LA JOLIE FILLE DA.NYERS
avec la reine d'Angleterre. Tontes les cloches sonnèrent a cette occasion. Mais peu de jours après, l'amiral Howard et le lord Leycester déclarèrent au duc de Brabant que leur souveraine voulait rester libre; qu'elle n'avait fait mine de consentir à l'épouser que pour lui procurer une souveraineté indépendante; qu'il y était parvenu, et qu'il devait lui en savoir gré. Après quoi, ils s'en retournèrent à Londres.
Cette nouvelle désenchanta quelques-uns des partisans du duc d'Alencon. Il avait beau s'appeler, par la grâce de Dieu, duc de Lothier, de Brabant, de Limbourg et de Gueldre, comte de Flandre, marquis du Saint-Empire, seigneur
de Matines, etc On savait qu'il lui fallait
conquérir la plupart des pays dont il prenait les titres; et il avait pour adversaire Alexandre, prince de Parme, fds de la gouvernante Marguerite, que les Belges avaient aimée. Le prince de Parme, alors fort jeune, avait fait en 1560 un séjour de quelques mois à Anvers, où il s'était montré si aimable, qu'on ne l'avait point oublié. Il y avait doncdeux factions.
L'un des plus chauds partisans du duc d' V-
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lencon était un très riche négociant d'Anvers, qui se nommait André Vynck et qui habitait une sorte de palais sur la place de Meir. Malgré les sommes considérables que lui avait prêtées la reine Elisabeth, le nouveau duc se trouvant sans argent, et attendant les subsides que lui devaient fournir les Etats, André Vynck lui avança deux cent mille florins, dont il se trouva sans doute dédommagé par les fêtes brillantes qu'il donna, et que le duc d'Alençon voulut bien honorer de sa présence.
André Vynck avait, pour unique héritière de son immense fortune, une fille d'une beauté si éblouissante, qu'on ne l'appelait pas autrement que la jolie fille d'Anvers. Elle se nommait Sabine, ayant eu la comtesse d'Egmond pour marraine, en \ 564. On ne saurait faire le portrait de cette jeune fille; mais ce que les récits en disent la porte aux nues. Il est vrai qu'elle avait, dit-on, encore plus d'orgueil que de beauté ; et qu'elle se montrait à tous les yeux superbe, altière, excessivement coquette et fière, qualités que son père admirait avec une certaine mordue.
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Or, le 18 mars de ladite année 1 58*2, pendant que la cour fêtait le jour natal du duc d'Alençon, le prince d'Orange sortant de table à son hôtel, un jeune espagnol, nommé Jarreguy, lui tira un coup de pistolet dans la tête. La balle entra sous l'oreille gauche, traversa le palais sous les dents supérieures et sortit par la joue droite. L'assassin fut tué sur la place par les gens du prince, qui se guérit assez vite et continua d'être l'un des plus assidus courtisans du duc d'Alençon. Mais, au premier bruit de ce crime, la partie du peuple qui aimait le prince d'Orange attribuant l'attentat aux Français , courut en armes investir l'abbaye de Saint-Michel, avec l'intention d'y mettre le feu et de massacrer le nouveau duc et sa suite. Fort heureusement, André Vynck, se trouvant chez le prince d'Orange , fouilla l'assassin, trouva sur lui des lettres qui prouvaient qu'il était espagnol, et qu'il n'avait tenté le forfait que parce que Philippe II avait promis quatrevingt mille ducats pour ce meurtre. Il courut éclairer la foule, dont la colère changea d'objet, et qui se retira vomissant dos imprécations