‹ Légendes des personnagesChapitre 39 sur 55 · URBAIN GRANDIER · texte numérisé non relu

URBAIN GRANDIER

Le temps est un grand révélateur.

Oxenstirn

'histoire d'Urbain Grandièr est encore une de ces tristes intrigues dont nous n'avions pas eu jus- Mfe) qu'ici la clé. La relation des possessions où il fut impliqué a été entrera prise par plusieurs écrivains, presque NT tous ignorants ou malintentionnés , et surtout le calviniste Saint- Aubin, dont l'Histoire des diables de Loudwi a trompé beaucoup de inonde. Heureusement aujourd'hui nous avons d'autres guides. On a publié en 1839, du bon et pieux père Surin, un livre jusque-là resté inédit', et qui, laissé par un témoin irréprochable, nous permettra d'être plus véridiques.

1 Triomphe de l'Amour divin sur les puissances de l'enfer. Avignon, Seguin aine, 1839. I vol. in-12.

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Un couvent dTrsulines avait été établi à Loudun en 1626. Sept ans après, il y éclata de sinistres symptômes. Il y avait eu de grands procès entre deux chanoines de la collégiale de Sainte-Croix de Loudun. L'un était M. Mignon, homme sage et vertueux, et l'autre Urbain Grandier, homme lettré, spirituel, caustique et plus dissipé que ne comportait sa condition, comme disent les écrits du temps. 11 se répandait dans le monde, n'affectait pas des mœurs fort rigoureuses, et faisait sous le voile de l'anonyme des chansons et des pamphlets, ce qui convient assez peu à un prêtre. On lui attribue la brochure politique intitulée la Cordonnière de Loudun , petit écrit dirigé contre Richelieu.

Mignon , généralement reconnu pour un homme de bien, fut choisi par les religieuses pour la direction de leurs consciences. Grandier, qui eût voulu avoir accès auprès de ces dames, échoua dans tous ses efforts : aucune ne voulut même le voir. La haine qu'il portait à Mignon et le dépit qu'il conçut dès lors contre les Ursulines l'entraînèrent dans une manœuvre

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dont on ne le croyait pas capable. Le procès qui survint l'en convainquit, bien qu'il n'ait jamais avoué que son fait fût une œuvre de magie noire.

Citons ici une réflexion de l'éditeur du livre que nous suivons * : « Le principal motif qui faisait nier la possession de Loudun était l'impossibilité ou l'absurdité prétendue des phénomènes allégués en preuve . Cette impossibilité ou cette absurdité peut-elle être légitimement opposée, maintenant que les plus incrédules reconnaissent, ou du moins n'osent pas contester la réalité de tant d'autres phénomènes analogues, tout aussi extraordinaires, tout aussi bizarres, tout aussi prodigieux, qui, dit-on, se produisent chaque jour par le moyen du magnétisme? »

Donc, pour trancher le mot, Urbain Grandier résolut, non pas de magnétiser les Ursulines (le mot n'existait pas encore), mais de les ensorceler, de leur donner des diables, de les rendre possédées, de les livrer à des convulsions, et d'amener surtout cet effet qu'elles devinssent

1 Triomphe de V Amour divin, etc. Avis de l'éditeur, 7". xi.

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