‹ Légendes du calendrierChapitre 45 sur 95 · LÉGENDES DE NOËL. 253 LE PETIT PAUVRE DE NOËL · texte numérisé non relu

LÉGENDES DE NOËL. 253 LE PETIT PAUVRE DE NOËL

« En 1845 , la veille de Noël, une femme se présentait à la porte d'une maison de très- modeste apparence de la paroisse Saint-Piat, à Tournay , pour implorer la charité des personnes qui l'habitent en faveur d'un enfant né ce jour-là, et dont la mère se trouvait dans la plus grande misère. Sans doute une inspiration du ciel avait guidé la solliciteuse , car si elle venait présenter sa demande à une jeune fille, ouvrière, et par conséquent dépourvue des biens de la fortune, elle la savait, en retour, douée d'un cœur généreux et charitable.

» En effet, dès le lendemain, la jeune ouvrière revêtait l'enfant qu'on lui avait recommandé de quelques vêtements confectionnés à la hâte , et certes ce n'était pas sans éprouver de douces émotions ! Ne lui était-il pas bien permis de considérer dans cet enfant Celui qui veut que nous le voyions dans ses pauvres? Sous l'influence du bonheur qu'elle avait ressenti en accomplissant cette œuvre de miséricorde, la jeune fille raconta à ses compagnes, ouvrières comme elle, ce qui s'était passé, leur soumettant le projet qu'elle avait formé d'habiller chaque année un enfant le jour de Noël pour honorer Jésus enfant. Toutes se hâtèrent d'applaudir à cette idée généreuse et toutes voulurent se cotiser pour participer activement à la bonne œuvre. Comme leurs ressources étaient fort restreintes, la mise hebdomadaire fut fixée à un centime, qu'on recueiHit soigneusement pour le petit pauvre.

» Le projet eut son exécution, et, en 1846, un enfant recevait un petit trousseau. L'année suivante, ce furent trois enfants, puis six, puis huit, enfin dix-sept enfants qui participèrent aux bienfaits de l'œuvre naissante : le nombre des associées s'était accru.

» L'associalion progressait dans le calme et l'humilité. M. le curé de la paroisse, ayant un jour eu connaissance des fruits qu'elle produisait, y vit une nouvelle occasion d'exercer son zèle et son amour pour les pauvres. Il la favorisa de sa protection et s'y associa généreusement. Depuis lors, accompagné de ses vicaires, il assiste chaque année à la distribution des petits trousseaux.

» Avec le secours de quelques personnes aisées, l'œuvre se développa. Ce ne sont plus quelques enfants, mais cent enfants et plus qui reçoivent, le jour de Noël, les garçons : chemises, pantalons, blouses, cravates, casquettes, bas et sabots; les filles : chemises, robes, tabliers, bonnets, bas et sabots; de plus, afin que la fête soit complète , on leur donne à chacun un gâteau de circonstance, qu'àTournay l'on nomme coquille du petit Jésus.

» Il est à remarquer que tous les objets d'habillement sont confectionnés par les jeunes filles, qui consacrent à ce travail leurs moments de récréation. Jamais, et pour aucune raison, elles ne travaillent le dimanche; mais, le luridi, vers le soir, les jours de carnaval, de kermesse, de la Sainte-Catherine, du nouvel an , les lendemains de grandes fêtes , elles se réunissent et travaillent gaiement pour le petit pauvre

(c'est ainsi qu'elles continuent à appeler leur œuvre). Contrairement à tant d'autres jeunes filles de leur âge qui passent le temps en plaisirs, hélas! souvent bien funestes et où elles ne trouvent que les remords, celles-ci se retirent le soir, le cœur content et largement récompensées des sacrifices qu'elles ont pu faire, parce qu'elles ont entendu au fond de leur âme une voix qui leur a dit : « Ce que vous faites au moindre des miens, c'est à moi que vous le faites. »

» Un ouvrier menuisier nouvellement établi avait promis, s'il y réussissait, d'offrir un joli berceau à l'association du petit pauvre. Le bon Dieu a béni les efforts de ce brave ouvrier, qui a tenu parole, et l'année dernière nos bonnes filles eurent la joie, le jour de la distribution, de coucher dans un joli berceau bien garni un enfant de quelques semaines , qui recevait la plus large part de leurs bienfaits.

» La fête de Noël, qui est si grande et si touchante pour tous les fidèles , l'est davantage encore pour les jeunes filles de l'Œuvre : c'est leur jour le plus impatiemment attendu. Elles font les honneurs de la séance et reçoivent elles-mêmes leurs nombreux invités , ce qui conserve à cette Œuvre le cachet de simplicité qui caractérise son origine. On y fait la quête pour pouvoir se remettre au travail dès le lendemain; on chante un cantique de piété, et l'on se retire après avoir reçu les encouragements et la bénédiction du pasteur.

» Nous avons pensé que ce récit pourrait intéresser et porter au bien. Quelle est la paroisse où Ton

ne trouverait pas moyen d'en faire autant? Nous l'avons vu, la charité et la piété sont capables de grandes choses : « La semence a produit au centuple ; le talent confié au bon serviteur n'a pas été enfoui. »

» Heureuses ces jeunes filles qui ont trouvé , dans leur position si humble , le secret d'exercer la charité et de s'entr'aider mutuellement dans la pratique des plus précieuses vertus ! »

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