ÉPHÉMÉRIDES DE JUILLET
de Médicis, 1642. Mort de Jean-Jacques Rousseau,
Le 4, mort du P. Ducerceau, 1730; de Destouches, 1753; deVadé, 1757; de Richardson, 1761; de Lemierre , 1 793.
6 juillet 1 535, exécution de Thomas Morus; 1 809, bataille de Wagram.
Le 7, mort de Pierre l'Ermite, 1115; mort de Brantôme, 1614; mort de Shéridan, 1816. — Le 8, bataille de Pultawa, 1719; mort de Huygens, 1695.
Le 10, mort de Thibaut de Champagne, dit le Chansonnier, 1253; Jeanne Hachette délivre Beauvais, 1472; mort du bon roi René, 1480; duel de Jarnac et de la Châtaigneraie, 1547; assassinat de Guillaume le Taciturne, 1584; fondation de l'Académie française, 1637; mort de Moréri, 1680; mort de Mézerai, 1683.
Le 1 1 , apothéose de Voltaire au Panthéon, 1791 .
Le 12, mort de Gerson, 1429; mort d'Érasme, 1536; constitution civile du clergé (source de tant de maux), 1790; confédération du Rhin, 1806.
Le 13, mort de Duguesclin, 1380; mort de Pierre d'Aubusson , 1 503 ; mort de Marat , 1 793.
Le 14, mort de Philippe-Auguste, 1223; mort de l'abbé Fleury, 1723; prise de la Bastille, 1789; inauguration de la Légion d'honneur, 1802; mort de madame de Staël, 1817.
Le 15, prise de Jérusalem par les croisés, 1099; mort de Rodolphe de Hapsbourg, 1291 ; mort de Carie Yanloo, 1765; concordat de 1801.
ÉPHÉMERIDES DE JUILLET. 185
Le 16 juillet de l'an 622 commence l'ère mahométane; mort d'Innocent III, en 1216.
17 juillet, le drapeau rouge au Champ de Mars,
18 juillet, les Gaulois prennent Rome, en l'an 387 avant notre ère. Mort deGodefroy de Bouillon, 1100. Mort de Pétrarque, 1374.
Le 20, mort du roi Robert, 1031 . — Le 21 , bataille de Taillebourg, 1242. Bataille des Pyramides,
Le 22, mort de Napoléon II à Vienne, 1832. Le 23, mort de Ménage, 1692. Prise du Caire,
Le 24, mort deMathilde, la grande Italienne, 1 1 25. Bataille de Denain, 1712.
Le 25, établissement de la Ligue, 1568. Henri IV rentre dans le sein de l'Église, 1593. Ordonnances de Charles X qui amènent la révolution de juillet
26 juillet, institution des télégraphes, 1793.
Le 27, bataille de Bouvines, 1214. Bataille de Montlhéri, 1465. Mort de Turenne 1675. Mort de Maupertuis, 1759. Mort de Robespierre, 1794. Révolution des Trois Jours, 27, 58 et 29 à Paris, 1830.
Le 28, exécution de Couthon, 1794.
Le 29, mort de Philippe Ier, 1 1 08. Mort de Monge, 1818. — Le 31, supplice du maréchal de Biron, 1602. Mort de Diderot, 1764. — Louis-Philippe d'Orléans abandonne la cause de Charles X, 1 830.
Je suis le mois où nul loisir On ne peut prendre ou séjourner , Mais faucher, faner par plaisir, Mettre eu grange, battre et vanner, Et , pour justement moissonner, Prier Jésus de tous nos cœurs Que tous grains puissent foisonner, Pour substanter ses serviteurs.
Kalendrier des bergers , 1549.
Ce mois d'août ou d'Auguste, sixième de Tannée des vieux Romains, huitième de la nôtre, a dans le zodiaque le signe de la Vierge, qui ne produit rien, mais qui sauve tout, en faisant tout mûrir et en réalisant toutes les espérances. Il s'ouvre dans le calendrier chrétien par la féle de saint Pierre aux liens, que nos pères appelaient saint Pierre Fénals, à l'occasion des foins qui se récoltent alors avec les seigles. C'est sans doute à cause de la canicule, qui règne en ce mois dans le ciel astronomique, que les anciens regardaient le premier jour d'août comme un jour dangereux, surtout aux apoplectiques:
Prima necat, sternitque secunda cokorfem (l).
