‹ Légendes canadiennes [microforme]Chapitre 5 sur 65 · PERS · texte numérisé non relu

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était ébranlée. Genanhatenna se lève pour partir ; le moment de la décision ne pouvait plus se différer. Alors Françoise presse contre ses lèvres la croix qui pendait à son cou, et dit : « Ma mère, j'ai fait un vœu chrétien, et je ne dois pas le violer.

— Viens donc avec moi dans le bois, repartit la mère; s’il faut que nous nous séparions , que ce soit là. Viens vite, le jeune chef Allewemi m'attend ; il a exposé sa vie pour venir avec moi ici. Si les Outaouais l’aperçoivent, leurs lâches esprits les feront se glorifier d’une victoire sur un seul homme.

— N'y va pas, lui dit tout bas Rosalie , il n'y a pas de sûreté à quelques centaines de pas de nos cabanes. » Françoise était trop émue pour pouvoir écouter les conseils de la prudence : elle suivit sa mère. Lorsqu'elles furent arrivées dans le bois, Genanhatenna renouvela ses pressantes instances : « Ah! Françoise, dit-elle, on te renfermera dans des murs de pierre, où tu ne respireras plus l'air frais, où tu n’entendras plus le chant des oiseaux , ni le murmure des eaux. Ces Outaouais ont tué tes frères; ton père était le plus grand arbre de nos forêts, mais maintenant ses branches sont toutes coupées ou desséchées, et si tu ne reviens pas, il

meurt sans laisser un seul rejeton. Hélas ! hélas ! j'ai

mis au monde des fils et des filles, et il faut que je meure sans enfants. »

Le cœur de Françoise fut attendri : « Je m'en retourne, je m'en retourne avec toi, Ô ma mère! s'écria-telle ; promets-moi que mon père me permettra d’être chrétienne.

— Je ne le puis, Françoise, répliqua Genanhatenna : ton père a juré par le dieu d’Aréouski que nulle chrétienne ne vivra parmi les froquois.

— Alors, ma mère, dit Françoise reprenant toute sa résolution , il faut que nous nous séparions. J'ai été

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marquée de cette marque sainte en faisant le signe de la croix , et je ne dois plus hésiter.

— En est-il ainsi ? ».s'écriasa mère ; et, refusant d'embrasser sa fillé , elle frappa dans ses mains et poussa un cri qui retentit dans toute la forêt. Il y fut répondu par un cri plus sauvage encore, et en un moment Talasco et le jeune Allewemi furent près d'elle. « Tu es à moi, s'écria Talasco, vive ou morte, tu es à «moi. » La résistance aurait été vaine. Françoise fut placée entre les deux sauvages et entraînée... Comme ils sortaient du bois, ils furent rencontrés par un parti de Français, armés et commandés par un jeune officier avide d’aventures. Îl aperçut au premier coup d'œil l'habillement européen de Françoise, comprit qu’elle devait être captive, et résolut de la délivrer. Il-banda son fusil et visa Talasco. Françoise fut prompte à se mettre devant lui, et cria en français qu'il était son père, « Délivrez-moi, dit-elle, mais épargnez mon père , ne le retenez pas :

les Outaouais sont ses ennemis mortels; ils lui feront

souffrir mille tourments avant de le mettre à mort, et sa fille en serait la cause.» .

Talasco ne dit rien ; il se prépara à l'issue, ‘quelle qu’elle dût être , avec une force sauvage. Il dédaigna de demander la vie, qu’il aurait été fier de sacrifier sans murmure ; et lorsque les Français défilèrent à droite et à gauche pour le laisser passer, il:marcha seul en avant, sans qu’un seul de ses regards, un seul mot de sa bouche, témoignât qu’il croyait recevoir d'eux une faveur. Sa femme lJesuivit. «Ma mère, lui dit Françoise de la voix de la tendresse, encore un mot avant de nous séparer.

— Encore un mot! répondit Genanhatenna. Oui, ajouta-t-elle après un moment de silence, encore un mot — Vengeance! Le jour de la vengeance de ton père viendra, j'en ai entendu la promesse dans le souffle des vents et le murmure des eaux; il viendra! »

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| reprit le religieux d’un ton solennel , d’une manière que

Françoise s'inclina comme si elle eût été convaincue de la vérité de ce que lui prédisait sa mère; elle prit son rosaire et invoqua son saint patron. Le jeune officier, après un moment de silence respectueux , lui demanda où elle voulait qu'il la conduisit. « Au Père Mesnard, répondit-elle. — Au P. Mesnard? repartit l'officier. Le P. Mesnard est le frère de ma mère, et je me rendais chez lui quand j'ai eu le bonheur de vous

A rencontrer. »

Cet officier se nommait Eugène Brunon. Il demeura

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