HENRI PLON, IMPRIMEUR-ÉDITEUR
RUE G ARANCIERE, 8.
igmzeo oy
DU
Le temps est ce qui a commencé au premier mouvement des deux; on ne peut le mesurer que de là. S. Tuohas.
N'appelez pas long ce qui finira. Le temps est bien peu , comparé à l'éternité.
S. Jérôme.
Depuis le premier jour du monde, le temps passe sans jamais s'arrêter. 11 a donc fallu le mesurer, puisqu'il est, comme dit Franklin, l'étoffe dont la vie est faite. On Ta partagé de diverses manières. Naturellement il ne se divise qu'en jours et en nuits, que l'on a bientôt morcelés en heures, les heures en minutes et les minutes en secondes; ce qui suppose que, de bonne heure, on en a reconnu le prix.
Ménagez le temps, ditFénelon, car il ne vous est donné que par minutes; jamais deux à la fois; et jamais la minute perdue ne peut se recouvrer. A ce propos, un petit récit:
Élienne , le vaillant travailleur, était prévôt de Troyes, sous le règne du comte de Champagne, Thi-
baut le Grand ( mort en 1 1 52 ). C'est faire assez l'éloge de ce comte illustre que de dire qu'il était aimé de saint Bernard. Son prévôt le révérait fort et lui était dévoué entièrement.
Ayant bien travaillé et longuement, Étienne tomba malade, en telle sorte qu'on vit qu'il s'en allait inourir. Comme il avait grand amour respectueux pour son seigneur, et profonde révérence pour sa puissance souveraine, il témoignait qu'il serait bien heureux pourtant de voir encore, avant de rendre l'âme, son noble seigneur le comte Thibaut. Mais l'affaissement où il était ne lui permettait plus de quitter le lit. Instruit d'un si loyal désir, Thibaut prit la résolution d'aller, de sa personne, visiter son prévôt. Hélas! dissipé d'affaires et de soins, il tarda trois jours, et il n'alla au lit du mourant que comme les médecins disaient qu'il ne serait plus dans quelques heures.
— Me voici, mon pauvre Étienne, dit-il, et je viens, bien dolent, de songer qu'il faille nous séparer.
— Oh ! monseigneur, répondit le prévôt , ranimé par la joie , ce m'est grand honneur que vous me faites.
— Demandez-moi ce que vous voudrez , mon ami, reprit le comte; je vous l'accorde en souvenir de vos bons services.
— J'ai à vous expliquer tant de choses qui sont en ces papiers, dit Étienne, que je vous prie, monseigneur, vous qui êtes puissant, de prolonger ma vie seulement d'une semaine.
Le seigneur comte devint sérieux et pensif.
— Mon pouvoir ne va pas là, dit-il tristement, et à telle demande je ne puis rien.
— Eh quoi! sire, dit le moribond, vous à qui j'ai consacré ma vie entière, vous ne pouvez m'accorder une semaine? Il est donc bien dur pour moi, que jp ne me sois pas plus occupé de cet autre seigneur qui peut tout et à qui je vais. Que sa miséricordieuse bonté accueille ma pauvre àme 1
Il ne songea plus dès lors aux choses de ce mogde, et il mourut très-pieusement le lendemain. Ainsi , le vieux proverbe a donp raison :
Passant, le temps se passera:
Passé jamais ne reviendra.
Nous pouvons citer aussi, à propos de la valeur du temps, un curieux sonnet du comte Oxenstiern :
Le temps m'a demandé de mes longs jours le compte. A quoi j'ai répondu : Ce compte veut du temps. Car, qui sans rendre compte a perdu tant de temps , Comment, sans prendre temps, peut-il reudre un tel compte?
Le temps m'a refusé de différer le compte, En disant que mon compte a dédaigné le temps , Et que, n'ayant pas fait mon compte dans le temps, Je veux en vain du temps pour rendre enfin ce compte.
0 Dieu ! quel compte peut nombrer un si long temps? Et quel temps peut suffire à faire un si grand compte? Eu vivant sans compter j'ai négligé le temps.
