ÉPHÉMÉRIDES D'OCTOBRE
Le 19, mort de Benserade, 1691. Bataille de Leipsick, 1813.
Le 20 , mort du roi de France, Charles VI , 1 422. Bataille de Coutras, 1 587. Mort de l'empereur d'Allemagne, Charles VI, 1740. Bataille de Navarin, 1827.
Le 21 , mort de Smollett, 1771 .
Le 22 , mort de Charles-Martel , 741 .
Le 23, exécution de Boëce, 524. Mort de Ducange, 1088. Loi qui bannit les émigrés, 1792. Conspiration deMallel, 1812.
Le 24, mort de Hugues Capet, 996. Traité de Munster, 1648.
Le 25 , mort d'Alfred le Grand , roi d'Angleterre , 901 . Mort de Gassendi, 1655. Mort de dom Calmet,
Le 26 , mort de Puffendorf, 1694. Mortd'Hogarth,
Le 27, Calvin fait brûler Michel Servet, 1553. Mort du P. Rapin, 1687. Mort de l'abbé de Rancé,
Le 28, prise de la Rochelle , 1628. Mort de Musœus, 1788.
Le 29, mort d'Antoinette Bourignon , 1680. Mort de Swift, 1745. Mort de d'Alembert, 1783. Exécution de Barnave, 1793.
Le 30 , mort de Pogge, 1 459.
Le 31 , mort du comte de Tressan, 1783. Exécution des girondins, 1793.
Je fais allumer maint tison.
Novembre suis, qui règne à plein.
Toute personne de raison Doit avoir vivres, vin et pain , Et prier le bon Souverain , Le roi des cieux à sauvement , Car biens de la terre, en mon train, Prennent partout déclinement.
Kalendrier des bergers, 1540.
Neuvième mois de Tannée romaine, onzième de la nôtre, novembre aurait reçu le nom de Tibère, si cet empereur eût été aussi friable aux flatteries que quelques autres souverains. Mais au peuple romain qui lui proposait cette petite adulation , il répondit : « Que ferez-vous donc quand vous serez au treizième césar ? »
Quelques-uns, dans des recueils de pratiques pieuses pour ce mois, l'appellent le mois des trépassés. Mais, à notre avis, le nom de mois de la sainte Église, adopté par beaucoup d'autres, est plus convenable. L'Église est le corps des fidèles ; ils se divisent en trois séries : 1°les saints qui ont dignement rempli leur carrière et qui sont au ciel dans la gloire composent l'Église triomphante, dont la fête spéciale ouvre le mois de novembre; 2° les fidèles qui sont morts dans la grâce de Dieu , mais qui doivent se purifier de quelques taches dans le purgatoire avant d'entrer dans les célestes parvis, où rien d'impur ne peut pénétrer, sont pour nous l'Église souf-
frante. Nous prions pour eux le 2 novembre, et durant toute l'octave de ce jour; 3° l'Église militante est formée des vivants, qui luttent ici-bas et qui supplient pour les âmes du purgatoire, par l'intercession des saints, dont ils honorent les reliques et la mémoire.
Nos temples nous offrent ce symbole.
Le sanctuaire où les saints sont honorés représente l'Église triomphante. La chapelle souterraine où l'on prie surtout pour les trépassés rappelle l'Église souffrante. La nef est peuplée des fidèles de l'Église militante.
Ce nom de nef ou navire est dû à ce que l'Église de la terre est comparée souvent à un vaisseau battu des orages, mais pourtant toujours vainqueur.
Le mois de novembre commence par la fôte de tous les saints, qui clôt le temps des récolles; il ouvre, le lendemain, par la Commémoration des trépassés, le véritable hiver.
Qu'en ces jours le blé soit semé.
Que le fruit aussi soit serré.
On lit dans de vieux livres :
Novembre, au premier jour, des saints montre la gloire. Des morts on fait, au deux , la lugubre mémoiro.
Le 3 novembre féte saint Hubert, patron des chasseurs; on bénit ce jour-là, à l'église de Saint-Hubert, dans les Ardennes, du pain, qu'on donne aux chiens et aux autres animaux domestiques, pour les prémunir contre la rage.
Le 18, quinzième jour après la Saint-Hubert, est réputé jour favorable aux chasseurs.
C'est à cause des vanteries et fanfaronnades de nos Nemrods qu'on use encore de l'expression : « 11 est de la confrérie de Saint-Hubert, » pour désigner un menteur.
Chez les anciens, le 3 et le 5 novembre passaient pour des jours critiques en fait de santé.
Saint Léonard est honoré le 6 novembre. Une de ces hymnes naïves que chantaient nos pères, et qu'on peut lire encore dans l'ancien bréviaire de Cluny, faisait ce jeu de mots sur le nom du saint, — Leonardus :
Leone tu fortior Nardoque suavior.
