‹ Légendes des croisadesChapitre 6 sur 41 · JUVÉNAL · texte numérisé non relu

JUVÉNAL

Avant d’entrer dans les récits de la guerre sainte, il est utile que nous connaissions Godefroid de Bouillon, qui en fut le plus éclatant personnage.

Eustache II, comte de Boulogne, qui^ sortait du sang de Gliarlemagne par Charles le Chauve, avait épousé en 1057 la pieuse et sainte Ida. Elle descendait de la même tige par un autre fils de Louis le Débonnaire. Elle était fille de Godefroid le Grand, duc de Lotharingie ; elle était nièce du pape Étienne IX, et alliée à tout ce qu’il y avait de noble et d’illustre à cette époque.

Eustache II partageant la piété- de la bonne Ida, que l’Église a mise au rang des saintes , sa maison devint le modèle des cours. La bienfaisance et l’aumône étaient son liixe. Les actions généreuses, les exercices religieux, l’accomplissement de tous les devoirs étaient ses plaisirs. Les sujets du comte Eustache le bénissaient; Dieu le bénit aussi. Il lui donna pour enfants quatre de ces nobles cœurs qui sont la joie et l’honnête orgueil d’un bon père : trois fils et une fille. Ses trois fils ont été célèbres, et tous trois ont combattu avec gloire sous la bannière de la Croix. L’aîné, appelé Eustache, comme son père, devait hériter de ses domaines; Godefroid, le second, portera un autre sceptre ; Baudouin , le troisième , lui succédera. Praxède, leur sœur, devait épouser l’em-

peroiir Henri IV, et ce sera pour sa piété une dure épreuve.

Ida avait allaité elle-même ses trois fils et sa fille. Un chroniqueur raconte qu’un jour qu’elle tenait ses trois fds blottis sous son manteau, leur père lui demanda ce qu’elle cachait ainsi. Elle répondit en souriant : — Trois grands princes, dont l’un sera un noble comte, le second duc et roi, le troisième comte et roi. C’était une prophétie.

Une autre tradition nous dit que la pieuse Ida, enceinte de Godefroid, crut voir en songe le fils qu’elle portait assis dans le soleil et resplendissant de gloire (1). D’autres grands présages annoncèrent un héros en cet enfant.

Il était né en 1 060 , selon les uns à Boulogne-sur- Mer, domaine d’Eustache II , selon d’autres à Baizy, château situé à quatre lieues de Bruxelles. On dit encore qu’en entrant dans la vie il avait au bras droit une marque qui représentait une épée surmontée d’une croix. On le nomma Godefroid, du nom de ses deux oncles : Godefroid de Boulogne, évêque de Paris, frère de son père, et Godefroid V, duc de Lotharingie, frère de sa mère.

On rapporte enfin que, frappée de plusieurs songes qui lui avaient annoncé la grandeur future de cet enfant, la bonne comtesse priait Dieu à toute heure sur cette jeune âme remise à ses soins.

Tant que dura la première enfance de Godefroid, sa mère ne s’occupa que de lui inspirer profondé-

(1) Guillaume de Waha-Melreux, de la Compagnie de Jésus, Labores Herculis christiani Godefredi Bullion'ü, lib. IL

ment les sentiments religieux, qui sont, clans tous les états de la société , la base sur laquelle reposent les seules vertus solides.

Lorsqu’il eut atteint Tâge de douze ans, son père, pour son éducation sérieuse, choisit, parmi tous les personnages qui l’entouraient, non le plus élevé par sa naissance, ni le plus brillant par ses heureux exploits, mais celui qui, par ses vertus et son courage, pouvait le mieux guider l’adolescence du jeune prince et lui donner l’éducation mâle, pieuse, chevaleresque et digne du haut rang qu’il était appelé à occuper. Aux qualités que nous venons de dire , cet homme unissait encore une instruction rare en ce siècle. C’était Pierre, qui devait plus tard remplir l’univers de son nom en se faisant le héraut de la croisade.

Ce maître, à la fois bienveillant et grave, sut si bien gagner le cœur de son élève, que Godefroid se plaisait plus à recevoir ses instructions qu’à prendre part aux frivoles plaisirs des jeunes gens de son âge. L’éducation que l’on donnait en ce temps-là ressemblait sous quelques rapports à celle que subissaient, dans l’ère ancienne, les jeunes Spartiates. La force physique étant alors dans un chef une nécessité , les exercices du corps passaient généralement avant les travaux de l’esprit; et on était moins étonné de voir un chevalier ne sachant ni lire ni écrire , que maladroit à se battre et mal formé aux fatigues. Cependant Pierre savait faire marcher de front l’intelligence exercée avec la souplesse du corps.

