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nées auparavant, s'était décidée sa vocation ; il y entre, se fait connaitre, et demande des renseignements sur son père. Celui-ci y était connu pour venir s'y chauffer pendant la rude s ison ; on lui indique à peu près le quartier où il logeait. Charles reprend sa course, et se décide enfin à frapper à la porte la plus voisine : c'était chez le père Danis,.
— Ouvrez, répondit une voix forte.
— Ah ! s'écria le père Danis en apercevaut Charles, en v’là-t-il un mangeu’ d'lard ! — Regarde donc, Marianne, voilà comme j'étais dans mon jeune temps ; vois donc ces grands cheveux, cette ceinture, ces souliers sauvages , et cette blague à tabac, — Assieds-toi, mon| garçon, et, dis-moi, quand es-tu arrivé ?
— Cette après-midi, Monsieur.
— Ah !'tu es un des voyageurs arrivés par les canots qu'on attendait ces jours-ci ?
— Oui, Monsieur.
— Et tu viens te promener à la ville ?
— Non, Monsieur, je suis à la recherche de ma famille, que l’on m'a dit demeurer près d'ici.
— Et comment t'appelles-tu, mon garçon ?
— Charles Chauvin, Monsieur. Je...
— Dieu du ciel ! s'écria le père Danis en se levant brusquement de son siêge, se redressant de toute sa haute taille, et en regardant Charles d'un air stupéfait. — Eh bien ! Marianne, ne te l’ai-je pas dit souvent que Dieu était bon, et qu'il rendrait enfin ce pauvre enfant à sa mère? — Oui, mon garçon, tu arrives bien à temps, va! Tes parents sont depuis long-temps dans la plus grande misère ; ton père a fait de mauvaises affaires, sa terre a êté vendue, il a été ruiné, et il gagne misérablement sa vie ici à charroyer de l’eau, Pour comble de malheur , ton pauvre frère vient de mourir, et, comme
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ils te croient mort aussi, tu peux juger de l'état où ils sont. -— Dis-moi, mon garçon, as-tu ménagé tes gages? apportes-tu de l'argent avec toi ?
— Oui, Monsieur ; mes gages me sont presque tous dus par la compagnie, et je les retirerai quand jc voudrai. FRE
—"Ah! c'est bien, mon garçon, tu es un bon fils; viens-ci que je t'embrasse.
Et le père Danis serra Charles contre son cœur.
— Allons, mon garçon, tu cs bien fatigué, reposetoi un peu et prends quelque chose.
— Merci, Monsieur, j'ai hâte de revoir mon père.
— Hé bien! mon garçon, je m'en vas l'y mener; mais va doucement, parce que ça va leur faire un coup, surtout à ta pauvre mère, Mais laisse-moi faire; j’entrerai le premier et j'arrangerai la chose. Allons, Marianne, donne-moi mes béquilles.
Et tous deux sortirent.
Ah çà ! mon garçon, ne va pas trop vite, je ne pourrai te suivre. Él y a eu un temps où je l'aurais battu le chemin ; mais, à présent, je n'ai plus de jambes.
En parlant ainsi, ilsarrivaient à la demeure de Chauvin. Le pèis Danis ouvrit sans frapper, et, entrant le premier :
— Tenez, mère Chauvin, je vous avais bien dit que tôt ou tard vous auriez des nouvelles de votre fils ; voici un voyageur qui arrive et qui va vous en donner.
* Charles promena ses regards sur un homme déjà âgé et sur deux femmes dont la misère et la souffrance. avaient tellement altéré les traits qu'il ne les reconnut point. Charles, qui les avait quitiés à peine sorti de l'adolescence et qui revenait homme fait, n'en put être reconnu à son tour.
— Ah! Monsieur, dit la mère en s'adressant à Charles, m'apportez-vous des nouvelles de mon cher fils ?
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Er ce son de voix bien connu, Gharles avait reconnu sa mère, il voulait répondre ; son cœur se gonfla, sa langue resta muette ; il demeura immobile,
La mère, interprètant ce silence en mauvais augure :
. — Ah! père Danis, dit-elle, pourquoi ne m'avezvous pas épargné la douleur d'apprendre moi-même: de ce voyageur que mon. pauvre Charles est mort ?
— Mort! s’écria le père Danis ; une preuve qu'il.ne.
l’est pas, c'est que vous l'avez devant vous. . — Ma mère! maman! cria Charles en se. jetant dans les bras de sa mère...
— Pauvre enfant, disait la mère d'une voix éteinte ,
je ne te-reconnais pas... je crois pourtant que tu es mou fils... Le bon Dieu a enfin exaucé mes prières... … Pendant ces tendres embrassements , la médaille sortit de la poitrine de Charles et effleura la main de sa mère, ï
— Ah! s'écria-t-elle, ma médaille... Ah ! oui, c'est mon fils..., c’est mon Gharles..…
À peine Charles se relevait des étreintes maternelles qu'il fut saisi à son tour par son père.et Marguerite, qui se l'attiraicnt à eux en le couvrant de baisers.
— Hé! mon Dieu ! s'écriaitle père Danis, laissez-le donc un peu respirer, ce pauvre enfant.
Bientôt Marguerite, s’échappant des bras de son frère
et ne se possédant plus de joie, sauta au cou du père:
Danis.
— Ah! bon monsieur, c'est vous qui nous rendez mon frère, ce pauvre Charles!
— Hé! non, non, ma fille... Hé! mon Dieu! laissez-moi donc... vous allez me jeter à terre... vous
m'élouffez... Allons, je crois qu'elle veut me faire pleurer aussi,
- Pendant ces scènes aitendrissantes, le vieux chien
Mordford,, qui avait grondé sourdement en voyant cet.
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oyant cet.
éteinte,
‘éiranger, avait bien vite flairé son ancien maître : le -Pauvre animal avait pardonné depuis long-temps à Char- ‘les la blessure qu'il lui avait faite en partant et qui l’a-
vait rendu boiteux, et il s'était attaché à sa jambe en ‘poussant des hurlements de joie.
Les voisins s'étaient bien vite aperçus qu ‘un rayon
de bonheur avait enfin pénétré sous ce toit de misères ,
‘êt partageaient cordialement la joie de la famille Chauvin ; ils vinrent en foule la féliciter du bonheur inespéré qui venait de leur arriver.