Le 10 novembre, veille de la Saint-Martin, on annonce sa fête en allumant dos feux sur toutes les hauteurs, dans le midi de la Belgique et le nord de la France. M. Eugène Gens (Promenades d'un antiquaire dans r ancien duché de Brabant) confirme ce fait : « Une coutume bizarre, qui remonte à une haute antiquité, dit-il, s'est conservée sans altération à Wezemael (et dans toute la contrée) jusqu'à nos jours. Lesoir de la Saint-Martin, toutes les hauteurs du village et toutes les collines d'alentour s'illuminent de feux nombreux, alimentés toute la nuit par des sarments et des bruyères. Des enfants veillent auprès de ces feux, pour les entretenir jusqu'au matin. Ils y font cuire des pommes de terre dans les cendres, et chaque fois qu'un nouveau paquet de
sarments fait monter des nappes de flammes et des gerbes d'étincelles, ils dansent en ronde autour du feu, en chantant une vieille ballade à l'honneur de saint Martin. Chaque famille doit avoir son feu; celles qui n'ont pas de quoi l'alimenter vont le demander aux maisons riches. » M. Eugène Gens voit là un reste du culte idolâtre et pense que saint Martin, dans cet honneur qu'on lui fait, peut bien succéder à Odin ou à Ésus. Mais ce n'est qu'un souvenir du grand saint qui est venu évangéliser ces contrées et qui leur a fait brûler, avec leurs idoles, les arbres sacrés sous lesquels il leur rendait un culte.
Saint Martin, qui est fêté partout le 1 1 novembre, est le point de ralliement de beaucoup de dictons. Les quelques beaux jours qui viennent alors pour l'ordinaire s'appellent « l'été de la Saint-Martin ».
Et, comme c'est à cette féte que les oies sont grasses et que le vin nouveau est fait, on mange encore ce jour-là, dans beaucoup de familles, Voie de la Saint-Martin; — or le vin nouveau qui l'arrose produit quelques étourdissements; et on appelle cette demi-ivresse le mal Saint-Martin.
La Saint-Martin boit le bon vin Et laisse Peau pour le moulin.
C'est un vieux distique traduit du latin.
Dans les gracieuses poésies du père du Cerceau, il est question de Vestafier ou valet Saint-Martin. Cet estafier est le diable.
La Saint-Martin a aussi ses pronostics. Les bonnes
gens de la campagne vous diront ce qui se lisait dans les vieux almanachs : « Si après la Saint-Martin il se trouve un petit ver dans les pommes de chêne, c'est signe d'abondance. S'il s'y rencontre une mouche, signe de guerre. Si une araignée y réside, signe de mortalité. — Si les chênes pnt beaucoup de .pommes, grandes neiges avant Noël, et à leur suite froids cuisants. »
Dans quelques contrées, on peut voir, dit-on , aux gros os de l'oie de Saint-Martin si l'hiver sera froid ou passable. Les os très-rouges annoncent un hiver rude.
Beaucoup de belles fêtes illustrent encore ce mois : sainte Gertrude, sainte Elisabeth de Hongrie, la présentation de la très-sainte Vierge, sainte Cécile, patronne de la musique chrétienne, saint Clément, pape et martyr, sainte Catherine, patronne des jeunes filles et de la philosophie catholique, et protectrice des servantes honnêtes. On dit que sa fête met fin aux pluies de l'automne.
Saint André, le premier appelé des apôtres , ouvre l'année ecclésiastique. On le fêle le 30 novembre. Dans le pays de Liège, les jeunes filles, ce jour-là , font cercle autour d'une oie. Celle que l'oie touche la première se mariera bientôt.
Il y a sur le jour de saint André d'autres idées. En quelques pays on met un verre plein d'eau sur une table. S'il déborde dans le mouvement, l'année qui approche sera humide. Elle sera sèche s'il ne déborde pas.
Plusieurs dictons en distiques se rapportent aux
23'i LÉGENDE DE GUILLAUME TELL.
fêles de novembre. Nous ajouterons à ceux que nous avons déjà cités :
A la Toussaint , L'hiver est en chemin.
La Toussaint venue ,
Quitte la charrue.
Passé la Saint-Clément, Ne sème plus de froment.
A la Sainte-Catherine , Tout bois prend racine.
A la Saint-André, la nuit L'emporte sur le jour qui fuit.
Les souvenirs héroïques consolident les nationalités. Pitfendorf.
