‹ Légendes de NoëlChapitre 1 sur 27 · A GENEVIEVE ET A THÉRÈSE · texte numérisé non relu

A GENEVIEVE ET A THÉRÈSE

Pour vous, mes chères petites, ont été écrits

ces contes — qui ne sont que des contes. Si

parfois les éclaire quelque reflet de V épopée

française, je Vai voulu ainsi dans V espoir que

la lecture de ces anecdotes vous donnerait, à Vâge

où Von ne s'' amuse encore que des fables, la

curiosité et le goût de notre histoire, plus belle

que toutes les légendes et plus miraculeuse que

toutes les fictions.

in 2010 with funding from

University of Ottawa

http://www.archive.org/details/lgendesdenolOOgoss

L'EXTASE

L'EXTASE

Les distractions étaient variées au château de Compiègne lors des séjours annuels qu'y faisait la cour de Napoléon IIL

Quand les hommes avaient chassé toute la journée, quand les femmes avaient changé de toilette quatre ou cinq fois pour se rendre, de chambre à chambre, de cérémonieuses visites; quand on avait épuisé la gamme des lunchs, thés, goûters, en-cas, collations, et médit des gens qu'on savait mal en cour, on s'habillait pour le dîner; puis on se groupait dans le salon des Cartes jusqu'au moment où l'empereur et l'impératrice, sortant de leurs appartements, prenaient la tête du cortège et, précédant leurs invités, se rendaient dans la Galerie des Fêtes où le couvert était dressé.

Le dîner durait une heure, montre en main; on prenait le café dans la Galerie des Cartes et on se dispersait dans les grands salons qui lui font suite. C'était l'heure « dure à tuer, » suivant l'expression d'un vieux grognard de la vénerie impériale. On jouait aux petits

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jeux. Quand « ça languissait, » Tempereur daignait tourner gravement la manivelle d'un piano mécanique dont le répertoire se composait de trois airs: un quadrille, une valse et une polka.

Après la musique, les causeries commençaient.

L'impératrice, que rien n'intéressait autant que les récits de l'époque révolutionnaire ou de l'épopée napoléonienne, stimulait les narrateurs et s'ingéniait à donner de l'aplomb aux plus timides.

Un soir d'hiver, — les Compiègnes commençaient vers la Sainte-Eugénie et se prolongeaient jusqu'à Noël, — la souveraine, sentant s'épuiser la verve de ses conteurs habituels, avisa le vieux général d'Olonne qui, de la soirée, n'avait pas proféré un mot:

— A vous, général, dit-elle, contez-nous une histoire. , . .

— Moi! Que Votre Majesté m'excuse, je n'en sais ... ou plutôt je n'en sais qu'une . . . si lointaine ... si naïve.

— Tant mieux, je n'aime que celles-là . . Le nom du héros ? . . .

— Votre Majesté me permettra de ne le divulguer qu'à la fin ... si je me tire démon récit. . . .

— Soit. C'est une histoire de guerre ? De révolution ?

— De guerre, oui. . . .

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