Godefroid ne faisait qu’entrer dans sa quatorzième

année lorsqu’une guerre se déclara entre son oncle Godefroid V, duc de Lotharingie, et Robert le Frison, qui envahissait la Hollande. Le père et l’oncle du jeune honime le comblèrent de joie en permettant qu’il fît, dans cette expédition, ses premières armes. Ils rassurèrent la tendresse de sa mère en lui promettant les mêmes soins et la même surveillance que s’il était encore sous ses yeux. De plus, Pierre, son maître chéri , l’accompagnait.

Dès que Godefroid fut arrivé au camp, il fut armé chevalier. Cette imposante cérémonie (1), qui était plus religieuse encore que militaire, en lui imprimant l’obligation de nouveaux devoirs, ne fit qu’augmenter sa généreuse bonté envers ses inférieurs et sa simplicité dans tous les actes de sa vie.

Sa mère craignait que les mœurs qui ont toujours régné dans les camps ne séduisissent le jeune prince. Mais son àme forte et pieuse était armée contre tout désordre. Loin de s’amollir devant les mauvais exemples, il n’y vit que le besoin de rendre plus inébranlables encore les principes dans lesquels sa digne mère l’avait élevé. Rapportant les succès qu’il obtenait à Celui qui tient tout dans sa main, on le voyait chaque jour, prosterné devant Dieu, le remercier des bienfaits et des grâces qu’il répandait sur lui; et son exemple, à un âge si tendre, ramena dans la voie plus d’un chevalier qui s’égarait.

La carrière qu’il devait parcourir avec tant d’hon-

(1) Voyez dans les Légendes des vertus théologales et cardinales , la cérémonie qui fait un chevalier (légende intitulée Le lit de justice de Guillaume le Bon).

neur s’éclaira pour lui par une victoire. Sa valeur mûre et son sang-froid intrépide avaient contribué à la bataille qui se livra près de Leyde, et qui vit la défaite de Robert le Frison. Le duc Godefroid, ce duc que Voigt représente comme le modérateur des Pays- Bas au onzième siècle, ravi de son noble neveu et n’ayant point d’enfants, le désigna pour l’héritier de tout ce dont il pouvait disposer, c’est-à-dire des fiefs féminins, car les autres domaines rentraient sous la main de l’empereur.

Ce bon duc, ayant été assassiné à Anvers par un scélérat qui échappa à toutes les recherches, Godefroid , âgé alors de seize ans , fut mis en possession du duché de Bouillon et de tous les biens que son oncle lui avait légués. L’empereur Henri IV, pour récompenser en lui les services qui lui avaient été rendus par sa famille, l’investit en même temps du marquisat d’Anvers, et s’allia à lui, de plus près encore, en épousant sa sœur Praxède, comme déjà nous l’avons dit.

La comtesse Mathilde , cette femme héroïque , appelée dans l’histoire la grande Italienne, était la veuve du duc Godefroid V. Elle conçut alors contre son neveu une prévention qui s’explique par l’attachement que le jeune chevalier vouait à l’empereur, dont il ne soupçonnait pas les crimes, et dont la pieuse Mathilde, si fidèlement dévouée au saintsiège, était justement l’ennemie. Le comte Albert de Namur fut, dit-on, encouragé par elle à revendiquer les domaines légués à Godefroid. A la tête de ses troupes, Albert marcha sur le château de Bouillon;

GODEl^ROID DE BOUILLON.

, cette forteresse, presque imprenable, eût servi de clef à ses États. Il ne se dissimulait pas les difficultés de l’entreprise. Mais il comptait sur la jeunesse et le peu d’expérience de Godefroid. Voyant pourtant que le jeune prince s’était renfermé en hâte dans le château, avec une petite escorte, il le fit sommer de le lui livrer, sous peine de voir tout mettre à feu et à sang. Sur le refus net de Godefroid, il se disposa à tenter l’assaut. Mais tout à coup il fut averti que des troupes arrivaient, amenées par Pierre, le vaillant et prévoyant gouverneur de Godefroid. Il comprit le danger de sa position et leva le siège. Peu d’instants après, la garnison sortit pour s’unira la petite armée qui s’approchait en hâte, et les deux troupes firent la chasse au comte Albert. Ce dernier dut rendre grâces à la modération du prince qui, après l’avoir battu, s’arrêta sans entrer dans ses domaines et lui accorda la paix.