On place au 18 novembre de l'an 1307 le trait contesté de Guillaume Tell, qui enleva d'une flèche une pomme placée sur la tète de son fils. Voici quelques éclaircissements :
Guillaume Tell, né à Burghau, dans le canton d'Uri, est jusqu'ici une des gloires de la Suisse; elle le fait le principal auteur de la révolution qui l'affranchit et qu'elle fait remonter à Tan 1307, tandis que, préparée par la petite insurrection de 1908, mentionnée aux éphémérides du 1ar janvier, elle ne commence réellement qu'à la bataille de Morgarten , où les Suisses battirent les Autrichiens , en l'année
On vous conte toutefois, — et, après les historiens suisses que nous avons copiés, Florian dans.un
roman -poème, Schiller dans un drame, Lemierre dans une tragédie, ont célébré ce récit, — - on vous conte que Gessler ou Grissler, gouverneur pour l'em- < pereur Albert des cantons helvétiques, les tyrannisait cruellement; qu'il fit, entre autres choses, élever sur une place publique un chapeau, sans doute le chapeau ducal de la maison d'Autriche, et qu'il ordonna à tous les Suisses de se prosterner devant cet insigne. Guillaume Tell se refusa à cette humiliation; et Gessler furieux l'obligea, sous peine de mort, à enlever de loin, d'un coup de flèche, une pomme placée sur la tête d'un de ses enfants. C'était le 18 novembre de l'an 1 307». 11 eut le bonheur de tirer si juste, qu'il abattit la pomme sans toucher son fils. Après ce coup d'adresse, le gouverneur, ayant aperçu une autre flèche cachée sous l'habit de Tell, lui demanda ce qu'il en voulait faire.
— Je l'avais prise, répondit celui-ci, pour t'en percer le cœur, si j'avais eu le malheur de tuer mon flls.
Sur cette réponse, l'impitoyable Gessler le fît charger de fers.
« Mais, dit M. Pingret, dans son Voyage en Suisse,, les sombres cachots de la prison d'Altorf ne rassurent pas assez la fureur du despote. Ses ordres sont donnés; et, dès que la nuit est venue, Guillaume Tell est jeté dans une barque qui doit le conduire à Kaëssnuht, forteresse où dans l'ombre Gessler se plaît à faire souffrir mille morts à ses victimes. Lui-môme, entouré de nombreux satellites, monte l'esquif sur lequel Guillaume est enchaîné. La barque s'avançait
tranquillement sur les eaux presque immobiles du lac; elle approchait du petit rocher d'Axemberg. Tout à coup une tempête horrible se déclare; les rameurs aux abois, effrayés devant une mort presque inévitable, entourent le gouverneur et lui disent que Tell seul peut les sauver dans un danger aussi pressant. Le farouche Gessler cède aux instances de ses gardes et à sa propre terreur ; les liens de sa victime sont brisés; Tell se place au gouvernail. Mais, tout en manœuvrant avec habileté , il cherche sur le rivage quelque point où il puisse s'élancer. Il découvre un rocher plat; il crie aux rameurs de manœuvrer rapidement jusqu'à ce rocher; et, quand par un prompt effort ils y sont parvenus, le héros saisit son arc et ses flèches , s'élance sur la cime aplatie , et, d'un pied vigoureux, rejette la barque loin du rivage. »
C'est de ce rocher qu'il tua, dit-on, Gessler à coups de flèches. C'est aussi sur ce rocher pittoresque, au bord du lac, que l'on a bâti , mais plus de deux cents ans après, une chapelle renommée, appelée la chapelle de Guillaume Tell.
Mais, dit Feller, l'anecdote de la pomme est bien suspecte. On l'avait déjà contée d'un soldat goth nommé Toko ou Tocho, comme on peut le voir dans Saxo Grammaticus; elle ressemble même à quelques légendes grecques d'Alcon, de Sarpédon, etc. M. Génin , dans ses Recherches sur les légendes et les contes populaires (1), ajoute :
« L'histoire de Guillaume Tell se trouve rapportée
(l) Publié dans la Revue du Nord , livraison d'octobre 1835.
pour la première fois dans la Chronique manuscrite de Melchior Russ, de Lucerne; il écrivait en 1480, près de deux siècles après l'événement; il avait sous les yeux la Chronique beaucoup plus ancienne d'Eglof Etterlin, qui ne parle ni de Guillaume Tell, ni des excès de Gessler. »)
Haller fils a publié une dissertation pour prouver la fausseté de l'histoire de" Guillaume Tell ; et en 1 760 parut une brochure qui revendiquait pour le Danemark toutes les circonstances de ce roman. « Ce qui occasionna , dit encore M. Génin , de vifs débats parmi les savants. Le conseil d'Uri prit le bon parti : il fit brûler publiquement la brochure impertinente qui réduisait la gloire de son canton à un conte populaire. »
Ce n'est pas du reste une maladresse de la part des Suisses d'avoir imaginé leur Guillaume Tell. Ils couvraient ainsi de lauriers, du moins à leur point de vue, l'origine peu brillante de leur révolution. Vous pouvez lire en effet, dans le Dictionnaire de la Suisse publié en 4 788 , que les habitants du canton de Schwitz, ayant sur un monastère de leur voisinage certaines prétentions que les ducs d'Autriche avaient condamnées par un jugement formel, pillèrent et saccagèrent ledit monastère et emmenèrent les bons religieux enchaînés ; que Frédéric d'Autriche indigné envoya son frère Léopold pour venger celte invasion sacrilège, et que c'est là ce qui donna lieu à la bataille de Morgarten, où les Suisses furent aidés par Louis de Bavière, qui voulait affaiblir la maison d'Autriche Jugez, appréciez, concluez.
