XVII. — ÉPHÉMÉRIDES DE FÉVRIER
Chaque jour a ses joies.
Df.SMAHIS.
Le 1er février est marqué, en Tan 576, par l'assassinat de Sigebert, roi d'Austrasie. Le 2, qui est la fête de la Purification, vit, en 4586, la mort de l'abominable baron des Adrets.
Le 6, de l'an 1556, est célèbre par l'abdication de Charles-Quint. Ce même jour, en 1593, mort de Jacques Amyot. Le 8 est illustré dans nos fastes par la bataille d'Eylau.
Le 1 0 , jour de la mort de Montesquieu , en 1 755, est signalé en 1 81 4 par la bataille de Champ-Aubert, précédée des combats de Brienne, et suivie le lendemain de la bataille de Montmirail et d'autres faits héroïques. Ce môme jour, 1 1 février, date la mort de Descartes , en 1 650 ; celle de Maffei , en 1 775 ; celle de Laharpe, en 1803.
Le 12 a regretté en 1690 Charles Lebrun, le peintre de Louis XIV; en 1737, Pergolèse; en 1763, Marivaux. En 1804, le philosophe allemand Kant est sorti de ses obscurités le 12 février, pour entrer peut-être dans d'autres ténèbres.
Le 13 février a été souillé en 1689 par l'usurpation de Guillaume III , qui chassait son beau-père du trône d'Angleterre; et, en 1820, par l'assassinat odieux du duc de Berri (1).
(1) On a prétendu que le 13 de chaque mois est un mauvais jour et le chiffre 13 un mauvais nombre; et à ce propos les partisans de cette doctrine ont remarqué que le duc de Berry, rentré en France le 13 février 1814, avait eu une fille morte le 13 juillet, un garçon mort le
Louis XVI abolit la question le 45 février 1788. Le même jour en 1794 la convention adopte pour là France le drapeau tricolore.
Le 16, mort de Fléchier en 171 0 ; mort du grand peintre Prudhon en 1823. Le 17, mort de Michel- Ange en 1564; mort de Molière en 1673; mort de madame Deshoulières en 1 694 ; mort de Pestalozzi en 1827.
Le 48, en 4546, mort de Luther. Ce jour était consacré , chez les anciens Romains , à la mémoire des morts , pour qui le grossier réformateur a eu la détestable idée d'interdire les prières; aussi n'en a-t-il pas eu.
Même jour en 1587, martyre de Marie Stuart.
13 septembre, et que lui-même était mort le 13 février 1820. C'est le 13 juillet qu'est mort, dans l'allée de la Révolte, le dernier duc d'Orléans, devant un poteau qui portait le numéro 13. Mais si on s'amuse à ces recherches, on en rencontre partout de pareilles. Voici ce qu'ont produit ces vaines curiosités sur Henri IV :
Henri IV était né 14 siècles, 14 décades et 14 ans après la nativité de Notre-Seigneur ; il vit le jour un 1 4 décembre et mourut un 1 4 mai ; il y avait 14 lettres dans son nom (Henri de Bourbon); il avait vécu quatre fois 14 ans, quatre fois 14 jours et 14 semaines; il avait été roi, tant de France que de Navarre , 14 triétérides (période de trois ans) ; il avait été blessé par Jean Cbàtel 14 jours après le 14 décembre , en 1594, entre lequel temps et celui de sa mort il n'y a que 14 ans , 14 mois et 14 fois cinq jours; il avait gagné la bataille d'Ivry le 14 mars ; le Dauphin était né 14 jours après le 14 septembre ; il avait été baptisé le 14 août; le roi avait été tué le 14 mai, 14 siècles et 14 olympiades après l'Incarnation ; l'assassinat eut lieu deux fois 14 heures après que la reine était entrée en pompe dans l'église de Saint-Denis pour y être couronnée; Ravaillac avait été exécuté 14 jours après la mort du roi, en l'année 1610, laquelle se divise justement par 14, car 115 fois 14 font 1610.
Ajoutons , et on le verra aux éphémérides de mai , que Louis xni , le fils de Henri IV , est mort comme son père , le 14 mai.
Le 19, en 1790, exécution du marquis de Favras, prémices de cette liberté qui avait démuselé l'ours.
Le 20, en Tan 1790, mort de l'empereur Joseph II, novateur qui a fait peu de bien à sa dynastie.
