est-ce pas, de ne pouvoir répondre à cette question! Qu'il est cruel de n'avoir pas à ses côtés cet être aimant pour nous attirer contre son cœur et nous répondre par des baisers !

—Tu y penses donc, toi aussi, malheureuse enfant! Jene te laissais donc jamais seule, puisque ma pensée cntinuelle demeurait avec toi et s'unissait à la tienne! Oh! oui, une mère, une mère!... pour connaître nos peines , pour les faire oublier de sa douce parole!

Tout-à-coup la jeune fille sembla renaître sous l’inspiration d’une idée inattendue.

— Dis donc, Carolle, reprit-elle, si par hasard c'élait encore un des secrets de papa de nous cacher l’exipese de notre mère ? Oh! quel bonheur de la retrou-

el...

— La retrouver! Oh! non, jamais... Papa nous ai-

e trop pour nous cacher une chose pareille. Ne l’espère pas, car la déception serait trop cruelle.

Reconnaissant l’invraisemblance de sa supposition,

liza retomba aussitôt dans un désespérant silence. La ête penchée sur son sein, les yeux inondés de larmes, À Légendes canadiennes. 16

elle roulait machinalement entre ses doigts les boucles de cheveux qui s’ondulaient sur son cou d’albâtre. La sympathie fraternelle se communiquant rapidement, les yeux de Carolle se mouillèrent de larmes à son insu. Em. pruntant néanmoins des illusions qui ne l’égaraient pas et un espoir qu’il n’osait concevoir, il essaye de relever le courage abattu de sa sœur.

— Espérons pourtant, reprit-il en lui prenant les

mains, espérons que le temps effacera ces chagrin Quant à retrouver notre mère, je n'y ai jamais songé. Mais les joies du monde et les plaisirs que papa nous promet pour l’avenir nous feront peut-être oublier ce qui nous manquera. Bientôt tu les savoureras ces plaisirs d’un monde que je ne connais pas encore, et que je n'envie pas de connaître. Bientôt tu brilleras Sur ce nouveau théâtre... Oh! comme ton nom seul fera palpiter de cœurs! Oh! sois heureuse, sois heureuse, car ton avenir cst beau. a ce bonheur par un cœur tranquille.

.. — Mais pourquoi pleures-tu: donc en me faisant ces beaux contes? interrompit la jeune fille surprise et trou blée.

— Gars vois-tu, ces plaisirs, tu les prendras sans moi, oh!! oui, sans moi...

— Alors, je n’en veux aucun, dit la sœur en passail son bras autour du cou de son frère, et de l’autre ma glissant son mouchoir blanc sur ses yeux.

Ne parlons plus ainsi, reprit Carolle ; bannisson ces pensées. Laissons derrière nous le passé, et fer

monsles yeux sur l’avenir. Vivons désormais heure

du présent; et soyons, comme autrefois, ce qu'ils app laient : les petits anges du buisson. 3

Ces dernières paroles. prononcées d'un ton amical ment badin, reçurent leur sanction par le baiser le pl suavement humecté que jamais lèvres fraternelles aie

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échangé. Le bonheur reparut avec son entourage gracieux. Les jours passaient inaperçus, etles soirées s’annonçaient par une musique pleine d’inspirations. À peine trouvaient-ils un moment pour aller aspirer la brise épurée du rivage. Ils ne sortaient plus; l’ermitage était transformé en salon d'artiste. Ils faisaient de la musique l'un pour l’autre, et, de peur d’en laisser jouir la solitude même qui entourait leur habitation, tout était hermétiquement fermé. Au silence qui commença à régner, on aurait pu croire que la vieille Marianne était le seul être vivant qui y demeurât. Cependant une harmonie variée du son alternatif de plusieurs instruments, et parfois aussi une voix pure, jeune, pleine de feu, de langueur, tantôt animée frénétiquement, tantôt longue et douloureuse comme la voix d’une captive, indiquait clairement que l’ermitage enfermait de jeunes existences. Et la vieille, qui ne songeait pas plus à prendre un air musicien qu'à se friser ou à se farder, ne pouvait donner l'ombre de quiproquo. La nuit, les chants se prolongeaient fort tard. Il n’y avait pas à se méprendre, on.entendait bien deux voix. C’étaient de magnifiques duos , où encore on n’osait croire que la bonne füt pour quelque chose. La voix de basse était moins flexible, moins vibrante ; elle s'élevait moins haut vers les cieux et s’unissait plus faiblement à la voix des anges. .

