‹ Légendes chrétiennes de la Basse-BretagneChapitre 27 sur 34 · DE MESSE · texte numérisé non relu

DE MESSE

IN soldat bas-breton, nommé Pipi TaldufF, allait à la messe, tous les dimanches, dans la ville où son régiment était en garnison, loin de son pays. Mais comme il ne savait

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ni lire ni écrire, il emportait à l'église. on feo. de cartes, qui lui tenait lieu de livre de messe.

Un dimanche, à la grand'messe, son gf'^^w- Payant remarqué tenant ses cartes à la mam jet les mêlant, comme pour jouer, lui fit dire de les mettre dans sa poche et de ne plus les àlie «ok; Mais Pipi n*en tint aucun compte et cotitioiu d^ mêler ses cartes, comme devant. Aussi» k mtmt terminée, le capitaine dit-il au soldat dtebéifr^ sant :

— Vous ferez htût jours de salle de. poHcet.

pour avoir joué aux cartes à l'église, pendant là messe.

— Me permettez-vous, mon capitaine» U demanda Pipi, de vous faire connaître mes raisons ?

— Parlez, lui répondit le capitaine.

— Je ne sais ni lire ni écrire, mon cajntaine, el: ces cartes, qui m'ont été données par un Hm soldat, lequel m'a aussi appris à m'en servir» 19e tiennent lieu de livre de messe. .^.

— Un jeu de cartes servir de livre de m^siel Expliquez-moi comment cela peut être» je voua prie.

— Voici, mon capitaine. .•■/■,jNÏ( Et prenant un as dans le jeu : — . ^*^l^k^Êlf

voici, me rappelle qu'il y a un Dieo» .WBPWÊfk unique, créateur du del et de la terce* i .ci .^ii^.

Puis, prenant un deux et un trois : — Quand je regarde un deux ou un trois, je songe au Père et au Fils, ou au Père, au Fils et au Saint-Esprit, c'est-à-dire à la sainte Trinité.

Le quatre me représente les quatre évangélistes, Marc, Luc, Mathieu et Jean.

Le cinq me rappelle les cinq vierges sages, qui devaient mettre de l'huile dans leurs lampes et les tenir allumées jusqu'à la venue du Messie. Dix en avaient reçu Tordre ; mais cinq d'entre elles laissèrent s'éteindre leurs lampes et furent appelées les cinq vierges folles.

Le six me représente les six jours de la création.

Le sept, c'est le septième jour, le dimanche, où le Créateur se reposa.

Le huit, c'est les huit béatitudes ; — heureux surtout les pauvres d'esprit!

Le neuf, les neuf lépreux purifiés par notre Sauveur. Ds étaient dix, mais un seul le remercia.

Le dix,]\ts dix commandements de Dieu.

Maintenant, si je considère les figures, les rois me représentent les rois mages, venus du fond de l'Orient pour rendre hommage au Seigneur.

Puis prenant la reine de cœur : voici la reine de Saba, qui vint du fond de l'Asie pour admirer la sagesse du grand roi Salomon.

Celui-ci le (valet de trèfle), c'est le valet infâme qui souffleta Notre-Seigneur.

Maintenant, quand je considère toutes les figures ensemble, je trouve qu'il y en a douze, et je songe aux douze mois de l'année.

Tous les points du jeu réunis me représentent les 365 jours de l'année.

Quand je compte le nombre des cartes, j'en trouve cinquante-deux, autant qu'il y a de semaines dans l'année.

Ainsi, comme vous le voyez, mon capitaine, mes cartes me servent à la fois de livre de messe et d'almanach.

Quand le soldat eut terminé son explication, le capitaine, qui l'avait écouté attentivement et avec intérêt, lui dit : — C'est bien; vous êtes un honnête garçon, et je lève votre punition.

Et il lui donna encore une pièce de six francs et le prit pour son brosseur.

(Coûte par le mendiant aveugle Garandel^ du Fieux-Marehi,

Côtes-du-Nord, en 184"/.)

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