Le 21 de l'an 1 577, mort de Spinoza, qui, comme Luther, eût mieux fait de ne pas naître. Le même jour, en 1824, mort de l'une des plus pures gloires de l'Empire, le prince Eugène de Beauharnais.
Le 22, l'an 35 de notre ère, saint Pierre pose pour un temps sa chaire pontificale à Antioche. Ce même jour, en l'an 1 300 , institution du jubilé séculaire, par le pape Boniface VIII.
Le 24, en 1582, Grégoire XIII promulgue par une bulle la réforme du calendrier. Ce même jour, en 1779, mort du capitaine Cook; en 1848, proclamation de la seconde république française.
Le 25, exécution en 1601 du comte d'Essex; en 1 712, mort de Catinat.
Le 26 de l'an 727 avant Notre-Seigneur est le commencement de l'ère de Nabonassar.
Mars je suis, noble et florissant , Très-gentil et très- vertueux ; Herbes , en moi , vont se levant , Car je suis large et plantureux.
Puis le carême glorieux Est en mon règne tous les ans.
Mon temps est fort dévotieux , Et fait redresser les errants.
Kalendrier des bergers, 1549.
Les premiers Romains, qui se croyaient les enfants chéris de Mars, parce que Romulus, chef de
leur bande, ne pouvant présenter à ses compagnons un père visible, se disait fils de ce dieu prétendu, les premiers Romains donc n'hésitèrent pas à donner le nom de Mars au premier mois de leur année. Cette année de dix mois n'était ni solaire , ni lunaire ; on la connaît dans l'histoire sous le nom d'année martiale.
Mars est le mois des giboulées et des vents, qui arrivent au reste vers les deux équinoxes.
Il a aussi ses proverbes. On dit d'un homme qui paraît à propos, qu'il tombe là comme mars en carême, parce qu'en effet mars ne peut éviter le temps quadragésimal. — Quand Pâques est en retard, le carnaval se montre en mars, comme en 1848, en 1851, en 1859, en 1862, etc.
Le 25 mars, féte de l'Annonciation, est en possession dans les campagnes d'une singulière légende. Comme cette fête arrive presque toujours en plein carême, où le jeune est prescrit, et que, selon les saints usages, on ne peut rompre le jeûne qu'après les vêpres , on chante les vêpres , ce jour-là , immédiatement à la suite de la messe. Or, si dans la plupart de nos villages, où l'on est encore si peu éclairé dans la seule science nécessaire, quoique désormais tout le monde lise (des romans ou des feuilletons), si vous demandez le pourquoi de cette coutume , un brave homme vous répondra , fier de pouvoir vous apprendre quelque chose , que tout enfant qui naîtrait entre la messe et les vêpres, le jour de l'Annonciatiou de Notre-Seigneur, appartiendrait de droit au démon ; ce qui a obligé l'Église à supprimer l'intervalle....
Cependant ces bonnes gens ont pu remarquer que, qnand la fête de l'Annonciation, tombant dans les jours les plus saints , est remise au lundi qui suit le dimanche de Quasimodo, les vêpres ne se disent plus que îe soir. Mais les idées superstitieuses sont des polypes qui envahissent et qui étouffent Fesprit de réflexion.
Revenons au mois de mars.
Un brasseur du faubourg Saint-Marceau, à Paris, ne faisant que de la bière de mars (ainsi nommée parce qu'elle se fabrique avec un froment qui se sème en ce mois), avait pris pour enseigne le dieu Mars. Quand vint 93 , on lui objecta que Mars était un ci-devant, et qu'un bon patriote ne devait rien conserver de l'ancien régime. Il ne pouvait prendre le dieu Ventôse, qui occupait les 21 premiers jours du ci-devant Mars, et qui eût inspiré, sur les effets de sa bière, un affreux calembour. Mais Germinal entrait en fonction le 22; c'était assez. Il fit repeindre son enseigne, où l'on put lire le lendemain : Au dieu Germinal, brasserie de Justin Camus.
Voici quelques dictons rimés :
Fuis le serein et les brouillards , Neige, vent et soleil de mars.
L'humidité du premier mars Rend malade beaucoup de gare.
Quand le quatre mars est humide , L'ivrogne devient invalide.
A la Saint-Gertrude , il seroit Très-bon de saigner au bras droit; Celui qui ainsi le fera Des yeux tout Tan profitera.