LPHÉMÉRIDES DE NOVEMBRE
A chaque jour suffît sa peiné.
Vieux proverbe.
Le Ier novembre, mort de Jules Romain, I5i6t — Tremblement de terre de Lisbonne, 1755. — Mort de Lefranc de Pompignan, 1784.
Le 2, mort de Lafosse, 1708. — Mort de Menzicotr, 1729. — Mort de Collé, 1783. — L'Assemblée nationale met les biens de l'Église à la disposition de l'État, 1789.
C'était, dit-on, le tiers des richesses territoriales de la France. Au bout de deux ans, tout était dévoré. Deux, ans après, quarante milliards d'assignatsavaient consommé la ruine. — Mort de Bernis, 1794. — Mort du général Rapp, 1 821 .
Le 3, mort de Bussi-Rabutin , 1693. — Mort de • Lescure, 1793.
Le 5, conspiration des poudresen Angleterre, 1 605. « — Premier numéro de la Gazelle de France , 1631 .
Le 6, mort de Camérarius, 1592. — Mort de Duryer, 1658. — Mort de Jussieu, 1777. — Bataille de Jemmapes, 1792. — Exécution du duc d'Orléans Philippe-Égalité, 1793.
Le 7, traité des Pyrénées, 1659. — Mort de Berthollet, 1822.
Le 8, mort de Louis VIII, dit Cœur de lion, 1226. — Mort de Duns Scot, 1308. — Mort de Xirnénès, 1517. — Mort de l'abbé Poulie, 1781.
ÉPHÉMÉRiDES J)E iNOVEYUiHE. 239
Le 9 novembre (18 brumaire) 1799, renversement du directoire.
Le 10, mort de Rembrandt, 1674. — Même jour et même année, mort de Milton. — Fête de la Raison à Paris; et même jour, exécution de madame Roland,
Le 11, mort de Lamettrie, 1751.
Le 12, exécution de Bailly, 1793.
Le 13, établissement du consulat, 1799. — Synode de Dordrecht, 1618.
Le 1 4 , mort de Leibniz , 1 71 6.
Le 15, mort de Képler, 1630. — Mort de Gluck, 1787. — Bataille d'Arcole, 1796.
Le 16, mort de Charron, 1603; deMascaron, 1703; de Gilbert, 1780.
Le 17, mort de Marie Tudor, si calomniée, 1558.
— Mort de Jean Pic de la Mirandole, 1 494. — Mort de Lesage, 1747. — Bataille d'Arcole, 1796; le même jour de la même année , mort de Catherine IL
Le 18, on place à ce jour de Tannée 1 307 le trait contesté de Guillaume Tell, qui enleva d'une flèche une pomme placée sur la têle de son fils.
Le 1 9, mort du Poussin, 1 665. —Mort de l'homme au masque de fer, 1703. — Mort de Pluche , 1761 .
— Mort de Moncrif, 1770.
Le 20, mort du cardinal de Polignac, 1741 .
Le 21 , mort de Claude Gelée, dit le Lorrain, 1682.
— Mort de Vaucanson, 1782. — Décret qui établit le blocus continental , 1806.
Le 22, mort de Voisenon , 1775.
Le 23, mort de l'abbé Prévost, 1 763.
Le 24, mort du président Hénault, 1770.
Le 25, siège de Paris par les Normands, 885. — Mort d'Isabelle de Castille, dite la grande Isabelle, 1504. — Mort d'André Doria, 1560. — Mort de Bruevs, 1723.
Le 26 , mort de Quinault, 1 688. — Mort de Richelet, 1698. — Passage de la Bérézina, 1812.
Le 27, mort de Clovis le Grand , 51 1 . — Mort de Dunois, 1 468.
Le 29, mort de Philippe le Bel, 1314. — Mort de Charles IV, empereur d'Allemagne, 1378. — Exécution de Cartouche, 1721. — Mort de Marie -Thérèse, 1780.
Le 30, fondation de l'hôtel des Invalides, 1670. — Mort du maréchal de Saxe, 1750.
Je suis décembre le courtois , Car dans tout mon temps est chanté Jésus-Christ, le haut roi des rois, De la Vierge sainte enfanté.
Bergers y vinrent à planté , Sans crainte des pas périlleux.
