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pagne, qu'il voyait honoré, respecté, marchant légal du curé, du médecin, du notaire, et constituant à eux quatre la haute aristocratie du village.
En vain lui représentait-on que, n'ayant pas l’instruction suffisante, il lui serait impossible de suivre les détails de son commerce de manière à pouvoir s’en rendre compte; à cela il répondait que sa fille Marguerite était instruite et qu’elle tiendrait l’état de ses affaires. Sourd à tous les conseils, et entraîné par la perspective de faire promptement fortune , il se décida donc à risquer les profits toujours certains de l’agriculture contre les chances incertaines du commerce. Le lieu qu'il habitait n'étant point propre pour le genre de spéculations qu'il avait en vue, il loua sa terre pour un modique loyer, et alla s'établir avec sa famille dans un village assez florissant, dans le nord du district de Montréal ; il y acheta un emplacement avantageusement situé, y bâtit une grande et spacieuse maison, et vint faire ses achats de marchandises à la ville. Le commerce prospéra d'abord, plus peut-être qu'il n'avait espéré, On accourait de tous côtés chez lui. Pour se donner de la vogue il affectait une grande facilité avec tout le monde, accordait de longs crédits, surtout aux débiteurs des autres marchands des environs, qui, trouvant leurs comptes assez élevés chez leurs anciens créanciers, venaient faire à Chauvin l'honneur de se faire inscrire sur ses livres. Ce qu'il avait souhaité lui était arrivé; il jouissait d’un grand crédit ; il était considéré partout; on le saluait de tous côtés, et de bien loin à la ronde on ne le connaissait que sous le nom de Chauvin le riche ; lui même ne paraissait pas insensible à ce pompeux surnom, et il lui arriva même une fois d'indiquer sous ce modeste titre sa demeure à des étrangers. Îl va sans dire que les dépenses de sa maison étaient en harmonie avec le gros train qu'il menait, Tout à coup les récoltes manquèrent,
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menant à leur suite la gêne chez les plus aisés, la paureté chez un grand nombre. Des pertes inattendues irent d'énormes brèches à sa fortune ; ses crédits qui araissaient les mieux fondés furent perdus ; pour la prenière fois de sa vie il manqua à ses engagements envers es marchands fournisseurs de la ville, qui, après avoir tendu assez long-temps, le menacèrent d’une saisie et e faire vendre ses biens. Cette menace sembla redouler son énergie. Il se roidit de toutes forces contre ‘adversité, et résolut, pour faire face à ses affaires, de enter le sort de l’emprunt ; cette démarche, loin de le rer d'embarras, ne servit qu'à le plonger plus avant jans le gouffre. L’usurier, fléau plus nuisible et plus redoutable aux cultivateurs que tous les ravages ensemble de la mouche ct de la rouille, lui prêta une somme à gros intérêts, remboursable en produits à la récolte rochaine. La récolte manqua de nouveau; il continua quelque temps encore à se débattre sous les coups du ort, et se vit à la fin complétement ruiné. La saisie dont on l'avait menacé depuis long-temps fut mise à exécution contre lui. L'exploitation de son mobilier suffit à eine à payer le quart de ses dettes. Ses immeubles furent attaqués à leur tour, et, après les formalités d'usage, vendus par décret forcé ; et la terre paternelle, sur laquelle les ancêtres de Chauvin avaient dormi pendant de silongues années, fut foulée par les pas d’unétranger!!!...