Hélas! pressé du temps, oppressé de ce compte, Je meurs et ne saurais rendre compte du temps; Puisque le temps perdu ne peut entrer en compte.
Revenons aux divisions du temps : la première et la plus tranchée est le jour, que la nuit sépare du jour suivant. Mais les jours ne se ressemblent qu'à l'équinoxe , où ils sont de douze heures, comme les nuits. En été, chez nous, ils sont de seize heures et la nuit de huit; en hiver, ils sont de huit heures et la nuit de seize. Si on s'éloigne vers les pôles, on a, à Saint-Pétersbourg, des jours de vingt-deux heures en été, des nuits de vingt-deux heures en hiver; et Saint-Pétersbourg n'est qu'au soixantième degré. Au soixante-sixième, il y a des jours de quinze fois vingtquatre heures, c'est-à-dire de trois cent soixante heures; au soixante-huitième degré, des jours d'un mois; et, toujours en Rallongeant, les jours arrivent au quatre-vingt-dixième degré, où l'année ne donne qu'un jour de six mois et une nuit de même longueur, avec cette frêle compensation que cette longue nuit est constamment éclairée par la lune. Aussi ces régions ne sont pas habitées.
Les heures, quoique partout le jour se divise en vingt-quatre , douze de jour et douze de nuit, n'ont pas été égales partout. Chez les Hébreux, le jour réel se divisait en douze heures, et la nuit pareillement. Mais les heures d'été étaient plus longues que les heures d'hiver, pendant le jour; et réciproquement, les heures de nuit, en hiver, étaient longues > pendant que les heures de jour marchaient plus rapides.
Il y a d'autres divisions. Dès qu'on a voulu conserver des souvenirs, il a fallu poser des jalons. Dieu
avait prescrit la semaine. Le cours de la lune indiqua les mois. Les variations de la température marquèrent les saisons, quoique d'une manière moins précise. Le retour des saisons forma Tannée. Le nombre douze ayant été révéré dès le commencement, Tannée se composa de douze mois. C'était Tannée lunaire. Elle est encore Tannée des Israélites et des musulmans.
Lorsque Ton reconnut que les douze mois lunaires, qui ne se composaient que de trois cent cinquantequatre jours, ne remplissaient pas le temps que le soleil emploie à parcourir son orbite, on trouva qu'en dix ans seulement Tordre des saisons était bouleversé.
On étudia alors la marche du soleil. On constitua le zodiaque , ce qui amena Tannée de trois cent soixante-cinq jours, ou Tannée solaire. Or, une fraction de jour devait compléter Tannée vraie. Ce quart de jour, qu'il n'était pas permis de négliger, amena, de quatre ans en quatre ans, une année de trois cent soixante-six jours, que Ton appela bissextile, parce qu'en ces années-là on doublait le vingt-quatre février, qui était, chez les Romains, lorsque Jules César fit cette réforme, le sixième jour (seœtilis) avant les calendes de mars.
Mais encore, ce quart de jour n'étant pas complet, il se trouva qu'en quatre cents ans on avançait de trois jours. Grégoire XIII, par la réforme dite de son nom grégorienne j acheva le redressement en statuant que les années centenaires ne seraient bissextiles qu'une fois sur quatre, et en retranchant dix
jours de Tannée 1582, où sa réforme fui officiellement établie.
Dans les premiers temps, dit-on, les années se comptaient par les récoltes. Lorsqu'on voulut en fixer le point de départ, ou le premier jour, des peuples choisirent le solstice d'été, où les jours sont plus longs; d'autres prirent le solstice d'hiver, où les jours, ne diminuant plus, se préparent à croître derechef. Les premiers Romains commençaient leur année avec le mois de mars. Chez nos pères, l'année s'ouvrit assez longtemps par la grande fêle de Pâques.
Comme on l'a vu, il y a une division du temps, qui est plus sacrée que les autres, prises dans la nature physique. Cette première division , c'est la semaine, instituée par Dieu mêmé comme mémorial de la création. Et tout cœur assez généreux pour reconnaître ce qu'il doit à Dieu travaillera les six jours où le travail peut avoir lieu, et consacrera le septième au repos et à Dieu. Ce jour est le dimanche , qui se reflète encore dans toutes les fêtes de l'Église.