Ainsi le second jour d'août est plus funeste encore que le premier. Les vieux dictons ce jour-là recommandent bien d'éviter la saignée. C'est cependant la fête de Notre-Dame des Anges ou de la Portioncule ; et, dans le cours passablement long de notre vie d'observations et d'études, nous n'avons jamais
(1) Le premier aofit en tue un; le deux en abat une bande.
remarqué que les deux premiers jours d'août fussent plus malins que les jours qui les précèdent ou les suivent. Ces dictons populaires nous rappellent ce médecin d'hôpital qui, ayant vu un Allemand affamé se guérir d'une fièvre violente en mangeant un hareng, avait inscrit sur ses tablettes : « Le hareng mangé cru, bon pour chasser la fièvre aux Allemands. »
Le 5 août est la fête de Notre-Dame des Neiges, dont la gracieuse légende charme les cœurs chrétiens (1 ).
Déjà le 2'2 juillet était en possession de ce dicton populaire :
A la Madeleine
Les noix sont pleines.
On dit aujourd'hui, 10 août :
Si noix sont à la Saint-Laurent ,
Voyez ce qu'il y a dedans.
C'est alors en effet que l'on commence à manger des cerneaux. On dit encore :
A la Saint-Laurent , La faucille au froment.
Le chaud à la Saint-Laurent , Le froid à la Saint-Vincent.
L'Assomption de la sainte Vierge, que nos pères regardaient comme la plus haute fête de l'année, est appelée dans de vieux manuscrits le couronnement, et dans la Chronique de Metz la coronation de Notre- Dame. On dit que ce jour-là,
Si le temps est clair et serein , C'est bon augure pour le vin.
(l) On trouvera cette légende dans les Légendes de la sainte Vierge.
A la grande fête de la sainte Vierge, patronne de la France, le pape Pie VII a joint notre fête nationale : la Saint-Napoléon, qui, réunie aux solennités du vœu de Louis XIII, relie la France nouvelle à ses meilleures traditions du passé.
L' Assomption est dans le Nord la fête des pauvres glaneuses; la sainte Vierge les a prises sous sa protection. Aussi jamais paysans et paysannes qui disputent les épis aux glaneuses ne sont devenus riches et n'ont eu de beaux enfants.
Puis abondance de bonnes fêtes : saint Roch, saint Mamert, sainte Hélène; le 19, bon jour pour les semences. Saint Sébald, qui est honoré ce jour-là, et qui changea un jour des glaçons en bois à brûler pour des pauvres mourant de froid, bénit les semailles des gens charitables.
Le 20 août, saint Bernard, qui a donné lieu à ce proverbe sur les potages médiocres : « C'est le potage de saint Bernard; le diable a emporté la graisse. »
Si vous suivez les jours, vous trouvez le lendemain sainte Jeanne de Chantai; peu après, saint Barthélemi, saint Louis, l'une de nos splendeurs; puis saint Augustin, de qui un vieux poète disait :
En ses sermons saint Augustin , Perdrix lardée en un festin.
Une foule d'obscures traditions se rattachent à ce jour (58 août) dans toute l'Europe. On dit dans le pays de Galles que la nuit du 28 août le roi de la Montagne fait la revue de ses troupes, qui sont des esprits. En Irlande, le comte de Kildare fait la revue
de ses braves morts. En Hongrie, c'est Je roi Béla, qui voit avec peine son pays sous la domination étrangère.
Ces idées ne peuvent se rapporter à saint Augustin ; peut-être se relient-elles à la féte de la décollation de saint Jean-Baptiste qui a lieu le lendemain. Cette fête est la date du jour où la tête du saint précurseur a été découverte, et non le jour de son martyre.
La décollation de saint Jean-Baptisle est appelée chez les bonnes gens d'Amiens saint Jean Lirons, ou saint Jean aux attrapes, parce que, durant cette fête où l'on va honorer te chef du saint précurseur, il était d'usage de mettre des leurres dans les rues, fixés entre les pavés, comme des fers à cheval brûlants et autres objets qui tentaient les campagnards peu dégourdis. Lorsqu'ils donnaient dans le piège et qu'ils retiraient leurs doigts roussis, la populace peu charitable criait après eux : Lirot, lirot, qui en patois picard veut dire attrapé.
