‹ Légendes des croisadesChapitre 12 sur 41 · GG AVENTURES DE BAUDOUIN · texte numérisé non relu

GG AVENTURES DE BAUDOUIN

tous à leur avant un lion grossièrement sculpté et varié dans ses attitudes. Ils étaient montés par des pirates, qui savaient fuir quand ils n'étaient pas les plus forts, et vaincre lorsqu’ils se décidaient à attaquer. Depuis dix ans, ces pirates couraient impunément les mers. Toutes les côtes de la Méditerranée les connaissaient, et quelques villes leur payaient un tribut pour avoir le droit de naviguer en sûreté.

Ces pirates étaient des Français, des Flamands et des Ba laves, qui, ayant fait quelque temps le commerce et la pêche, avaient fini par trouver qu’il était plus commode de prendre que d’échanger , et s’étaient mis à écumer la mer, comme déjà on disait alors. Leur force consistait en quatre ou cinq cents hommes déterminés, à la fois marins et soldats, qui d’une main faisaient la manœuvre et de l’autre maniaient habilement la hache d’abordage.

Les deux vaisseaux grecs portaient une troupe plus nombreuse , qui allait rejoindre les croisés, avec des intentions que nous ne connaissons pas. Ils se défendaient de leur mieux; et le combat se trouvait chaudement engagé. Les pirates faisaient jouer de grandes machines qu’ils appelaient la fronde et l’arbalète : c’étaient d’énormes bascules, au moyen desquelles ils lançaient au loin des paniers de cailloux, des pièces de bois armées de fer, et des flèches entourées de résine ardente. Avecdesfaux emmanchées à de longues perches, ils coupaient les cordages et déchiraient les voiles. Puis ils jetaient des harpons qui saisissaient le bord du navire; et ils l’entraînaient avec eux.

LES PIRATES CROISÉS

Il y avait une heure que le combat durait, trèsmeurtrier pour les Grecs, qui se défendaient sur leurs ponts, moins funeste aux pirates, qui, dans leurs manœuvres, s’abritaient au fond de leurs petits bâtiments. Les cordages et les voiles des vaisseaux de l’empereur étaient en pièces, et la moitié de leur équipage hors de combat. Mais , comme on était près de la côte, ils refusaient de se rendre et cherchaient à gagner l’embouchure du Cydnus, quand Wimer de Boulogne, l’un des chefs des pirates, appela ses plongeurs. Des hommes aussitôt se jetèrent à la mer, munis d’énormes tarières; d’instant en instant on les voyait reparaître pour respirer quelques secondes, puis ils plongeaient de nouveau autour du plus grand navire grec.

Au bout d’un quart d’heure, on vit le vaisseau qu’ils avaient percé de tous côtés faire eau si vivement qu’il s’enfonçait d’une manière sensible. Les Grecs alors se rendirent; les pirates leur donnèrent la vie, mais ils prirent exactement tout ce que portaient les deux navires; et, avant de permettre aux soldats d’Alexis de gagner le large sur le seul vaisseau qui leur restait, les chefs des corsaires détachèrent trois de leurs bâtiments, chargés d’aller vendre à la ville voisine les objets qu’ils venaient de conquérir. C’étaient des étoffes, des provisions et des armes.

Les pirates détachés de la flottille remontèrent le Cydnus pour aller à Tarse, qui était à une lieue et demie de la mer. Leur surprise fut grande en apercevant sur les murailles l’étendard de leur pays et

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