AVENTURES DE BAUDOUIN
des hommes armés qui portaient l’habit des Francs. Leur cœur endurci palpita au souvenir de leur patrie. La garnison de Tarse, qui les avait pris pour des Sarasins qu’il fallait combattre , les reconnut en même temps et leur tendit les bras. Ce fut une grande joie; ils débarquèrent en tumulte. On les conduisit au palais où dominait un guerrier de leur pays. C’était Baudouin. Déjà il s’était revêtu de son armure de fer. Il tressaillit d’allégresse en reconnaissant Zegher, Ghérart et surtout Wimer de Boulogne, avec qui autrefois il avait fait la guerre. Un avis fut expédié aux sept autres navires, qui entrèrent bientôt dans le port de Tarse.
Baudouin avait fait préparer un grand festin pour recevoir les pirates, tous également étonnés de cette rencontre. Ils avaient bien entendu dire que les chevaliers de l’Occident, ayant pris la croix, étaient partis pour la conquête de Jérusalem. Mais ils savaient que les trois premières armées avaient péri en chemin. Ils ignoraient que de nouvelles phalanges, conduites par des chefs dont les plus remarquables étaient leurs compatriotes, poursuivaient plus heureusement leur pèlerinage héroïque.
Baudouin leur raconta tout le grand voyage des croisés, leur marche à travers l’empire qu’ils avaient intimidé , la prise de Nicée , malgré sa double enceinte, la victoire de Dorylée. Il leur apprit. que Godefroid de Bouillon s’avançait sur Antioche, pendant que lui, Baudouin, allant à la découverte de quelque principauté, s’était emparé de Tarse. Il se mit ensuite à les exhorter :
LES PIRATES CROISÉS
— Vous menez mauvaise vie , leur dit-il ; cependant vous êtes chrétiens comme nous. Il vous faut venir à repentance. Nous sommes ici dans la renommée ville- de Tarse; ici est né le bienheureux apôtre saint Paul , ici est enterré le grand prophète Daniel. Que des lieux si sacrés vous touchent! Nous sommes les soldats de Jésus-Christ , et vous , nos compatriotes , vous êtes les soldats du diable.
Mes frères, poursuivit-il en pleurant, car alors les plus rudes guerriers pleuraient sans honte, abandonnez le métier de pirates et suivez-nous. Notre but est noble et digne; nous venons délivrer la patrie du Seigneur. Allez avec mon frère Godefroid à la conquête de Jérusalem, ou suivez ma fortune, et si vous m’aidez de cœur, je vous ferai gagner de bonnes seigneuries.
Les pirates applaudirent et se mirent à crier tous :
— La croix! la croix! si nous en sommes dignes.
— Elle expiera tous vos péchés , répliqua Baudouin.
On apporta aussitôt, sur de grands plats, des croix de drap vert, que les pirates s’attachèrent à' l’épaule. Dès lors ces voleurs de mer, transformés en soldats de la croisade, marchèrent sous les étendards de Baudouin, à qui ils rendirent d’éminents services, et ceux qui survécurent aux hasards de l’a guerre devinrent de bons chevaliers.
Ce renfort permit à Baudouin de laisser dans Tarse une garnison , et il rejoignit Tancrède. La petite armée de ce chef, lui reprochant de l’avoir dépouillé de Tarse, attaqua ses chevaliers. Les Italiens, battus