Nous n'avons pas énuméré toutes les mesures du temps. Nous devons au moins nommer les principales. Le siècle, qui se compose de cent années, est de tôtites ces périodes la plus usitée aujourd'hui. Les Grecs comptaient par olympiades. Elles étaient de quatre années et partaient de la première fête des jeux Olympiques, l'an 780 avant Jésus-Christ. L'année où il naquit à Bethléem, pour le salut des hommes, était la première année de la 195e olym-
piade. L'an 4863 est donc la troisième année de la 661e.
Le lustre, chez les Romains, était de cinq ans. Il datait d'une fête expiatoire instituée par Servius Tullius, et il n'est plus en usage que chez les poêles. L'indiction romaine l'a remplacé. Elle date du premier janvier de l'an 313. C'est une période ou un cycle de quinze ans, toujours employé par l'Église. L'année 1358 a commencé le 104e cycle d'indiction romaine, lequel finira avec l'année 1813.
Les Juifs comptaient par leurs jubilés, qui revenaient tous les cinquante ans, et dont lord Byron admirait avec enthousiasme l'institution divine. Ils comptaient aussi quelquefois par semaines sabbatiques. On sait que chaque septième année était chez eux une année de repos. Le jubilé venait à la suite de sept semaines d'années.
Il y a encore d'autres périodes, et nous ne citons que les principales. Le nombre d'or, appelé aussi le cycle de Méthon, est dû à ce savant d'Athènes, qui le publia quatre cent trente ans avant l'ère chrétienne. Cette découverte établit qu'au bout de dixneuf ans la lune se retrouve successivement aux mêmes jours solaires, dans les mêmes phases qu'elle a présentées dix-neuf ans auparavant. Cette propriété du cycle de Méthon frappa tellement les Athéniens, dit M. G. Bresson (1), qu'ils décidèrent que le nombre qui représente la position de l'année dans
(l) Histoire du Calendrier, p. 116. L'épactc n'est qu'un procédé pour savoir au lfr janvier l'âge de la lune, c'est-à-dire combien elle a de jours.
ce cycle serait inscrit en lettres d'or, d'où est venue la dénomination de nombre d"or. Ce calcul , d'une assez grande exactitude, a eu besoin pourtant d'être quelquefois corrigé.
Revenons à l'année. Elle a tellement varié chez les anciens et au moyen âge, dans son commencement surtout, qu'il est souvent difficile d'assigner le jour précis des événements. Les Juifs avaient comme nous deux sortes d'années : l'année sacrée et l'année civile. Chez nous, l'année ecclésiastique ou religieuse commence le 30 novembre, à la fête de saint André, qui amène les saints temps de l'avent; l'année civile, depuis trois siècles, s'ouvre le 1 er janvier.
Chez les Juifs, l'année sacrée commençait à la nouvelle lune la plus rapprochée de l'équinoxe du printemps, c'est-à-dire aux temps du mois de mars. L'année civile s'ouvrait à la nouvelle lune la plus voisine de l'équinoxe d'automne. Comme leur année était lunaire, ils lui ajoutaient tous les trois ans un treizième mois.
Chez les Égyptiens, l'année était de trois cent soixante-cinq jours, réparlis en douze mois de trente jours, avec cinq jours dits complémentaires. L'année égyptienne commençait à la fin d'août.
Chez les Chinois, l'année astronomique s'ouvre au solstice d'hiver; elle est lunaire, comme celle des Juifs et des roahométans, et se rattache tous les trois ans au cours du soleil par l'addition d'un mois intercalaire.
Les Grecs, dans l'embarras où les mettait la différence des cours du soleil et de la lune, consultèrent l'oracle, qui leur prescrivit de régler les mois sur la lune, et Tannée sur le soleil. Ils fixèrent alors le commencement de leur année à la nouvelle lune qui suivait le solstice d'été.