Nous devons passer d’autres petits faits d’armes.

L’empereur Henri IV cependant gouvernait si mal et avec tant de tyrannie, qu’il était obligé de soutenir des guerres continuelles contre ses vassaux. A la fin ses odieuses atteintes aux droits les plus sacrés de l’Église le firent excommunier. Ses nombreux ennemis élurent alors pour leur empereur Rodolphe, comte de Rheinsfeld , duc de Souabe et beau-frère de Henri IV, dont il avait épousé la sœur. C’était en l’an 1077; et une guerre civile s’ouvrit dans l’empire d’Allemagne pour le désoler pendant trois longues années , avec des succès et des revers des deux parts. Le tyran déchu avait appelé autour de lui tous

ceux qui lui étaient dévoués. Le jeune Godefroid se crut obligé, par son serment envers son suzerain, qui était aussi son beau-frère. Il ignorait, dit-on, que l’excommunication le dégageait; car avant de partir, il fit acte de piété en mettant l’église de Bouillon sous la juridiction de l’abbaye de Saint-Hubert (1); après quoi il rassembla tout ce qu’il put réunir de troupes dans ses États, et se mit en marche, ne songeant pas qu’il allait soutenir la bannière d’un ennemi de Dieu et de l’Église. Il traversa l’Allemagne bouleversée; il rejoignit Henri IV, qui le reçut avec joie et lui confia l’étendard de l’empire.

Après trois années de luttes désastreuses, l’excommunié, se croyant relevé par quelques succès achetés cher, rassembla toutes ses forces et marcha contre Rodolphe , qui était aussi, lui-même, à la tête de son armée. Le 15 octobre 1080, les deux ennemis se joignirent dans les plaines de Volksheim, en Saxe. La bataille fut engagée avec un acharnement égal des deux côtés. Cependant, les troupes de Rodolphe faisaient plier celles de Henri, lorsque Godefroid s’élança contre l’ennemi de son suzerain, et ne voyant toujours en lui qu’un rebelle, il lui plongea le fer de sa lance dans le côté, au défaut de la cuirasse.

Sans ce coup , la victoire était gagnée par les adversaires de Henri IV. On cite comme preuve la der-

(1) L’abbaye de Saint-Hubert était alors déjà très-célèbre par l’affluence des fidèles qui s’y rendaient de toutes parts pour révérer les reliques du premier évêque de Liège et obtenir par son intercession la guérison de la plus effroyable des maladies, la rage, qui ne s’est jamais guérie que là.

nière parole de Rodolphe, qui, se sentant blessé mortellement, demanda à ceux qui Tenlouraient : — A qui la victoire ? — A vous, seigneur, à vous, répondirent toutes les voix. — J’accepte donc avec joie le sort que Dieu me fait, répliqua Rodolphe; la mort est belle au milieu d’un triomphe; et il rendit l’àme (1). Une autre preuve est dans ce fait que Henri ne resta pas maître du champ de bataille. Les chefs de ses ennemis se réunirent pour donner à Rodolphe un successeur; et ils élurent Herman de Luxembourg, qui rallia sur-le-champ les troupes.

Alors enfin, Henri comprit qu’il fallait chercher à sa source la fin de cette guerre. Il se décida donc à se rendre à Rome, non encore pour se soumettre, mais pour forcer le souverain pontife, qu’il avait odieusement trahi, à le reconnaître solennellement et à le couronner.

Avant de suivre Henri , disons encore un mot du caractère de Godefroid. "Quoique généreux et humain , il avait nécessairement les préjugés de son époque, préjugés qui vivent encore dans la nôtre. Ainsi le duel ne pouvait être pour lui qu’une institution légitime. C’était dans les mœurs. Les différends se vidaient par le duel chez les peuples qu’il gouvernait. Les deux plaideurs, qu’on appelait alors les deux champions, couverts d’une armure peinte en rouge, armis tecti miniatisy devaient se battre dans

(I) Ceux qui ont dit que Godefroid avait coupé la main avec laquelle Rodolphe avait juré fidélité à Henri IV n’ont admis ce conte que pour faire de l’effet. Les fidèles de Rodolphe, aussitôt qu’ils l’avaient vu blessé, l’avaient enlevé.

un champ de vingt pieds carrés. Celui qui terrassait son adversaire était réputé innocent; car, par une persuasion téméraire, l’issue- de ces combats était regardée comme un témoignage de la Divinité en faveur de l’innocence; d’où leur est venu le nom de jugements de Dieu.