LÉGENDE DU CARÊME. m
On dit que s'il gèle le 10 mars, la gelée durera quarante jours. Ce pronostic, sans appui, n'a pu être inspiré que par la fête de ce jour, 40 mars, qui est celle des quarante martyrs.
Sainte Gertrude est fêtée le 47 mars. Lorsqu'elle est éclairée par la pleine lune, les laboureurs prétendent qu'elle protège les ensemencements de ce jour. Sous son appui, on sème ce même jour les haricO/ls et les petits pois.
Nous donnons ces vieux avis, toujours sans les cautionner.
Le 49 mars est la fête de saint Joseph, qui protège les familles, les enfants et le travail.
Concède nos t ru m conteri Corpus per abstinentiam , Culpœ ut relinqaant pabuhim Jejuna corda criminum.
Hymne de la Quadragésime.
<( Un temps de jeûne et de pénitence succède aux folles joies du carnaval. Pendant quarante jours l'Église appelle ses enfants au pied des autels; les voûtes sacrées, dépouillées de tout ornement, ne retentissent plus que de chants de douleur et d'expiation , et l'on se presse autour de la chaire de vérité, pour recueillir, de la bouche de l'orateur chrétien, les enseignements de la foi. C'est ainsi que, dans l'univers catholique tout entier, on se dispose à célébrer les grands et sublimes mystères qui remplissent chaque jour de la semaine sainte.
» L'origine du carême remonte aux premiers temps du Catholicisme; il paraît même certain que son institution appartient aux apôtres. C'est là le sentiment général des Pères de l'Église.
» L'ouverture de ce temps d'expiation est marquée par une cérémonie imposante; tandis que l'oreille peut quelquefois saisir encore, comme un bruit confus et lointain, le dernier écho des fêtes profanes et des joies mondaines , les fidèles , sans distinction de rangs, se pressent dans les temples et viennent recevoir de la main du prêtre l'imposition des cendres sur leurs fronts; humbles ou puissants, pauvres ou riches, tous s'inclinent sous la main sacrée, et les mêmes paroles retentissent à toutes les oreilles : Homme, souviens-toi que tu ries que poussière et que tu retourneras en poussière (1)! Voilà l'égalité qu'on s'efforce, mais vainement, de rechercher ailleurs; voilà l'égalité, la seule égalité réelle et salutaire, dont on repousse pourtant les leçons. L'Église, dans ce jour qui ouvre une ère de repentir et de pénitence, rappelle à tous les hommes, sans exception, quelle est leur origine et quelle est leur destinée
( l ) La cérémonie des Cendres ne remonte qu'an neuvième siècle. Dès lors, c'était ce jour-là que l'on imposait des pénitences, publiques ou privées , à ceux qui devaient être réconciliés le jeudi saint. Dans le rite ambroisien, on ne distribue les cendres que le lundi des Rogations; et dans ce rite les trois jours des Rogations ont lieu, non comme chez nous, les lundi, mardi et mercredi avant l'Ascension, mais huit jours après, les lundi , mardi et mercredi de la semaine qui amène la Pentecôte. Chez les Grecs, les cendres se distribuent le 4 février, qui est chez eux le jour férié où ils pleurent la disgrâce d'Adam et d'Ève, chassés du paradis terrestre.
commune : Souviens- toi que tu ri es que poussière et que tu retourneras en poussière (4 ).
» La durée du carême , régulièrement fixée aujourd'hui, avait varié d'abord : on avait posé en principe que le jeûne de ce saint temps devait durer quarante jours pleins; or comme jamais on n'a jeûné le dimanche, les six semaines qui précèdent Pâques, à partir du premier diniinche de carême, ne donnant que trente-six jours de jeûne, on a complété la période de quarante en commençant cet exercice de pénitence au mercredi des Cendres; et, comme dans beaucoup d'églises il n'y avait pas de jeûne le samedi, et dans quelques autres même le jeudi, il en résultait, sur la quarantaine commencée aux Gendres, de nouveaux déficits que l'on comblait en prenant six et douze jours avant, ce qui reportait le commencement du carême aux deux dimanches antérieurs , que nous appelons Sexagésime et Quinquagésime. On trouve ce renseignement dans une lettre de Charlemagne à Àlcuin; il est cité dans tous les livres qui traitent du carême.