Les premiers Romains ne faisaient leur année que de dix mois de trente et de trente et un jours, qui faisaient trois cent quatre jours. Elle commençait par le mois de mars et finissait par le mois de décembre. Numa la remplaça par l'année lunaire des Grecs, et ajouta les deux mois de janvier et de février, l'un avant mars, l'autre après décembre. Plus tard, on mit février à la suite de janvier. On plaçait tous les deux ans un mois intercalaire appelé Macedonius. Il était alternativement de vingt-deux et de vingt-trois jours. D'autres corrections suivirent. Mais ce n'est que vers la fin du seizième siècle que l'année enfin a été réglée, comme nous l'avons dit, par la réforme de Grégoire XIII.
Ce calendrier a été introduit en 1576 dans les Pays-Bas catholiques. Grégoire XIII le fixa, pour le monde catholique, en 1582.
Cette année-là il retrancha dix jours du mois d'octobre; le 5 de ce mois devint le 15; ainsi sainte Térèse, morte le 5 octobre 1582, est fêtée le 15.
Tous les peuples fidèles ont adopté sur-le-champ celte belle réforme. Mais nos frères séparés hésitèrent, attendu qu'elle venait du Pape. L* Allemagne, la Hollande, la Suisse et le Danemark ne
la reçurent qu'en 1700, en saulant du 18 février au 1er mars; l'Angleterre les suivit en 1752 par la suppression des onze derniers jours d'août; la Suède, en retranchant aussi onze jours du mois de février, fit la même chose l'année suivante; enfin, quoiqu'il vînt du saint-siége, tous les autres Élals protestants, en 1777, adoptèrent le calendrier grégorien.
Mais les Grecs et les Russes, dans leur inexplicable antipathie pour l'Église romaine, restent momifiés dans le vieux style et sont fiers de marcher de douze jours en arrière du soleil.
On sait que la République de 1792, en haine aussi de l'Église, a voulu avoir une année de sa façon; elle était copiée de l'année égyptienne et commençait le 22 septembre (1).
Lors de la découverte de l'Amérique, qui n'était pas aussi sauvage que l'ont dit ses conquérants, on trouva au Mexique l'année égyptienne chez les Aztèques. Elle était de trois cent soixante-cinq jours, partagés en dix-huit mois de vingt jours , avec cinq jours complémentaires (2). « Chez les Muyscas, on comptait trois sortes d'années : l'année rurale, de douze ou treize lunaisons; l'année des pâtres, de trente-sept lunaisons, et l'année vulgaire, de vingt lunaisons. Les Muyscas connaissaient, en outre, des cycles de cent quatre-vingt-cinq lunaisons ou quinze années, comme les Chinois et les Thibétains, et ils
(1) On en trouvera le calendrier à la fin de ce livre.
(2) Les Mexicains avaient un calendrier gravé en forme zodiacale sur une pierre immense. M. de Humboldt en a donné une curieuse description.
offraient un sacrifice séculaire correspondant aux indictions usitées du temps de Constantin (1). »
On a remarqué que, quand l'année s'ouvrait à Pâques, elle pouvait être de treize mois. L'année -1 358, ayant commencé le 31 mars, ne finit que le 21 avril suivant; elle eut ainsi douze mois et vingt et un jours; l'année 1359, commencée le 21 avril, finit le 4 avril suivant et n'eut ainsi que onze mois et treize jours. Ce ne fut qu'en 1 563 que Charles IX fixa légalement au 1er janvier le commencement de l'année; ce que le parlement, toujours rétif, n'accepta que quatre ans plus tard.
Or, tout ce qui concerne l'année, ses divisions, ses phases et ses fêtes a dû être réglé dès les premiers temps. C'est ce qu'on appelle le calendrier. Ce mot vient de calendes, qui, chez les Romains, marquait et nommait le premier jour du mois.
Nous n'avons plus à dire que quelques mots sur le temps et les temps, en morale et en histoire. 11 y a les temps fabuleux et les temps- historiques, les temps héroïques et les temps barbares , les bons et les mauvais temps.
