‹ Légendes des personnagesChapitre 4 sur 55 · NAISSANCE DE ROBERT · texte numérisé non relu

NAISSANCE DE ROBERT

ous le renne de Charles- Martel cette partie des Gaules qui s'est chargée de perpétuer le nom des Normands avait u'n duc qu'on

nomme Aubert. Et, quoique L'histoire moderne mentionne Roi ou Rollon comme le premier souverain de ce pays, il n'en fut que le troisième. Les Chroniques et excellents faits des ducs de Normandie (Paris, 1 535, in-4°, gothique) remarquent très bien que d'anciennes écritures établissent formellement deux ducs avant Rollon, Aubert, le premier de ces ducs, avait auprès de Rouen un château appelé Tourinde ou Thuringue, par souvenir de son pays; car il était venu du pays des Tongres ou Thuringiens. Installé par occupation ou conquête dans une grande province du royaume de Neustrie (on donnait alors ce nom à la partie des Gaules qui avoisine la mer, comme on appelait Austrasie l'autre partie bornée par le Rhin), Aubert épousa une princesse que les uns disent fille du duc des Burgondes, et que d'autres autorités font fille du souverain de la Bretagne, dont il était le voisin. Cette princesse s'appelait Ynde ou Ylde, abréviation de Mathilde, selon plusieurs savants Elle était noble et belle, mais vive et impatiente. Aubert est présenté, dans beaucoup de légendes, comme un prince vaillant, coura-

geux, craignant Dieu. Ses faits guerriers ont animé des chroniques malheureusement perdues.

Il y avait sept ans qu'ils étaient mariés, et ils n'avaient point d'enfants. Leur désolation était grande. Le duc, désespéré, s'écria un jour, malheureusement, que si le diable lui voulait donner un fils, il le lui vouerait volontiers, plutôt que de mourir sans lignée Soit que le Ciel

eût permis l'accomplissement d'une telle imprécation, soit que la duchesse, comme le rapportent certaines traditions, eût fait un pacte avec un juif nécromancien, elle mit au monde, après un long et doulouceux accouchement, un fils que Ton nomma Robert.

De tristes prodiges accompagnèrent cet événement. Le ciel s'était couvert de nuages et gonflé de tempêtes ; la foudre grondait ; les vents hurlaient déchaînés ; le palais des ducs de Normandie paraissait en feu ; des murs se fendirent ; une tour s'écroula; une chauve-souris, pénétrant dans la chambre de Mathilde, éteignit les lampes avec ses ailes. Le duc, tout à sa joie, ne remarquait pas ces sinistres présages, et ne

songeait plus à son détestable vœu. Il fit baptiser son fils, qui jeta des hurlements affreux en recevant l'eau bénite. Après cela l'enfant maudît

éternua trois fois; il lui poussa aussitôt trois dents ; toutes les autres sortirent en quelques heures, et il mordit ses nourrices. Son air féroce, son regard effroyable de méchanceté, ses dents aiguës épouvantaient tellement toutes les femmes, que bientôt aucune ne voulut se charger de lui et qu'il fallut se servir d'une corne pour l'allaiter. Ses cris rauques et farouches faisaient fuir tout le monde.

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