Or, un seigneur eut avec Godefroid une discussion violente, relativement à des possessions qu’il prétendait devoir lui être remises, et que le jeune prince, fort de son droit, tenait à conserver. Tout arrangement devint impossible. L’empereur lui -même, voulant intervenir dans le différend, ne put rien obtenir, et le duel fut résolu. Godefroid , dès qu’il fut dans la lice en présence de son adversaire , se précipita sur lui et lui donna un coup de son épée sur son casque ; mais le casque résista et l’épée fut brisée, de sorte que le pommeau seul resta dans la main du jeune prince. Un cri général s’éleva : la lutte devenait tellement inégale que l’intérêt qu’on portait à Godefroid se manifesta hautement. Plus furieux encore à la vue de ce pressant danger, le jeune prince frappa de nouveau son ennemi, qui était resté étourdi par la violence du premier coup, et il le renversa. Mais à ce moment, le noble caractère du jeune héros reprit le dessus; il laissa la vie à son adversaire.

LE SIÈGE DE ROME

lY. — LE SIEGE DE ROME.

Taisez-vous sur celte victoire ;

Tâchez d’en étouffer Thistoire ,

Car un jour vous en rougirez,

P. Néus.

L’empereur Henri IV partit donc pour Rome. II traversa rapidement le Tyrol, la Lombardie, et, croyant .intimider le pape, il mit le siège devant la ville éternelle. Le pape', c’était Grégoire YIl, se retira dans le château Saint-Ange , mais ne refusa pas d’entrer en pourparlers avec Henri. Celui-ci, loin de chercher ainsi à réparer ou du moins à pallier ses torts, ne travaillait qu’à se procurer des intelligences dans la ville. En même temps, il déposait le pape de sa seule autorité , et faisait nommer l’antipape Guibert.

Il est assez curieux que ce soit un protestant, le savant professeur Voigt, qui ait, de nos jours, défendu et relevé , dans une histoire consciencieuse , les généreux faits du saint pape Grégoire YH. Celui que Voltaire et sa livrée, comme disait madame Geoffrin , appelaient le fougueux Hildebrand est reconnu aujourd’hui, chez les ennemis mêmes de la papauté, pour le sauveur de l’Europe et de la civilisation au onzième siècle.

Dans cette guerre obstinée que l’empereur Henri IV faisait au ^and pontife , on remarquait surtout deux guerriers, unis par l’affection, par le courage et par le mérite. Tous deux étaient loyaux chrétiens, hom-

LE SIÈGE DE ROME

mes d’énergie , hommes de cœur et de droiture ; mais ayant fait le serment féodal à Henri, leur souverain , ils ne voulaient pas croire aux forfaits dont il était souillé; et campés devant Rome, chrétiens abusés qu’ils étaient, ils ne voyaient pas encore que cette guerre devenait impie.

Et pourtant, dans la balance qui eût pesé les deux bannières , il y avait , du côté de Henri , la débauche, la tyrannie , les penchants barbares, la hideuse hypocrisie; du côté de Grégoire VH, la sainteté, le droit, la justice, la religion , la grandeur et le progrès. Tandis que l’empereur vendait les dignités de l’Eglise, trafiquait des abbayes, usurpait tous les pouvoirs et sacrifiait les revenus de l’empire à d’indignes orgies, le pape ne songeait qu’à rendre l’espèce humaine à sa dignité, qu’à reconstituer la société perdue, qu’à ramener quelque liberté parmi les hommes. C’est cet illustre pontife qui, le premier, avait prêché avec autorité la guerre sainte pour la délivrance de Jérusalem. Il voyait là le germe de tous les grands sentiments; elle devait affranchir les chrétiens, esclaves ou martyrs dans l’Orient, éclairer dans l’Occident les masses, expier les crimes, ramener à la religion ses splendeurs , rapprocher les seigneurs de leurs serfs dans la communauté des dangers, renouveler la face de l’Europe. Constantinople menacée réclamait depuis longtemps les secours de l’Occident, et promettait , si on la sauvait des Turcs, de sortir du schisme pour rentrer dans l’Église romaine. Cinquante mille guerriers avaient répondu, comme nous l’avons dit, à Tardent appel de Gré-

LE SIÈGE DE ROME

goire. Déjà Jérusalem tressaillait d’allégresse. Mais au lieu d’aller glorieusement délivrer le tombeau de Jésus-Christ, Henri lY avait mieux aimé poursuivre ses tyrannies dans l’Occident; et les périls de l’Église romaine, clouant Grégoire sur son siège, l’avaient empêché de recueillir les fruits qu’il avait semés.