Les temps en histoire et en morale sont ce que les font les hommes. « Ne faites pas cette question , dit » l'Ecclésiaste ( chap. vu ) : Pourquoi les anciens » temps sont-ils meilleurs que le temps présent? car » c'est une parole insensée. » A quoi saint Jérôme ajoute : « Les temps sont bons quand la vertu règne; » ils sont mauvais quand c'est le vice qui domine. »
(1) M. A. Bonnetty, Cours de philologie et d'archéologie, dans les Annales de philosophie chrétienne, livraison du 31 juillet 1837.
Pour populariser la connaissance des temps de l'année, on a fait les almanachs. Ce sujet doit nous arrêter un moment.
Dans les almanachs clairvoyants On prédit le cours de Tannée , Le chaud , la pluie et la gelée , Avec les grands événements.
Almanach de poche de Lille.
Nos ancêtres, dans les temps reculés, traçaient le cours des lunes pour toute l'année à venir sur un petit morceau de bois carré, assez semblable à ce qu'on nomme l'entaille des boulangers; ils appelaient cet ustensile Al mon Agt (observations de toutes les lunes). Voilà, selon quelques doctes, l'origine et l'élymologie des almanachs (1).
Les Romains avaient leur calendrier. Les Égyptiens, engagés par la beauté du ciel à observer les astres, obligés par les débordements annuels du Nil à mesurer tous les ans leurs terres, avaient dù mettre en pratique la partie surtout des sciences mathématiques qui tient à l'astronomie. Mais nous ne savons ni s'ils avaient des almanachs, ni quelle en était la forme.
Chez les nations modernes, l'almanach ne fut longtemps qu'un calendrier, qui ne contenait que les fêtes ecclésiastiques et les noms des saints. On dit que ce fut Jean Muller, plus connu sous le nom de
(1) Maan, maen, moen, dans les langues germaniques, est le nom de la lune.
LES ÀLMANACHS. 13
Regiomontanus, qui le premier, en 4473, ajouta à l'almanach le cours du soleil , de la lune et des planètes.
Pour appuyer ce fait, nous regrettons de n'avoir pas vu l'almanach que Fischer découvrit à Mayencc en 1804, et qui passe pour le plus ancien des aimanachs, puisqu'il fut imprimé pour l'année 1 457, tout à fait à la naissance de l'imprimerie. Or, la nature d'un almanach permet de supposer que celui de 1 457 a été imprimé vers la fin de l'année précédente. Le psautier de 1457 étant le plus ancien des livres imprimés avec date, l'almanach trouvé par Fischer serait donc le premier produit daté de l'imprimerie. Mais nous ignorons ce qu'il contient.
Après qu'on eut ajouté à la nomenclature du calendrier les observations astronomiques, on alla plus loin; on fit des prédictions. On joignit à l'almanach des horoscopes généraux et des prophéties particulières. Beaucoup de personnes attribuent à Matthieu Laensbergh, dont le premier almanach parut à Liège en 1636, ce singulier progrès de l'almanach. On trouvait en effet dans le livre supputé par lui des pronostications et des bizarreries médicales. Mais il avait été devancé par Pierre Larrivey, poète dramatique et astrologue champenois, qui publia, de 1618 à 1648, son almanach avec grandes prédictions. Cet homme, dont les almanachs du midi de la France continuent de porter le nom, comme les Liégeois conservent celui du bon chanoine Matthieu Laensbergh', croyait lui-même à ses prophéties, qu'il faisait avec méthode, d'après les thèmes astrologiques. Il
ne mangeait point de poisson, parce que, selon son horoscope, il devait mourir étranglé par une arête; accident qui n'eut pas lieu.
Mais encore Pierre Larrivey ne fut pas non plus l'inventeur des almanachs à prophéties. Il fut devancé en France par Nostradamus et par d'autres; car, en 4579, Henri III défendit, dans une ordonnance formelle, à tout faiseur d'almanachs d'avoir la témérité de faire des prédictions sur les affaires de l'Etat ou des particuliers, soit en termes exprès, soit en termes couverts.
Il parait que les almanachs supputés dans le genre du liégeois ont été créés aux Pays-Bas. Des savants en attribuent la fondation à Pierre Van Bruhesen, docteur et astrologue de la Campine, mort à Bruges en 1571. Il publia dans cette ville, en 1550, son Grand et perpétuel Almanach, où il indique scrupuleusement, d'après les principes de l'astrologie judiciaire, les jours propres à purger, baigner, raser, saigner, couper les cheveux et appliquer les ventouses; le tout suivi de prédictions parliculières et générales d'événements annoncés dans un style obscur.
