‹ Légendes canadiennes [microforme]Chapitre 65 sur 65 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Nous remettrons à un autre jour le récit des aventures de Charles, qui occupèrent les jours qui suivirent son arrivée, et que le père Danis ne manqua point de corroborer, et même de commenter, comme s’il ÿeüût ne une part active.

Charles, habitué au grand air dés lacs et des forêts, étouffait dans l'étroit réduit qu'habitait sa famille. 11 songea donc à s'établir à la campagne. Une occasion se présenta bientôt d’ellemmême. Le nouveau propriétaire de la terre de Chauvin paya à son tour le tribut à la nature. La terre, mise en vente, fut achetée par Charles ; ot cette famille, après quinze ans d’exil et de malheurs, rehtra enfin en possession du patrimoine de ses ancétres.

Quand le père Danis vit s'éloigner ses bons voisins, ce fut à son tour à verser des larmes. Charles en fut touché, et, ayant appris que ce brave homme avait secouru sa famille dans sa détresse, il trouva place dans la ferme pour lui et pour sa vieille Marianne.

Quelques uns de nos lecteurs auraient peut-être désiré que nous eussions donné un dénoûment tragique à notre histoire; ils auraient aimé à voir nos actcurs

disparaître violemment de la scène, les uns après les autres, et notre récit se terminer dans le genre terrible, comme un grand nombre de romans du jour. Mais nous les prions de remarquer que nous écrivons dans un pays où les mœurs en général sont pures et simples , et que l'esquisse que nous avons essayé d'en faire eût été invraisemblable , et même souverainement ridicule, s’il se fût terminé par des meurtres , des empoisonnements el des suicides. Laissons aux vieux pays que la civilisation a gâtés leurs romans ensanglantés; peignons l'enfant du sol tel qu’il est, religieux, honnête, paisible de mœurs et de caractère, jouissant de l’aisance et de la fortune sans orgucil et sans ostentation , su

portant avec résignation et patience les plus grandes adversités , et, quand il voit arriver sa dernière heure, n'ayant d’autre désir que de pouvoir mourir tranquillement sur le lt où s’est endormi son père, et d’avoir sa place près de lui au cimetière, avec une modeste croix de bois pour indiquer au passant le lieu de son repos.

Encore donc un coup de pinceau à un riant tableau de famille, et nous avons fini.

Le père Chauvin, sa femme et Marguerite recouvrèrent bientôt, à l'air pur de la campagne , leur santé affaiblie par tant d'années de souffrances et de misères. Cette famille , réintêgrée dans la terre paternelle, vit renaître dans son sein la joie, l’aisance et le bonheur, qui furent encore augmentés quelque temps après par l'heureux mariage de Chauvin avec la fille d’un cultivateur des environs. Marguerite ne tarda pas à suivre le même exemple; elle trouva un parti avantageux , et alla demeurer sur une terre voisine. Le père et la mère Chauvin font déjà sauter sur leurs genoux des petits-fils bien portants. Le père Danis se charge de les endormir en leur chantant d’une voix cassée quelques : anciennes chansons de voyageurs.

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Nous aimons à visiter quelquefois cette brave famille, et à entendre répéter souvent au père Chauvin que la plus grande folie que puisse faire un cultivateur, c'est de se donner à ses enfants, d'abandonner la culture de son champ et d'emprunter aux usuriers.

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