Il ne reste plus que la gracieuse sainte Rose et le bon saint Fiacre.
Mais le beau mois d'Auguste est si cher, qu'on le voit toujours à regret s'en aller devant septembre.
Qu'on nous passe encore un quatrain qui peut être utile :
Quiconque eu août dormira A midi, s'en repentira. Bref, eu tout temps je vous jnédi Qu'il ne faut dormir à midi.
190 LA SAI.NT-BABTI1LLEJII.
L'histoire , depuis trois cents ans , est une conspiration permanente contre le Catholicisme. Joseph de Maistre.
Les Matines de Paris, appelées de ce nom chez les protestants, sont ces sanglantes représailles que les Catholiques connaissent sous le nom de massacre de la Saint-Barthélemi. Représailles en effet, comme il est facile de l'établir; coup d'État politique où la religion ne fut pour rien, comme on l'a démontré; horreur dans tous les cas, mais produite par d'autres horreurs qui la surpassent.
Ce massacre, qui a flétri le règne court de Charles IX, pauvre jeune roi mort adolescent, est pourtant un de ces faits historiques que l'on ne peut complètement apprécier que par des études nouvelles. Voltaire, dans les descriptions passionnées qu'il en a faites, n'a pas cherché pour coloris la vérité, mais l'intérêt de ses préventions; et l'opinion s'est moulée sur les représentations que les ennemis de FÉglise en ont habilement faites.
Mézerai, quoiqu'il ait peint avec une certaine énergie d'expression le roi Charles IX, de sa fenêtre du Louvre, canardant les protestants avec sa grande arquebuse à giboyer, n'avait vu , de ce grand coup d'État, que les superficies.
Lorsque Napoléon (alors on ne l'appelait que Bonaparte) fut maître de Rome, il lit transporter à Paris les archives du Vatican, immense et précieux trésor
LA 5 A1NT-BARTJ 1 1 LEM I . lut
qui, bien fouillé, pourrait changer en grande partie l'histoire moderne. Mais, pour explorer ce vaste amas de renseignements, il eût fallu une armée de chartriers et de savants sans préjugés. Rien ne se fit, sinon quelques recherches isolées. M. de Chateaubriand, entre autres, compulsa une partie des nombreux documents qui concernent la triste nuit du 24 août 1572. Plus tard, son ambassade à Rome lui permit de continuer ses investigations et le mit en possession des dépêches de Salviati, chargé d'affaires de la cour de Rome à Paris lors du massacre. . « Ces dépêches, dit-il dans ses Études historiques, sont d'un grand intérêt. » Et il ajoute : « Je les publierai peut-être un jour, en y joignant, par forme d'introduction, l'histoire complète de la Saint-Barthélemi. » Ce travail n'a sans doute pas été fait.
Les Anglais ont chez eux, sur ce fait si saillant, de curieux détails qui manquent à la France. Ils ont compulsé aussi les archives du Vatican, ouvertes à tout le monde; et, en attendant une histoire précise, un des hommes éminents qui enrichissent de travaux si remarquables la Revue d'Édimbourg, un protestant (notez bien ce point), a publié sur le massacre de la Saint-Barthélemi, des données assez neuves. Capefigue avait déjà éclairé la question, en faisant voir qu'avant le coup d'État du 24 août les protestants avaient fait un grand nombre de massacres plus horribles sur les catholiques. Dans un de ses livres, Balzac a bien établi comment, le 30 août 1572, si on ne les eut pas arrêtés le 24, les protestants enlevaient Charles IX dans uue fête du Pré-
aux-Clercs, et proclamaient la république. Mais suivons l'auteur anglais.
Avant d'aller plus loin, notons cependant que les protestants sont plus justes envers nous que nousmêmes, quand ils veulent être de bonne foi, et qu'en Prusse, par exemple, on n'a pas permis les Huguenots de Meyerbeer, où l'on ne voyait qu'une calomnie exagérée.