Ce fameux modèle de l'almanach de Liège causa d'autant plus de rumeur à Bruges, que le magistrat, qui donnait solidement dans l'astrologie, fit les défenses les plus expresses, à quiconque exerçait dans sa ville le métier de barberie, de rien entreprendre sur le menton de ses concitoyens les jours prohibés.
Un médecin de Bruges, François Rapaert, fâché de voir qu'un almanach empiétât si heureusement sur
la Faculté, lança alors contre Bruhesen un autre Grand et perpétuel Almanach ou Fléau des empiriques et des charlatans, écrit en latin; mais Pierre Haschaert, chirurgien, partisan de l'astrologie et ami de l'astrologue, défendit chaudement Van Bruhesen dans yn livre qu'il fit paraître sous le titre de Bouclier astrologique contre le Fléau des astrologues de François Rapaerl. Et depuis, sur le plan de Van Bruhesen , on a produit des almanachs perfectionnés auxquels Matthieu Laensbergh a fait faire un pas immense, et qui jouiront encore longtemps d'un débit considérable et d'un crédit imposant. Anvers possédait en 4 576 l'almanach avec pronostica lions de Weraven, docteur en médecine et en chirurgie.
Nous finirons par une anecdote. En 4 774, madame Dubarry, dont le nom s'attache peu honorablement à l'histoire de Louis XV, fit supprimer autant qu'elle put tous les almanachs de Liège, parce qu'on y lisait dans les prédictions du mois d'avril : « Une dame des plus favorisées jouera son dernier rôle. » Elle répétait sans cesse : Je voudrais bien voir ce vilain mois d'avril passé. Cependant il se trouva qu'elle-même jouait en effet son dernier rôle, car Louis XV mourut le 4 0 mai suivant.
C'est à des prophéties de ce genre , servies par le hasard, que Matthieu Laensbergh, Nostradamus et les autres ont dû principalement leur célébrité.
De nos jours les almanachs, faits avec soin, édités avec luxe, sont devenus des livres. Mais ces livres, qu'on aimerait à voir dans toutes les mains, sont souvent coupables d'atteintes à la foi ou aux
lfl LE CALENDRIER ASTROLOGIQUE.
mœurs; et c'est un malheur. Ce qui est pour l'usage de tous devrait se présenter de façon à n'offusquer personne.
Un astronome , un jour, se laissa choir Au fond d'un puits. On lui dit : Pauvre bête, Tandis qu'à peine à tes pieds tu peux voir, Penses-tu lire au-dessus de ta tète?
La Fontaine.
Le calendrier astrologique ou physique est réglé par les astres qui, dans leur cours, ramènent périodiquement les saisons. Le calendrier lunaire est, comme son nom l'exprime, tracé par la lune; le, calendrier solaire est déterminé par les douze constellations qu'on appelle les douze signes du zodiaque, et que les astrologues nommaient les douze maisons du soleil.
L'Église a conservé le calendrier lunaire. Le calendrier civil et usuel est celui du soleil. Mais pour être correct, il devrait suivre, comme les Égyptiens, les constellations. Ainsi, le premier jour de l'an devrait être chez nous le 22 décembre , où la constellation du Capricorne domine dans le ciel jusqu'au 21 janvier. Mais ce serait là un trop grand dérangement.
Les astrologues, qui sont les pères de l'astronomie, suivaient le soleil pour chaque mois de maison en maison; et ils nous ont laissé les horoscopes généraux de ceux qui naissent sous chaque
constellation. Ils disent que ceux qui viennent au monde sous le Capricorne (du 22 décembre au
21 janvier) auront la tête dure et petite, les yeux enfoncés et des dispositions pour la marine.
Ceux qui naissent sous le Verseau (du 22 janvier au 21 février) seront gais, légers et ne deviendront riches ou aisés qu'assez tard.
Ceux qui naissent sous les Poissons (du 22 février au 23 mars) seront officieux, mais peu discrets.
