‹ Légendes des personnagesChapitre 51 sur 55 · LA JOLIE FILLE D ANVERS · texte numérisé non relu

LA JOLIE FILLE D ANVERS

goudronnés a la nouvelle mode, fut étranglée du

diable en 1 582; traduit de la langue flamande en

français, avec une remontrance aux dames et

aux filles.

Sabine Vvnck alla au bal offert par le due %j i

d'Alençon. Elle y frappa toute la cour; et plusieurs fêtes se donnèrent en son honneur. Le vingt-septième jour de mai de Tannée 1582, le contrat de Sabine et de Hochepot devait enfin se signer. « Cette jeune et belle au possible et tant aimable fille ( dit la relation imprimée . , fière et orgueilleuse de son opulence, complaisait par sa rare beauté et ses habits somptueux: à une infinité de seigneurs, qui tous lui faisaient la cour.

j> Pour le festin qui lui fut donné ce jour-là, voulant paraître en bonnes grâces par-dessus toutes les dames et filles, elle résolut de se parer de ses plus riches vêtements, de friser sa chevelure et de l'orner d'épingles d'argent, comme faisaient les Italiennes; et, attendu que les Flamandes surtout aiment le beau linge, elle fit faire quatre ou cinq collets ou fraises en toile fine, dont Faune contait neuf écus. Elle manda

LA JOLIE FILLE d'àNVERS '2613

une empeseuse,la priant de lui en préparer deux magnifiquement, et lui promettant pour sa peine vingt-quatre sous de Brabant.

s> L'empeseuse, au mieux qu'il lui fut possible, arrangea lesdits collets. Mais ils ne se trouvèrent pas au gré de ladite fille coquette, qui, à l'instant, envoya quérir une autre femme, à qui elle promit un écu, si elle accommodait bien ses fraises. Celle-ci ne réussit pas mieux; et la jeune fille, dépitée, jeta tout par terre, jurant et disant qu'elle aimerait mieux se donner au diable que d'aller à la cour, parée de si mauvaise sorte.

» La pauvre et forcenée fille n'eut pas plus tôt achevé ce propos, que le diable, qui était aux aguets, ayant pris la figure d'un secret amoureux qu'elle avait, se présenta devant elle, portant à son cou une fraise dressée en perfection. Ah! mon ami, lui dit-elle, que vous avez une belle fraise! voulez-vous me la donner?

» L'esprit malin l'ôte aussitôt de son cou, la met joyeusement à celui de la jeune fille, puis le lui tord misérablement et la laisse morte et desanimée sur le plancher de sa chambre. »

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