» Croire que le jeûne du carême n'est pas obligatoire et ajouter peu d'importance à la prescription qui nous est faite, c'est oublier qu'il ne peut y avoir de vraie pénitence sans expiation matérielle; c'est déchirer les saintes Écritures, qui nous montrent en plusieurs endroits la colère de Dieu apaisée par le cilice et le jeûne : « J'humiliais mon âme par le
(1) Les papes mêmes sont soumis à cette humiliation. Cependant, depuis le pape Urbain VI , fin du quatorzième siècle, ou ne dit plus rien lorsqu'on donne les cendres au saint-père.
» jeûne! » s'écriait David, alors que son fils était couché sur un lit de douleurs. C'est enfin repousser l'exemple donné par notre Sauveur, qui jeûna pendant quarante jours avant de commencer sa mission de salut. Au commencement du troisième siècle, le jeûne du carême était tellement répandu que Tertullien écrivait dans son livre Des jeûnes, vers l'an 21 7 :
« Il n'y a point de continent, point d'île, point de » nation, pas un coin de terre, où le jeûne quadra- » gésimal ne soit observé; des voyageurs, des ma- » telots, des marchands éloignés de leur patrie, » l'entendent proclamer partout où ils abordent. »
» Plein de vénération et de respect pour ce temps de prières et d'abstinence , l'empereur Théodose pu~ blia, en 380, une loi par laquelle il défendait expressément de faire pendant tout le carême les procédures criminelles.
» Divers conciles furent tenus vers l'an 4002, tant en France qu'en Italie, dans le but de rétablir la discipline religieuse et de la rendre uniforme touchant les jeûnes. On convint qu'on n'en indiquerait aucun entre Pâques et la Pentecôte, excepté la vigile de cette dernière fête.
» C'est une grande erreur de croire que l'Église, alors qu'elle étendait encore son domaine sur tous les peuples chrétiens, rendait difficile à porter le joug de sa puissance spirituelle; loin de là : comme une bonne mère, qui veille à tous les besoins de ses enfants, elle était pleine d'une tendre sollicitude pour les classes populaires, qui étaient la plus chère partie de son troupeau , et son indulgence adoucis-
LÉGENDE DU CÀRÊME. 1 1 &
sait ses plus sévères prescriptions, selon le temps et les lieux. Mille faits se pressent sous notre plume pour démontrer jusqu'à la dernière évidence ce que nous venons d'avancer; il nous suffira d'en citer un seul. L'histoire nous apprend qu'en Tan 1006 l'évêque de Limoges Alduin , touché de l'extrême misère des habitants d'une bourgade de son diocèse, leur permit de manger de la viande pendant le carême.
»> Aujourd'hui on aurait mauvaise grâce de se récrier contre les rigueurs de l'abstinence, que l'extrême tolérance de l'Église a singulièrement atténuées. Laissons dire à ceux qui sont malintentionnés, ou à qui l'intelligence fait défaut, qu'on achète la permission de manger du gras pendant le carême; outre que l'aumône n'est pas obligatoire pour l'indigent, et qu'elle est mise d'ailleurs à la portée de toutes les bourses, le produit en est toujours affecté à quelque œuvre charitable. C'est encore un de ces mille moyens que l'Église emploie pour venir en aide à la souffrance et au malheur (1). »
Dans certaines parties de la France on avait coutume jadis d'exposer, sur la cheminée de la chambre où se rassemblait la famille, le tableau suivant, composé d'autant de lettres qu'il y a de jours en carême.
Chaque soir on effaçait une de ces lettres, et à Pâques l'inscription entière se trouvait vide.
Ainsi, à mesure que la fête de la glorieuse résurrection du Sauveur approchait, la mort, qui se vantait orgueilleusement de commander au genre humain, semblait réduite au silence. C'était un
(1) M. Joseph Matthieu, Sur le carême.
moyen, à la fois ingénieux et frappant, de rappeler le triomphe remporté sur la mort par Notre-Seigneur Jésus-Christ, alors qu'il sortit glorieux du tombeau.
Il serait à désirer que, dans les familles chrétiennes, on reprît un usage si capable de faire impression sur l'esprit des enfants, et si propre à fournir une heureuse occasion de leur expliquer les suites bénies de la mort et de la résurrection de Notre- Seigneur (1).
(1) Ces lettres forment l'inscription : Mors imperat regibus, maximis, minimis, denique omnibus : — La mort commande aux rois, aux plus grands, aux plus petits, à tous enfin. (Note et tableau communiqués par M. Pu. G.)