LA JOLIE FILLE D ANVERS
Quand son père vint la chercher pour la conduire à la cour, il la trouva gisante, roide morte, et si défigurée, si tordue, si affreuse, qu'il ne l'eût pas reconnue, si sa nourrice, avec un monde de sanglots, ne lui eût conté l'horrible aventure, dont le récit lui fit dresser les cheveux sur la tête.
Après qu'il se fut lamenté avec angoisse, André Y ynck fit ensevelir sa fille ; on la mit dans un cercueil, et on dit aux voisins que la pauvre Sabine était morte subitement d'une apoplexie.
Le seigneur de Rochepot se consola de cette perte; ce qui a fait croire qu'il aimait encore mieux, dans la jolie fille d'Anvers, ses grandes richesses que sa beauté.
On lit dans d'autres récits, mais qui sont pur roman, que cette fin si horrible était simulée; que Sabine, voulant un autre époux que le sieur de Hochepot, contrefit la morte jusqu'au jour où le duc d'Alencon fut obligé d'abandonner le pays. Ce qui eut lieu Tannée suivante.
Le î G janvier 1383, le duc d'Alencon, mécontent du peu d'autorité qu'il avait en Flandre, résolut de s'emparer militairement des villes