Le massacre de la Saint-Barthélemi , dit l'auteur anglais en débutant, est encore un problème historique. Jamais événement ne justifia davantage le scepticisme de l'histoire. Remontez aux sources, écoutez les contemporains, ils ne s'entendent sur aucun point.
Péréfixe, évêque catholique, qui n'avait pas intérêt à grossir le martyrologe protestant, élève trèshaut le nombre des victimes; Sully, huguenot, en compte un tiers de moins; de Thou, philosophe, moitié moins que Sully; Papyre-Masson, deux fois moins que de Thou. L'abbé Caveyrac, qui avait longuement étudié la question, ne porte qu'à deux mille le nombre des protestants tués. Dans cette divergence de calculs, le chiffre que l'écrivain protestant paraît adopter est celui de l'historien de Thou : trente mille.
Mais ce point n'est qu'un accessoire. Une grande question se présente aussitôt. La Saint-Barthélemi a-t-elle été préparée et méditée de longue main? A côté se lève l'opinion soutenue avec beaucoup de raison par le docteur Lingard , que l'égorgement fut un soulèvement populaire, une émeute passagère et
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violente; que le roi, qui eut la main forcée, sanctionna de son autorité, après une longue résistance, pour satisfaire et assouvir la vengeance des masses fanatisées.
On ne trouve pas, dit Caveyrac, dans l'exécution de cette tragédie, l'uniformité de dispositions, la simplicité de plan qu'aurait exigées une préméditation. La cour, s'il en eût été ainsi, n'aurait pas manqué de faire massacrer tous les protestants le même jour dans toutes les villes de France. Au contraire, le massacre eut lieu à Paris, le 24 août; à Meaux, le 25; à la Charité, le 26; à Orléans, à Saumur et à Angers, le 29; à Lyon, le 30; à Troyes, le 11 septembre; à Bourges, le 11 ; à Rouen, le 17; à Romans, le 20; à Toulouse, le 23; à Bordeaux, le 3 octobre.
A voir ces différentes dates, dit l'écrivain anglais, on ne peut s'empêcher de penser que l'exemple du fanatisme assassin donné par les protestants n'ait fait naître l'assassinat de représailles, et le meurtre se répandit à travers la France comme une traînée de poudre qui s'enflamme sur la rouie qu'elle parcourt.
Nous pourrions exposer ici un tableau épouvantable des excès et des cruautés de tout genre commises par les protestants avant la Saint-Barthélemi et après. Contentons-nous de citer, non les dévastations entières de villes et de cantons (ces détails seraient forcément trop longs), mais les quelques petits faits rassemblés par M. l'abbé Cazeaux, curé de Sufflenheim , et publiés simplement par le Moni-
uigiiizc
teur catholique. Nous y ajouterons deux passages de Meyer (Galerie philosophique du seizième siècle).
« i. — Trente catholiques étaient renfermés dans la même prison à Angoulême. On en fit trois catégories : les uns furent attachés deux à deux, de manière à rester maîtres d'une partie de leurs mouvements, puis laissés sans nourriture, afin que, poussés par le désespoir de la faim, ils s'entre-dévorassent.
» Les autres furent appliqués longitudinalemenl sur un câble neuf fortement tendu , sur lequel on fit faire la navette a leurs corps, à la façon d'Un rabot, jusqu'à ce qu'ils fussent sciés en deux.
» Ceux de la troisième catégorie furent liés à deux poteaux, près desquels on alluma un grand feu, qui était assez actif pour rôtir leurs corps et assez éloigné pour prolonger leurs souffrances, enrichissant ainsi sur le supplice de saint Laurent.
» ii. — A Ghasseneuil, près d' Angoulême, les huguenots plongèrent et replongèrent dans de l'huile bouillante les deux bras d'un prêtre nommé Louis Fayard, jusqu'à ce que la chair se fût détachée des os. Ensuite on lui infusa dans la bouche de cette même huile, et on l'acheva à coups de pistolet.
» Colin Gillebaut, prêtre, après avoir subi une honteuse mutilation, fut enfermé dans une caisse de bois dont le couvercle était percé de trous, par esquels on fit tomber sur lui une pluie d'huile bouillante.
