EDUCATION DE ROBERT
p Ès qu'il put se tenir debout, ce K^ fut bien pis; et l'on dit qu'à un 4 an il marchait, parlait et se ;S\ faisait déjà obéir. A deux ans, il jetait à la tète de ceux qui rapprochaient "tout ce qu'il pouvait attraper ;
à trois ans, il battait et blessait les valets et les pages; à quatre ans il assommait les petits garçons et les petites filles, qui s'enfuyaient à sa vue; à cinq ans, on l'appela Robert-le- Diable. Il était si méchant et faisait tant de maux, que « c'était merveille, dit la chroni- * que de Normandie, que la terre ne se fendît » sous lui. >
Quand il eut sept ans, sa mère voulut qu'il apprît les lettres. Il apprenait très facilement, mais n'en devenait que plus mauvais. Terreur des enfants et des serviteurs, il ne respecta pas son maître. On raconte d'indignes tours qu'il lui fit. Un jour qu'il avait cloué au sol les pantoufles du pédagogue, il l'appela vivement, disant : — Messire, vous êtes mandé par monseigneur le duc. Le savant se hâte d'enfiler ses pieds dans sa chaussure, veut se lancer de son mieux et s'allonge par une lourde chute dont il demeura à demi disloqué. On ajoute que, châtié pour cette sauvage espièglerie, Robert-le-Diable ne garda pas longtemps sa rancune, qu'il tua le bonhomme deux jours après, et que, foulant aux pieds le cadavre, il lui dit ; — Voilà pour
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ta science, et dorénavant jamais clerc ni autre ne sera mon maître.
Il ne respectait que sa mère, qui le chérissait* malgré tous ses vices, et il redoutait son père, qu'il voyait peu. On cachait d'ailleurs au duc la plupart des méfaits du petit prince.
Quoiqu'il fût de riche maison, il allait à la maraude et se plaisait à voler ; peut-être parce qu'il trouvait dans ces excursions la joie de rosser ceux qu'il pillait. Un soir qu'il enlevait les fruits d'un jardin, le maître du lieu, qui ne le connaissait pas et qui était un homme robuste, courut à lui en brandissant un énorme gourdin, Robert s'enfuit, grimpa sur un mur, jeta au pied quelques monnaies d'argent, et, pendant que le maître du jardin se baissait pour les ramasser, il lui lança une grosse pierre sur la tête.
Tous les jours c'étaient des plaintes sur de tels méchefs, au dedans et au dehors. Le duc, qui en savait pourtant quelque chose, vit venir avec satisfaction l'époque où il pourrait faire son fils chevalier, espérant qu'une circonstance aussi solennelle le réformerait entièrement.