La bonne Marianne, qui, autant que ses pupilles , avait souffert de leur peu d'intimité, semblait rajeunir en les voyant s'amuser avec autant de bonheur. Elle applaudissait à tous leurs jeux, et leur demandait souvent quelque belle gigue de son vieux temps.

Depuis trois mois seulement ils goûtaient de cette nouvelle vie , lorsque les choses changèrent subitement de face. Carolle, qui n'avait paru renoncer à ses vieux chagrins que par l'effet d’une résolution subite et forcée, sentit bientôt s’affaiblir Je calme salutaire qu’il avait trou-

vé auprès de sa sœur. Eliza elle-même avait laissé ses pinceaux se sécher et son aiguille s'endormir au milieu d’une tapisserie inachevée.

Carolle, ennuyé de cette vie où son âme serrée à l'étroit avait besoin d’une expansion plus large, résolut d'y mettre fin d’un manière quelconque. Sans attendre d’un jour, il écrivit à son père la lettre qui suit :

« Mon CHER PÈRE, — Si le bien-être matériel pouvait suffire à la vie et au bonheur de vos enfants, depuis long-temps vos bontés auraient fait taire tout désir de nouvelles faveurs. Tant que ia légèreté de l'enfance habita cet ermitage, nous ne désirions rien que l'heure de vos visites. Quoique ce désir soit encore le plus empressé qui nous anime, je ne puis vous taire plus langtemps que la vie que nous faisons est souvent et même toujours bien sombre. Ce n’est pas que j’ambitionne les plaisirs que vous nous promettez. Eliza n’en paraît pas non plus bien éprise. Mais sans pouvoir clairement m'expliquer sur ce qui manque à notre bonheur, je vous soumettrai mes vœux, et je demande avec instances et prières que vous portiez votre attention sur leur accomplissement prochain.

» Ce qu’il me faut à moi règlera nécessairement ce qu’il faut à ma sœur. Je sais que son désir le plus ardent serait de s'attacher à mes pas partout où j'irais. Notre longue habitude de vivre ensemble explique naturellement ce goût. Je ne vous dirai pas quels sont mes goûts; j'oserai plus , je vous dirai mes besoins. Je sens profondément que le seul moyen, non pas de guérir, mais de soulager les maux réels qu’une imagination trop vive m'a créés, serait de voyager loin et longtemps. S'il m'était possible de vous dire les motifs de cette détermination, vous ne balanceriez pas un mo- * mérnt à me fournir les moyens de l’exécutér. » Loin de moi, je sais qu'Eliza goûtera peu des plai-

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sirs que vous nous avez fait entrevoir. Aussi vous faudra-t-il mettre toute votre sensibilité au jeu pour la distraire, Mais la nécessité qui me presse est plus forte encore que l'affection que je lui porte. Pardonnez ma discrétion, et permettez-moi d'espérer votre réponse sous quatre jours.

» Ermitage du Buisson.

» CAROLLE. »

Deux jours après il recevait cette réponse, et la communiquail à sa sœur avant même de lui avoir fait part de ses projets :

« MON BIEN-AIMÉ CAROLLE , — Plus que jamais je sens aujourd’hui l’amertume des mystères de famille qu'il m'a fallu tenir avec mes enfants. La première relation de famille que j'ai à vous faire professer est de vous associer à mes peines et à mon deuil, en vous annonçant a nort de mon père. Il vient d’expirer sans avoir em- + son petit-fils, non plus que mon aimable petite ‘ll:2, sans même les avoir connus. Cet événement devant terminer votre vie de réclusion, je sens que vous ne pourrez que faiblement participer à ma douleur. Aussi je fais grâce à vos sentiments intérieurs, et je travaille incessamment à donner à cette perte cruelle les conséquences favorables qu'elle peut avoir pour chacun de vous. Ïl me faudra à peu près huit jours pour régler les plus ‘pressantes affaires. Sans vouloir pénétrer tes secrets , je pense que tu peux attendre mon retour parmi vous pour discuter avec moi surle mérite de tes projets de voyage. Attends-moi donc avec la conviction que mon affaire unique sera désormais le bonheur de mes enfants, et que, quelle que soit la manière de le leur procurer, je ne refuserai rien à ieurs désirs. Soyez toujours bons enfants, et embrassez-vous dix fois en souvenir de votre père. »

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