» m. — Maître (magister) Jean Bachellon rat condamné à se tenir sur un fer rougi au feu , et
LA SÀEKT-BARTHÉLEMI. 195
étranglé lorsque ses pieds furent entièrement consumés. Maître Octave Ronier fut ferré à la manière des chevaux, puis suspendu à un arbre où il servit de cible.
» iv. — À Rivières , on arracha la langue à un prêtre en la tirant par une ouverture pratiquée sous le menton. A Sainl-Macaire, on ouvrit le ventre à plusieurs prêtres, et on en tira les entrailles en les roulant sur un cylindre xjue deux hommes tournaient dans leurs mains. A Mancine, plusieurs prêtres furent enterrés vifs, et l'on hacha une foule de petits enfants catholiques par uu procédé renouvelé d'Hérode.
» Dans une localité appelée urbs Vasatum (c'est Bazas dans la Gironde), deux huguenots se saisirent d'une veuve catholique, et, lui ayant introduit dans le corps de la poudre à tirer, ils y mirent le feu et lui firent sauter le ventre.
» v. — A Montbrison, le baron des Adrets fit précipiter plusieurs catholiques du haut d'une tour, au pied de laquelle des soldats les recevaient sur leurs hallebardes.
» Plusieurs prêtres eurent le nez et les oreilles coupés et les yeux arrachés de leur orbite, puis laissés vivants. Un huguenot se fit et porta un collier composé en entier d'oreilles de prêtres.
» On ouvrit le ventre à un prêtre, et on y jeta de l'avoine, puis on amena un âne qui, en mangeant l'avoine, arrachait les entrailles de la victime.
» A Audenaerde, un homme vénérable, nommé maître Pierre, fut précipité dans une rivière, après
qu'on lui eut lié ensemble, au moyen de nœuds coulants, les mains et les pieds derrière le dos.
» vi. — Dans le voisinage d'Ypres, on enterra plusieurs prêtres jusqu'au cou, puis on lança contre leurs têtes les boules d'un jeu de quilles.
» Dans une autre ville des Pays-Bas, les huguenots firent souffrir toute une série de tortures au père Corneille Mussius, confesseur des religieuses de Sainte-Agathe. D'abord il fut suspendu par les poignets à une échelle, ayant deux poids énormes attachés aux gros orteils. Après ce supplice, on le remplit d'eau, au moyen d'un entonnoir placé dans sa bouche ; puis on lui frappa et comprima le ventre, pour en faire jaillir le liquide par toutes les ouvertures. Enfin, on le suspendit par les gros orteils, et, après qu'on l'eut écorché vif, on traîna son cadavre dans les rues.
» vu. — Maître Jean -Jérôme fut traité avec une atrocité dont on devrait croire incapable l'homme le plus cruel. On le lia nu sur une table, et on lui posa sur le ventre un vase renversé, sous lequel se trouvaient des rats vivants; puis on plaça du feu sur ce vase. Aussitôt que les rats sentirent la chaleur, ils devinrent furieux, et ne trouvant aucune issue, ils se creusèrent une retraite dans le ventre du malheureux Jérôme... »
Passons aux fragments conservés par Meyer, dans le chapitre vu de sa Galerie philosophique du seizième siècle; ce sont les réactions, quelques-unes du moins, des protestants contre les catholiques :
LA SALM-BARTHÉLEWI.
Lettre écrite du Mans^ le 26 juin 1588.
« C'est une pitié d'entendre et d'ouïr les désordres que font partout ici les troupes d'Épernon et Jarsai; ils pillent, tuent, saccagent, ravissent, emportent les petits enfants du berceau, pour faire courir après les pères et mères, et extorquer leur rançon. Ils pendent les pauvres gens aux portes des églises avec leurs curés, tiennent les autres prisonniers, et leur coupent les oreilles : chose si commune, que nous ne voyons en cette ville que de pauvres gens se venir plaindre de pareilles cruautés. Dans un seul village, ils ont compté deux cents oreilles à la porte d'une église. Ils pillent les églises, ils enlèvent les ornements et calices d'argent. Us menacent d'en faire autant à Paris et dans les autres villes.