Mais par plusieurs je suis compté Des douze mois le plus frileux.
Kalendrier des bergers, 1549.
Décembre était, comme l'indique son nom, le dixième mois de Tannée martiale. Il est le douzième et le dernier de la nôtre. Il prouve, comme mille autres locutions, que notre langue et nos esprits sont encore richement émaillés de vestiges païens.
C'était chez les Romains le mois des Saturnales; c'est chez nous un mois de bonnes fêtes de famille dans les maisons chrétiennes. Mais de plus c'est le saint temps de l'Avent, qui nous rappelle par ses quatre semaines les quarante siècles pendant lesquels le monde attendit son Rédempteur. Nous nous préparons, dans une joie réelle, mais contenue, à l'avénement du Messie. Le chant du Rorate nous peint nos misères, et nous rassure à travers nos soupirs, par
ces paroles augustes : Consolamini, consolamini
« Consolez-vous, consolez- vous , mon peuple : celui » qui vous apporte le salut viendra bientôt. Pour- » quoi vous laissez -vous dévorer par la tristesse? » Pourquoi vous affaissez -vous dans la douleur? Je » vous sauverai; ne craignez donc plus. Ne suis -je » pas le Seigneur votre Dieu, le saint d'Israël, votre » Rédempteur (1)? »
Saint Éloi, qui est honoré le 16r décembre, est le patron des orfèvres, des forgerons et, en plusieurs contrées, des laboureurs. Saint François Xavier, le 3, est le patron de l'œuvre immense de la Propagation de la foi. Sainte Barbe, le 4, partage avec sainte Anne le patronage des femmes. Elle est aussi la patronne des artilleurs. Saint Nicolas, le 6, est le patron fêté partout de la jeunesse, des marins et des bateliers.
Puis, le 8, arrive la grande et chère fête de la
(1) Consolamini, consolamini, popule meus : cito veniet salas tua. • Quare mœrore consumeris? quare innovavit te dolor? Salvabote; noli timere. Ego enim sum Dominus Deus tuus , sanctus Israël , Redemptor tuus.
Conception Immaculée, dont le dogme, proclamé enfin, attire sur le monde catholique des bénédictions signalées. Le 13, sainte Lucie, Tune des quatre grandes vierges delà sainte liturgie. Le 1 4 décembre, on fête saint Nicaise. On dit dans le Nord qu'il chasse les souris de la maison qui a inscrit ce jour- là son nom sur la porte d'entrée. Le 21 , saint Thomas ; le 25, Noël; le 26, saint Etienne, le premier martyr; le 27, saint Jean le bien-aimé; le 28, les saints Innocents; le 31, saint Sylvestre.
Beaucoup de dictons, d'expressions proverbiales et de pronostics se rattachent aussi aux fêtes diverses de décembre.
On dit d'un homme qui manque de charité : Il est froid comme le marteau de saint Éloi.
L'hiver, serait^il outre mer, Vient à saint Nicolas parler.
Saint Nicolas , en haute mer prié , Au port, hélas! est souvent oublié.
Le jour, à la Sainte-Luce , Décroît du saut d'une puce.
A la fête Saint-Thomas ,
Les jours , tombés au plus bas ,
Vont , demain , grandir d'un pas.
Or voici la Saint-Thomas; Cuis ton pain, lave tes draps; Dans trois jours Noël tu auras.
Le jour de Saint-Thomas est le plus court de l'année et sa nuit la plus longue. On dit que s'il gèle ce jourlà, le prix des blés baissera l'année suivante, et qu'il B'élèvera , s'il pleut.
Les jeunes filles qui prient saint Thomas de leur
obtenir un mari peuvent le voir en songe ; et quelquefois ce sera le premier homme qu'elles rencontreront le matin suivant.
Chez les anciens , le 7 et le 1 0 de décembre passaient pour des jours critiques et contraires à la saignée.
Nos pères disaient qu'il y a quatre fêtes à Noël , parce que Notre-Seigneur a eu quatre demeures sur la terre : le sein de la Vierge immaculée, la crèche, la croix et le tombeau.
Ils disaient aussi que, s'il vente dans là nuit de Noël, c'est pour les grands un présage de mort.
Noël au balcon , Pâque au tison. Noël au tison, Pâque au balcon.
Nos pères disaient encore que , s'il vente pendant la nuit qui amène la féte de saint Etienne, il y aura abondance de vin.
Quelques mauvais écrivains du seizième siècle parlent des miches de saint Êtienne. lis entendent par là les cailloux qui ont servi d'instruments à la mort du premier martyr.
S'il vente dans la nuit de Saint-Jean l'évangéliste, une tête couronnée cessera de vivre avant le retour de cette fêle.
Quelque pays est menacé de famine s'il vente dans la nuit des saints Innocents.