Le siège de Rome dura deux années. Les troupes de l’empereur étaient campées dans les prairies de Néron, devant le fort Saint-Pierre; et elles étaient exposées sans cesse à des sorties, à des attaques, à des revers, à des défaites, à des souffrances variées.

Les deux guerriers dont nous avons parlé et qui, avec une multitude d’hommes vaillants, rassemblés sous l’étendard de l’empereur, se préparaient à l’assaut de Rome, ne soupçonnaient pas non plus qu’ils seraient bientôt eux-mêmes les exécuteurs du vœu suprême de ce pontife dont iis servaient alors les ennemis. Le premier était jeune; il avait vingt-quatre ans; noble et beau, vaillant et fort, il avait déjà illustré son nom. C’était Godefroid de Bouillon; l’autre, son ami fidèle, âgé d’environ quarante ans, était Pierre, son maître. Petit et dépourvu des agréments extérieurs, il était doué d’une âme ardente et d’un cœur formé pour les grandes choses.

Le 21 mars 1084, après de longs efforts, une large brèche ayant été faite aux murailles de Rome, l’assaut fut ordonné. Godefroid de Bouillon fut le premier, disent les vieilles chroniques, qui mit le pied dans Rome par la brèche. 11 alla aussitôt ouvrir à l’armée de l’empereur la porte de Latran (1).

(1) Chroniques du mont Cassin, liv. Ill, ch. un. Elles démentent

LE SIÈGE DE ROME

Mais au milieu de cette triste victoire, qui sans doute n’était pas pour lui sans quelque trouble , il se sentit frappé subitement d’une maladie grave; et alors, plus éclairé et pressé par une conscience inquiète, il fit le vœu d’aller, s’il guérissait, expier à Jérusalem, devant le tombeau du Christ, les plaies qu’il venait de faire à son Église.

Pierre, atteint du même mal et souffrant à côté de lui , se lia par le même serment , sans prévoir plus que Godefroid les desseins de Dieu.

Ils avaient fait prisonnier le savant et pieux Eudes ou Odo, évêque d’Ostie et cardinal de la sainte Église romaine, né au diocèse de Reims, de l’illustre maison de Châtillon-sur-Marne. C’est lui qui, bientôt élevé au saint-siège sous le nom d’Urbain II, travaillera avec eux au grand œuvre de la croisade.

Au moment de cette invasion , Grégoire VII s’était retiré à Salerne. Il v mourut l’année suivante.

tj

L’empereur, maître de Rome, voulant récompenser les services que Godefroid lui avait rendus, l’investit du duché de Lotharingie. Mais peu après il répudia Praxède ; et cet outrage fut le premier châtiment que subit Godefroid. Il se retira dans son duché de Bouillon, y entretint les dispositions belliqueuses de ses’ sujets, sans prendre part désormais aux guerres que l’empereur continua de soutenir, et se prépara, en donnant à son pays de bonnes et

ainsi ce que disent les historiens postérieurs, que, sans attendre ce dernier assaut , les partisans que Henri avait à Rome ( et il n’en avait guère ) lui ouvrirent la porte de Latran, le 21 mars 1084, et qu’il entra pompeusement dans la ville sainte , accompagné de l’antipape Guibert.

3ü LE HÉUAUT DE LA CROISADE.

sages lois , à l’exécution de son vœu, qui devait l’en tenir éloigné assez longtemps. Pierre l’avait quitté aux premiers symptômes de leur convalescence, et, réfugié dans un ermitage, il y commençait son expiation , lorsqu’il apprit l’année suivante le départ des pèlerins qui partaient pour Jérusalem, sous la conduite de Robert le Frison. Il se joignit à eux, comme nous l’avons dit , en l’année 1 085 , mais il ne revint pas avec eux, et sa vie solitaire à Jérusalem lui maintint le nom de Pierre l’Ermite.

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