» Ils n'en veulent qu'aux catholiques, on ne voit pas une seule maison de huguenots où ils aient seulement fait tort d'un poulet. »
Fragments d'une lettre du 1 8 juillet 1 588 , écrite du Maine.
« Les soldats attachaient par les oreillles les vaincus, les laissaient tirailler et languir, et puis, comme par grâce, les leur venaient trancher; qui devenaient toutes sanglantes, et les pauvres hommes tombaient demi-morts d'un autre côté.
» Se jouant de la vie des pauvres catholiques, ils disaient aux uns : Je veux te montrer de quelle couleur est ta cervelle, et là-dessus lui fendaient tout le
test en deux; aux autres : Je veux te montrer comme on peut couper les deux yeux d'un seul coup ; ferme les yeux; et à l'instant lui donnaient un grand coup de coutelas au travers de la vue, dont le test et la cervelle allaient d'un côté, et le corps tombait mort en terre... »
Papyre Masson, de Thou, Camille Capilupi, dont M. Aignan a traduit et publié l'apologie du 24 août 4572 dans sa Bibliothèque étrangère soutiennent que la préméditation a eu lieu. Voltaire s'est emparé de leur opinion; il l'a étendue, appuyée. Il était payé par les Anglais pour glorifier la réforme dans sa Henriade, comme il le fut par les mêmes pour outrager la France dans la Pucelle, et par Catherine II pour faire de Pierre 1er un héros. L'opinion en question repose toutefois sur des vraisemblances, et M. CapeGgue pense que « le projet de se défaire des huguenots par un moyen quelconque fut posé et peut-être convenu dans l'entrevue de Bayonne ».
A cette entrevue, en effet, il fut résolu, dit l'auteur des Mémoires de Tavannes, que les deux couronnes (espagnole et française) se protégeraient, maintiendraient la religion catholique, vaincraient leurs rebelles, et que les chefs des séditieux seraient châtiés.
Le duc d'Albe, que l'on a si diversement jugé, avait recommandé surtout qu'on ne laissât échapper «tucun des meneurs. Il avait répété son fameux mot, qu'il appliqua en Belgique aux comtes d'Egmont et de Horn, qu'une tête de saumon valait plus que
LA SAflrr-BARTHÉLEMI. 199
cent têtes de grenouilles. Le Laboureur, dans ses commentaires sur Castelnau, dit aussi que « les huguenots étaient bien avertis de la trame qu'on brassait contre eux presque à découvert, depuis l'entrevue de Bayonne ».
Quoique prévenus, ils restaient en permanence de rébellion ; rien n'égalait leur insolence à la cour. On n'eût pas dit des hommes tolérés. Ils exerçaient , dit l'écrivain protestant de la Revue d'Êdimbourg, sur les catholiques du midi de la France les plus atroces cruautés. C'était de toutes parts assaut de crimes épouvantables. Qui l'emporta dans cette lutte? A qui resta la palme de la barbarie? En 1 567 et 1 569 , les rues de Nîmes furent teintes littéralement du sang des catholiques. Rien de plus affreux que la Michelade, comme l'ont nommée les gens du pays , massacre exécuté par les protestants en 1567, avec une horrible régularité, le jour de la Saint-Michel.