Si le vent souffle la nuit du 29, fête de saint Thomas de Cantorbéry, pronostic de mort pour plus d'un savant.
S'il vente la nuit du 30, il y aura abondance de vin et d'huile.
Le vent, s'il souffle la nuit de Saint-Sylvestre , ne fera ni bien ni mal.
Nous rapportons ces pronostics, qui ont eu longtemps leur autorité. Si on se rappelle ceux qui occupent une petite place dans le mois de janvier, on remarquera que nos anciens voyaient, dans les douze jours qui unissent Noël à l'Epiphanie, la température des douze mois de l'année.
Ne craignez rien, pasteurs, un enfant vient de naître;
Concevez l'espoir le plus doux.
C'est le Fils du Très-Haut, c'est Dieu, c'est votre" maître Qui veut vivre , habiter et mourir parmi vous.
Lefrakc de Pompignan.
« Noël! dit M. J. Carnandet, voilà, sans contredit, la plus sympathique comme la plus auguste des fêtes chrétiennes; c'est un de ces jours qui, à la solennité des mystères les plus saints , unissent le charme touchant et l'ineffable douceur attachés aux fêtes de la famille que la religion a consacrées. Noël , c'est la fête du souvenir pour les vieillards , c'est la fête de l'espérance pour les jeunes enfants.
» C'est au moment où la terre est dépouillée de sa parure, mais où les familles sont assemblées autour du foyer domestique, que la naissance de Jésus vient réjouir le cœur chrétien. Nuit de salut, que les prophètes avaient depuis longtemps promise ! Nuit céleste, où l'étoile messagère amena les rois au berceau d'un enfant qui devait régénérer la société tout entière! Pour la célébrer, le village allume des bran-
dons, les jeunes filles chantent des hymnes joyeuses, et les petits enfants, étonnés de veiller encore au milieu de son obscurité , en gardent précieusement le doux souvenir.
» Cette fêle, la plus belle de la religion catholique, devait être nécessairement la plus belle des fêtes de la famille chrétienne; aussi, dans tous les âges, à toutes les époques et chez tous les peuples, on retrouve les fêtes de Noël, avec un caractère différent, mais toujours naïves et innocentes.
» Si nous consultons nos souvenirs historiques et nous reportons au moyen âge , nous voyons que , la veille de ce grand jour, dès le grand matin , le seigneur du village et ses vassaux , après s'être parés de leurs riches vêtements, précédés des hautbois de l'Avent (1 ) , se rendaient en grand cortège au parc des couipes forestières (2). Là, le prévôt et le sénéchal , après avoir fait le signe de la croix et répété trois fois, à haute et intelligible voix : Pax sit inter vos , faisaient sortir et rendaient à leurs maîtres les bœufs et les ânons; car ces animaux étaient, pendant ces jours de fête, en grande vénération , à cause du bœuf et de l'âne qui se trouvaient près de la crèche à Bethléem.
» A la nuit tombante, commençaient d'autres réjouissances. Dès que la dernière heure du jour s'était
(1) On appelait ainsi les musiciens qui jouaient du hautbois, de maison en maison , depuis neuf heures du soir jusqu'à minuit , durant les quatre dimanches qui préparent les fêtes de Noël.
(2) Le parc des couipes forestières ou délits forestiers était une enceinte voisine du château , où l'on renfermait les bêtes prises en dommage dans rétendue du domaine seigneurial.
*m LÉGENDES DE NOËL.
fondue dans l'ombre de la nuit, tous les habitants du pays avaient grand soin d'éteindre leurs foyers; puis ils allaient en foule allumer des brandons à la lampe qui brûlait dans l'église en l'honneur de Marie, mère de Jésus. Un prêtre bénissait les brandons , que l'on allait promener dans les champs (4). Ces brandons portaient le seul feu qui régnât dans le village ; c'était le feu bénit et régénéré qui devait jeter de jeunes étincelles sur l'àtre ranimé.
» Cependant, le père de famille, accompagné de ses enfants et de ses serviteurs, allait à l'endroit du logis où, l'année précédente, ils avaient mis en réserve les restes de la bûche de Noël. Ils apportaient solennellement ces tisons; l'aïeul les déposait dans le foyer, et tout le monde se mettait à genoux, récitait le Pater, tandis que deux forts valets de ferme apportaient la bûche nouvelle (2). La bûche nouvelle était toujours la plus grosse que l'on eût pu trouver; c'était la plus forte partie du tronc de l'arbre , ou même la souche; on appelait cela la coque de Noël; on y mettait le feu , et les petits enfants allaient prier dans un coin de la chambre, la face tournée contre le mur, afin, leur disait-on, que la souche leur fît des présents; et, tandis qu'ils priaient l'Enfant Jésus de leur accorder la sagesse, on mettait au bout de la bûche des paquets de fruits confits, des noix et des bonbons.