Ceux qui reçoivent le jour sous le Bélier (du 23 mars au 21 avril) seront éloquents, studieux, vifs et irascibles; ils aimeront les chevaux.
Sous le Taureau (du 22 avril au 21 mai) on est audacieux, on abonne santé; mais on se fera des ennemis.
Les Gémeaux (du 22 mai au 21 juin) donnent la bonne mine, l'air gracieux qui attire des amis, l'esprit fin et les instincts de la ruse.
L'Écrevisse (du 22 juin au 21 juillet) n'est pas une constellation flatteuse. Ceux qui voient le jour sous son influence auront des désagréments et courront des dangers sur l'élément liquide. Ils aimeront un peu trop la bonne chère.
Le Lion vaut mieux; il domine dans le ciel du
22 juillet au 21 août. Il donne du cœur, du courage et les qualités qui amènent la grandeur; en conséquence un certain orgueil et une dose notable d'ambition.
Ceux qui naissent du 22 août au 21 septembre, sous le signe de la Vierge , sont honnêtes , mais peu sûrs. Ils ne gardent ni leurs secrets, ni ceux des autres; ils ont le maintien fier.
La Balance, qui a fait donner à Louis XIÏI le nom de Juste, parce qu'il est né sous ce signe, domine dans le ciel du 22 septembre au 21 octobre. Elle donne l'amour des querelles et des procès, l'aisance dans les manières et dans le. langage et des dispositions pour le commerce.
Le Scorpion (du 22 octobre au 21 novembre) est une fâcheuse constellation ; ceux qui naissent pendant qu'elle règne sont flatteurs, perfides, dissimulés, à moins qu'une planète favorable ne change l'horoscope.
Le Sagittaire, qui domine dans le ciel du 22 novembre au 21 décembre, appprte l'agilité, l'activité et le talent de faire fortune dans le haut commerce.
Nous résumons en ce peu de mots les longues élucubrations "qui ont été écrites là-dessus et que beaucoup de gens ont eu la bonhomie de consulter. Mais nous devons avouer que les horoscopes généraux n'ont aucun fondement, et que les divers astrologues qui les ont supputés se contredisent à tout instant de la manière la plus complète. Aussi se réservent-ils le bénéfice de faire un thème ou horoscope particulier pour chaque naissance , dont il faut qu'ils sachent le jour exact et l'heure précise de jour ou de nuit. Alors, si par exemple votre enfant est hé le 11 mars, à deux heures cinquantequatre minutes du matin, ils dressent l'état du ciel, comme il a dû être à ce même instant, afin de voir quelle était alors la position des planètes, qui ont aussi leurs influences.
Or, dans le temps où les astrologues faisaient des
horoscopes, on ne connaissait que sept planètes, savoir: Saturne, Vénus, Jupiter, Mercure, Mars, le soleil et la lune, qui ont présidé assez longtemps aux sept jours de la semaine. Depuis, on a dépossédé la lune de sa dignité de planète : elle n'est plus qu'un satellite de la terre. Mais planète ou satellite, il est évident qu'après le soleil, il n'y a que la lune qui ait des influences. Elle en a d'incontestables sur la mer, sur l'atmosphère, sur la germination, sur les minéraux, sur nous aussi.
Comment les autres corps célestes, qui sont si loin de nous, pourraient-ils influer sur notre petit globe? Mercure est à treize millions de lieues du soleil; Vénus, à vingt-quatre millions de lieues; Mars, à cinquante-deux millions de lieues; Jupiter, à cent soixante-dix-huil millions de lieues; Saturne, à trois cent-vingt-sept millions de lieues (4).