« Les catholiques, enfermés dans l'hôtel de ville et gardés à vue, furent égorgés par leurs ennemis d'une manière qui ressemble tout à fait aux massacres de septembre pendant la révolution française. On fit descendre l'un après l'autre dans les caveaux les malheureux que l'on voulait mettre à mort, et que les protestants attendaient pour les tuer à coups de dague. On avait placé sur le beffroi et sur les fenêtres du clocher des gens armés de torches pour mieux éclairer cette boucherie, qui dura deux heures; la plupart des victimes furent jetées dans un puits qui avait quarante-deux pieds de profondeur, plus de
quatre pieds de diamètre, et qui fut comblé au point que l'eau, mêlée de sang, se répandait au dehors; et longtemps après on entendait encore les cris étouffés et les gémissements des malheureux qui se trouvaient écrasés par les cadavres. On fil une recherche exacte dans les maisons catholiques. Cette tuerie dura de onze heures du soir à six heures du matin. »
« Les mêmes faits se reproduisent à travers la France entière, sans qu'on puisse affirmer que l'un ou l'autre parti ait pris l'initiative du meurtre. Là où le protestantisme se trouvait en majorité, comme à Nîmes, les catholiques succombaient. Là où les protestants avaient le dessous, comme à Paris, les catholiques se chargeaient de la vengeance. Maurevel tuait Coligny, Poltrot assassinait le duc de Guise. Contraints de s'armer et de se discipliner pour leur propre défense , les huguenots formaient un camp au milieu de la France. La position du trône et de la cour devenait insoutenable; le roi ne représentait plus aucun des intérêts qui agitaient si violemment la masse. Le trône qui n'a de sympathie avec aucune des passions contemporaines est un trône impuissant; et l'énergie royale s'efface quand les sujets se groupent pour défendre des passions et des idées étrangères ou hostiles aux intérêts monarchiques. C'est ce qui arriva sous Charles IX et sous Henri III. A droite et à gauche de la couronne royale s'élevèrent deux couronnes : celle du protestantisme, portée par Coligny; celle du catholicisme, portée par les Guise. Dénuée de force, la cour s'arma de politique. »
On nous pardonnera ces citations; elles étaient nécessaires. Nous adoptons la pensée de l'écrivain anglais, qu'il faut prendre un milieu entre les deux opinions qui ont jugé la Saint-Barthélemi : œuvre préméditée, mais faiblement exécutée par les passions populaires, qu'un moment de colère mit en mouvement.
Catherine de Médicis (autre proie de longues calomnies, que toutefois nous n'entendons pas défendre sans réserves) , à l'entrevue de Bayonne , avait répondu au conseil du duc d'Albe d'exterminer les hérétiques, « qu'elle ne prendrait ce parti qu'à la dernière extrémité, et qu'elle essayerait d'abord de prévenir l'effusion du sang et de ramener les huguenots dans le sein de l'Église par la conciliation et la douceur ».
D'un autre côté , quand Charles IX apprit l'attentat de Maurevel sur Coligny, il jouait à la paume. Il s'arrêta hors de lui et s'écria : Par la mort! ne seraije donc jamais tranquille !
Lorsqu'on l'obséda pour ordonner le massacre, il résista longtemps, et dit enfin avec fureur : Puisque , vous trouvez bon qu'on les tue , que du moins il n'en reste pas un seul qui puisse me le reprocher!
L'ordre fut obtenu. Mais était-ce là une préméditation froide ?
Quant à l'assertion que la nation entière, bien plus encore que la cour, a commis le crime, les pamphlets contemporains lui sont favorables. Le cri de joie poussé à cette occasion par la populace éclate dans plus de mille pages sanglantes en prose et en
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vers inspirés par cet événement. La Marmite renversée des hérétiques, la Juste Vengeance de Dieu sur les hérétiques, attestent la fureur des masses. Les gravures de l'époque sont dans le même sens. A entendre les complaintes populaires du temps, on voit que Charles IX n'a pas dirigé son peuple, mais qu'il a été entraîné par lui.
Voilà de graves matières à méditation. On trouvera dans la galerie de Meyer, que nous avons citée, des lettres de Charles IX qui peignent le caractère de cet enfant sous un jour favorable.
Ce jeune roi était poëte, et poète bien supérieur à Ronsard, à qui il écrivait, dans un style dont Ronsard aurait dû imiter le naturel et l'élégance :
Tous deux également nous portons des couronnes; Mais , roi , je la reçois ; poëte , tu la donnes. . .
Parmi les anecdotes plus ou moins controuvées dont on a entouré l'histoire de cette déplorable tragédie , nous ne citerons aujourd'hui que la mort de Jean Goujon, l'illustre artiste, le Phidias français, le Corrége de la sculpture. C'était un catholique et un artiste, deux titres à la haine des huguenots, qui anéantissaient l'art partout, en poursuivant partout la foi romaine. Comme en travaillant au Louvre sur son échafaudage, il fut tué d'une balle partie on ne sait d'où , mais assurément d'une main ennemie des arts ou d'un cœur jaloux , et non d'une carabine catholique, et, comme le jour de sa mort était le 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemi , on a trouvé bon de mêler ce fait au massacre qui avait eu lieu cette nuit-là.