(1) C'est ce qu'on appelait la fête des Flambards.
(2) On disait la bûche première , la boche seconde , la vingtième , ce îul signifiait que le père de famille avait déjà présidé une fois, deux fois, vingt fois semblable solennité.
A onze heures, tous les jeux, tous les plaisirs cessaient. Dès les premiers tintements de la cloche, on se mettait en devoir d'aller à la messe; on s'y rendait en longues files, avec des torches à la main.
Avant et après la messe , tous les assistants chantaient des noëls , et on revenait au logis se chauffer à la bûche et faire le réveillon, dans un joyeux souper. Outre les lumières accoutumées, deux cierges animaient l'ordonnance du repas.
a Noël! Noël! ç'a été longtemps le cri de joie dos Français. Non-seulement il était en usage à la fin de l'Avent, mais encore, dans la plupart des circonstances, il correspondait à notre exclamation de Vive le roi! On criait Noël surtout aux couronnements, aux entrées des souverains , et à toutes les grandes fêtes.
» Dans quelques provinces, dans celles de Test notamment , on a conservé quelques-unes des traditions dont nous venons de dire un mot ; on bénit , avec la branche de buis obligée , la bûche de Noël , dont on conserve pieusement le reste , pour préserver les habitations du feu du ciel; la famille se rassemble au logis de l'aïeul; les enfants apportent leurs sabots pour recevoir les présents mystérieux , et, à l'heure de minuit, on se rend, des fermes môme les plus éloignées, à l'église du village, pour assister à cette première messe qui a pour objet d'honorer plus particulièrement la naissance du Sauveur. Si jamais il vous est arrivé , ce jour, de voir accourir des hameaux voisins ces bandes de paysans, éclairés par des torches et faisant retentir l'air de
leurs cris joyeux, ne vous a-t-il pas semblé , comme à nous , vous reportant aux traditions religieuses dont la mère berce son enfant en l'endormant , que c'étaient là les bergers de Chaldée qui avaient quitté leurs troupeaux pour aller saluer, dans rétable, celui qui à sa naissance s'appelait déjà le roi des Juifs?... »
On mange la nuit de Noël, dans le Brabant et le Limbourg, le gruau bénit. Ailleurs, les glands doux sont remplacés par des châtaignes. Le docteur Coremans a fait sur ces deux objets d'intéressantes remarques : « Ce gruau bénit ou gruau doux, qu'on vendait jadis dans plusieurs de nos couvents de religieuses, s'obtient ainsi : on prend de belles fleurs de roses au moment où elles s'épanouissent; on les pile avec soin, puis on joint à cette masse gluante de la fine farine de froment. Après avoir bien pétri cette composition, on la sèche sur un papier ou sur une planche, et on la râpe. Le goût de ce gruau sucré cuit dans la soupe est très-agréable. On le varie en prenant, à la place des roses, du céleri, du persil et des fleurs d'oranger. Depuis quelques années , on vend très-cher à Paris ce gruau de nos grand'mères , et on l'appelle le racahout des Arabes. »
A propos des glands doux que mangeaient nos pères dans la nuit de Noël , les écrivains du seizième et du dix-septième siècle ont calomnié nos ancêtres en disant qu'ils trouvaient le gland un manger agréable. Il est certain que les Gaules étaient plantées autrefois de chênes au fruit doux, comme il y en a dans le Midi, et ailleurs, nommément en Franconie et dans les environs de Nuremberg. Mais ces
arbres étant, comme bois de construction , bien inférieurs au chêne germanique, dont les fruits sont amers, on les a remplacés presque partout par cette dernière espèce; ce qui est cause que, les glands doux ne se trouvant plus , on leur a substitué les châtaignes.
Dans les langues germaniques, la fête de Noël s'appelle la mi-hiver (midvointer) , ou la nuit mère (moeder nacht). Beaucoup d'usages singuliers ont lieu la nuit et le jour de Noël.
A la veillée de Noël , les jeunes gens qui se disposent à se marier jettent deux noix dans le feu. Si elles brûlent paisiblement, leur mariage sera heureux; si elles éclatent avec bruit, leur mariage sera agité.
Dans la même veillée , on jette une poignée de sel sur la table. Si le sel fond, selon quelques-uns , Tannée sera humide; selon d'autres, celui qui Ta jeté mourra dans Tannée.
Dans la même veillée, une jeune fille s'en va au puits avec une chandelle allumée; elle regarde au fond et voit dans Teau son futur mari.
L'eau puisée pendant que Thorloge sonne minuit est bénie et guérit les fièvres.
La lumière qui s'éteint au réveillon de Noël indique que l'un des convives ne sera plus Tan prochain à la même fête.
