LA RUINE DU CULTIVATEUR
La donation faite dans des motifs si louables en apparence avait porté, comme on l’a vu, de funestes coups à cette famille. Cependant, malgré la réconciliation opérée entre le père et le fils, malgré l’oubli du passé qu'ils venaient de se jurer l’un à l’autre, on chercherait en vain au milieu d'eux le même b: ur et la même harmonie qu'autrefois; les choses | L avaient été remises sur le même pied qu'auparav...; ies mêmes hommes avaient repris leur première position, mais avec quelle différence et quels changements ! Le fils, pendant qu'il avait eu le maniement des affaires, avait laissé dépérir le bien, et contracté des habitudes d'insouciance et de paresse. Le courage et l'énergie du père s'étaient émoussés au contact du repos et de l'inaction. Il en coûtait beaucoup à son amour-propre de se remettre au travail comme un simple cultivateur. Pendant les quelques années qu'il avait été rentier, il avait joui d'une grande considération parmi ses semblables, qui, n'envisageant d'ordinaire que les dehors attrayants de cet état, l'avaient bien souvent regardé avec des yeux d'envie; il lui fallait maintenant descendre de cette position pour se remettre au même niveau que ses voisins. Sa condition de cultivateur, dont il s'enorgueillissait autrefois, lui paraissait maintenant trop humble, et avait même quelque chose d'humiliant à ses yeux; poussé par un fol orgueil, il résolut d'en sortir.
Il avait remarqué que quelques unes de ses connaissances avaient abandonné l’agriculture pour se lancer dans les affaires commerciales ; il avait vu leurs entreprises couronnées de succès; toute son ambition était
de pouvoir monter jusqu’à l’heureux marchand de cam-
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