Le soleil, par décisions astronomiques, a cessé aussi d'être une planète. Mais la terre a conquis ce titre; et on compte aujourd'hui les planètes au nombre de plus de soixante. Leur phalange s'aug-
(1) Ce qui est original, c'est la précision des astronomes, qui mesurent de' si loin et qui établissent que le soleil est à 34,357,885 lieues; que, dans les nouvelles planètes, Uranus est éloigné de nous de 659,100,560 lieues; que sa révolution périodique est de 84 ans 28 jours et 17 minutes. Cette suprême exactitude ne vous rappellet-elle pas Tyl l'espiègle, à qui on demandait, à Prague, dans une thèse qu'il s'était vanté de soutenir de omni re scibili, combien il y a de inuids d'eau dans la mer? et qui répondit : u Quatre cent milliards quatre-vingts millions sept cent trente mille deux cent cinquante-trois muids et dix-neuf pintes et demie, mesure de Cologne. Arrêtez les fleuves et les rivières qui s'y jettent ; nous mesurerons, et je perds mon nom s'il en manque une chopine. »
mentera tous les ans, puisque l'espace n'a pas de bornes.
Les astrologues, qui sont encore les oracles de l'Orient, disaient chez nous, il n'y a pas deux siècles, les uns, que le soleil préside à la tête, la lune au bras droit, Vénus au bras gauche, Jupiter à l'estomac, Mars au ventre, Mercure au pied droit, Saturne au pied gauche; les autres, que Mars gouverne la tête, Vénus le bras droit, Jupiter le bras gauche, le soleil l'estomac, la lune le ventre, Mercure le pied droit et Saturne le pied gauche.
D'autres encore ont dit qu'il y a sept trous à la la tête, parce qu'il y a sept planètes dans le ciel qui président à ces trous : le soleil et la lune aux deux yeux, Saturne et Jupiter aux deux oreilles, Mars et Vénus aux deux narines, Mercure à la bouche (1).
Dans les horoscopes, Saturne, s'il se trouve en conjonction avec la constellation de la naissance, est triste, morose et froid; le soleil, dans le même cas, est bienfaisant et favorable; Jupiter est tempéré et bienveillant; Mars, ardent surtout; Vénus, souriante; Mercure, inconstant et peu sûr; la lune, mélancolique.
(1) Les astrologues ont donné aussi des présidences aux constellations : le Bélier préside à la tête , le Taureau au cou , les Gémeaux aux bras , l'Écrevisse à la poitrine , le Lion au cœur, la Vierge aux entrailles , la Balance aux reins , le Scorpion aux issues inférieures , le Sagittaire aux cuisses, le Capricorne aux genoux, le Verseau aux jambes, les Poissons aux pieds.
Pour quelques philosophes anciens , les planètes et les constellations étaient des divinités. Pour d'autres , que cite Lactance , tous les astres n'étaient que des animaux dont les cieux sont les étables. ( De origine error., cap. v.)
Toutes ces élucubrations hasardées sont tombées aujourd'hui dans le mépris des intelligences sérieuses ; et nous n'avons pas besoin de les signaler davantage.
Quant aux influences de la lune , elles sont peu contestables; et les astrologues n'ont pas eu tort lorsqu'ils ont conseillé, dans leurs almanachs, de semer et de planter dans la lune croissante plutôt que dans la lune à son déclin ; de couper ses cheveux* et rogner ses ongles plutôt avant qu'après la pleine lune.
Le nom de lunatiques donné aux personnes qui ont, chaque mois, pendant quelques jours, le cerveau plus ou moins détraqué, confirme encore l'opinion qui reconnaît à la lune une certaine part dans les choses d'ici-bas.
Parmi les prophètes des temps qui sont restés si longuement populaires", nous ne pouvons manquer de citer Thomas Joseph Moult, dont les campagnes estiment encore les prophéties perpétuelles. C'était un astronome napolitain qui, ayant étudié longtemps le cycle solaire, croyait y trouver une base sérieuse de pronostics. On sait que le cycle solaire est une période de vingt-huit ans, après laquelle le dimanche et tous les jours de la semaine reviennent dans le môme ordre. Là-dessus, en l'an 1268, il établit ses prophéties perpétuelles. Il suppose que la même température de Fair et les mêmes influences reviennent toujours après vingt-huit ans révolus. Ainsi l'année 1829 a du être la même que l'année 1801 ; l'année 1832, la même que 1804; l'année 1862, la
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même que l'année 1834. Il est inutile d'ajouter que ces supputations ne sont que des conjectures et qu'on rie peut s'y fier.