On met dans le foyer, la veille de Noël, comme on Ta déjà dit, une grosse bûche qu'on appelle la souche de Noël. On y voit un présage heureux, si elle brûle lentement jusqu'au premier janvier. Ce qui
reste de cette souche se met en quelque lieu sous le lit, qu'elle préserve du tonnerre. Les charbons de cette bûche ont, comme ceux du feu de la Saint- Jean , la vertu de raffermir les poitrines faibles, si on les boit pulvérisés dans un verre d'eau. En poudre sèche, ces charbons guérissent les maux, de dents. Dans la Frise , on conserve soigneusement un tronçon de cette bûche pour allumer celle de l'année suivante.
On croit que ce qui est semé la veille de Noël ne peut se gâter, fût -il semé sur la neige ; que si la nuit de Noël est claire, la grange sera obscure, car les grains la rempliront. On attend le contraire, si la nuit de Noël est sombre. On dit qu'un rouet promené dans le verger pendant cette nuit rend les arbres stériles, attendu qu'on ne doit pas filer la veille de Noël. On dît encore que nommer le loup la nuit de Noël , c'est s'exposer à le voir paraître au milieu de son troupeau.
On donnait aux enfants nés la nuit de Noël le nom d'Adam aux garçons et le nom d'Ève aux filles; on croyait que nos premiers pères avaient été créés la même nuit. On espérait que les noms d'Adam et d'Ève, donnés ce jour-là, porteraient bonheur, et que les enfants nés dans cette nuit se distingueraient par une plus grande intelligence.
Nous ferions un curieux volume à rappeler les variétés de fêtes qui partout animent le jour de Noël. Presque partout on allume pour les enfants les nombreuses petites bougies attachées à l'arbre de Noël , chargé de jouets et de bonbons. En Angleterre,
Noël cumule avec cette fête les joies qui animent Paris le premier jour de Tan. Mais la messe de minuit n'offre ses pompes naïves que dans les régions catholiques.
L'honnête et savant Ghislain de Busbeck décrit dans une de ses lettres, écrite en 1 555, comment on célébrait la messe de minuit dans plusieurs bonnes cités des Pays-Bas.
« Je viens d'assister à Thourout, dit-il, à la messe de minuit, qui se fait de telle manière qu'elle attire grand concours de curieux. Il y avait au milieu de l'église une jeune fille à genoux; elle représentait la Vierge; un enfant de chœur, vêtu de blanc, avec des ailes d'azur aux épaules, s'approcha d'elle au commencement de la messe et lui récita Y Ave Maria, la jeune fille répondit fiât. Après l'évangile, un autre enfant , enfermé dans un grand coq de carton fort bien peint , chanta en imitant la voix du coq : Puer natus est nobis (un enfant nous est né); un chantre, caché sous une peau de bœuf, se mit à mugir : Ubi? qui veut dire : Où? Quatre brebis, répondant à la demande du bœuf, bêlèrent : Bethléem. Sur quoi un autre chantre , à quatre pattes et figurant parfaitement un âne, brailla : Hihanus, qu'on pouvait entendre eamus (allons-y); et tous les officiants, tout le peuple en procession, précédés d'un fou d'office avec ses grelots et sa marotte , firent le tour de l'église pour adorer un enfant dans une crèche.
» Vous trouverez peut-être ces cérémonies triviales; mais je ne suis pas de cet avis-là. Des cérémonies qui parlent aux yeux gravent bien plus les
faits dans la mémoire que des récits froids. D'ailleurs j'ai remarqué dans mes voyages que partout le peuple est généralement sérieux, et que pour les choses de l'âme il prend au positif des choses qui ne paraissent que plaisantes aux esprits trop cultivés. »
Dans la plupart des églises de campagne, il y a une crèche dans l'église à la messe de minuit; et en beaucoup de lieux des enfants, habillés en bergers, viennent avec des agneaux enrubannés adorer l'Enfant Jésus. Partout la lumière se prodigue. « Quelques auteurs chrétiens, dit M. Chambelland, ont écrit que la veille de Noël le feu a plus d'éclat que de coutume ; et je dirai qu'en effet la flamme m'a paru plus vive alors et plus brillante. Est-ce un rêve de l'imagination ? est-ce une loi physique ? est-ce une intervention céleste? » Et l'auteur de cette remarque ne se prononce pas.
Dans les contrées où la foi est vive , on voit des familles, pour honorer l'Enfant Jésus naissant, inviter à leur table un vieillard pauvre , une pauvre femme et un pauvre enfant, ce qui leur représente la sainte famille. Mais il y a, sans compter l'œuvre de la Sainte-Enfance établie par Monseigneur de Forbin, beaucoup de petites œuvres inspirées par les saintes influences de Noël. Le Courrier de l'Escaut publiait, il y a quelques années, sous la signature de H. V. L., une notice qui nous peint une de ces œuvres. Nous la reproduisons ici :