LES DIMANCHES QUI SUIVENT L'ÊPIPHANIE
et r hymne de l'Êpiphanie célèbre ces trois faits. Mais l'Église romaine ne fête le 6 janvier que la fête des Rois mages; on célèbre le baptême le jour de l'octave , ej depuis que le second dimanche est devenu la fête du Saint Nom de Jésus, l'évangile du miracle de Cana se dit à la fin de la messe.
Le troisième dimanche après l'Êpiphanie s'appelle le dimanche du centurion, à cause de l'évangile où cet officier vient prier Notre-Seigneur de guérir son serviteur malade. Jésus lui dit : « J'irai, et je le guérirai. » Le centurion répond ces paroles célèbres : « Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez chez moi; mais dites seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. »
Quelques-uns nomment ce dimanche l'évangile de la foi, à cause de la foi du centenier, si grande qu'elle mérita l'admiration de Notre-Seigneur.
Le quatrième dimanche après l'Êpiphanie avait pour évangile , avant le treizième siècle, la parabole ou histoire du bon Samaritain, en saint Luc, chap. x. Il a maintenant l'évangile de la tempête apaisée, au chap. \m de saint Matthieu.
Le cinquième dimanche , appelé le dimanche du semeur, a pour évangile la parabole de la bonne semence jetée en un champ où l'ennemi vient aussi semer l'ivraie. (Saint Matthieu, ch. xm.)
Le sixième dimanche après l'Êpiphanie a l'évangile de la parabole du grain de sénevé.
Le samedi qui précède la septuagésime, on redouble les Alléluia, pour leur dire adieu jusqu'au samedi saint.
II y a six dimanches après TÉpiphanie quand Pâques est en retard, comme en 1859, où il n'arrivait que le 24 avril. En 1856, où Pâques arrivait le 23 mars, il n'y a eu, comme en 1 861 n que deux dimanches après l'Épiphanie.
Venite adoremus et procidamus ante Deum ; ploremns coram Domino, qui fecit dos....
Psaume XCIV.
La Septuagésime, préparation au carême, doit son nom à ce fait qu'elle précède de soixante-dix jours . le dimanche de Quasimodo, lequel clôt les fêtes de Pâques. Dès ce jour, on entre dans les voies de la pénitence; il est pour les Grecs et pour d'autres peuples le commencement de l'année ecclésiastique.
Quelques-uns croient que les soixante-dix jours que nous annonce la Septuagésime doivent nous rappeler les mystérieuses semaines de Daniel. Cependant les offices de l'Église nous reportent à la création et à la chute de l'homme. Les leçons des matines de la Septuagésime sont les chapitres de la Genèse qui retracent si austèrement cette lamentable histoire. Et ces leçons des premiers jours se poursuivent chaque matin jusqu'au mardi, veille des Cendres.
L'introït de la Septuagésime, Circumdederunt me gemitus mortis, annonce que les offices vont n'être
plus qu'une série de supplications humbles, accompagnées d'une tendre confiance, car en maudissant le serpent, odieux instigateur du péché originel, Dieu a promis un rédempteur, et les fidèles savent qu'il est venu.
Les jansénistes, qui ont toujours cherché toute occasion d'amoindrir la bonté de Dieu, ont profité de l'épître et de l'évangile de ce jour pour appuyer leur triste prétention au petit nombre des élus. L'épître (saint Paul aux Corinthiens, Ire, chap. x), dit : « Nos pères ont tous été sous la nuée; ils ont tous passé la mer Rouge; ils ont tous été baptisés sous la conduite de Moïse, dans la nuée et dans la mer; ils ont tous bu le même breuvage mystérieux; car ils buvaient de l'eau de la pierre mystérieuse qui les suivait, et cette pierre était Jésus-Christ. Cependant Dieu ne fut pas satisfait de plusieurs d'entre eux : Sed non inpluribus eorum beneplacitum est Deo, ou selon la traduction de saint Jérôme : Sed plerosque eorum non approbavit Deus; Dieu ne fut pas satisfait de la plupart d'entre eux. Baillet traduit ainsi : « Cependant il y en eut fort peu d'un si grand nombre qui fussent agréables à Dieu ; et ils périrent presque tous dans le désert, « sans que, de toute cette mul- » titude d'Israélites qui était sortie de la captivité » de l'Égypte, il y en ait eu plus de deux (1) qui » soient arrivés à la terre qui leur avait été pro- » mise. »
Ce que nous avons guillemeté est ajouté par Baillet
(1) Josoé et Caleb.
au texte de saint Paul; et le lecteur n'en est pas prévenu.
Mais l'évangile de ce jour combat la tentative que s'est permise le jansénisme à l'aide d'un texte altéré et surchargé. C'est la parabole rassurante des vignerons qui viennent travailler à la vigne et dont ceux qui arrivent à la dernière heure ont le môme salaire que les premiers, parce que, sans doute, ils ont dignement employé le temps. Dans l'Église grecque , l'évangile de ce jour ést celui de l'enfant prodigue , où Ton peut adorer l'excès de miséricorde qui accueille le repentir.
La Septuagésime varie d'époque, comme les fêtes mobiles dont elle est le point de départ. Elle est le neuvième dimanche avant Pâques. Les extrêmes limites de ce jour sont assez remarquables. Elle ne peut tomber ni avant le 18 janvier, qui est la féte de la Chaire de saint Pierre à Rome, ni après le 22 février, qui est la Chaire de saint Pierre à Àntioche. Elle a été le 18 janvier 1818, et cette année-là Pâques se fêtait le 22 mars. Elle ne peut reculer au 22 février que l'année bissextile, où Pâques tombe le 25 avril.
Le mardi de la Septuagésime a un office particulier : c'est l'office de la prière de Notre-Seigneur au Jardin des Olives. Nous marchons dans les expiations.
Le dimanche de la Sexagésime, qui suit, n'a pas d'autre signification que celle d'être le sixième avant le temps de la passion. L'évangile de ce dimanche est celui de la sainte semence , où Notre-
Seigneur explique lui-même que cette semence est la parole de Dieu, et que la bonne terre où elle est reçue désigne ceux qui , ayant écouté la parole avec un cœur bien disposé, la retiennent et en produisent les fruits.
Le mardi de la Sexagésime, l'Église célèbre dans un office spécial la passion de Notre-Seigneur Jésus- Christ.
Le dimanche de la Quinquagésime est le cinquantième jour avant Pâques. Sa semaine n'était autre* fois que la dernière semaine avant le carême proprement dit. Mais comme le temps de carême doit nous rappeler activement le jeûne de Notre-Seigneur dans le désert; que ce jeûne a été de quarante jours > et que les prescriptions qui interdisent le jeûne aux jours de dimanche ne laissaient du premier dimanche de carême au dimanche de Pâques que trente-six jours de pénitence, on décida d'en prendre quatre à la semaine de la Quinquagésime; usage qu'on ne trouve bien établi que vers le huitième siècle.
Cependant les fêtes du carnaval, qui commencent après» TÉpiphanie et s'abaissent en tant de lieux dans le désordre et le scandale , firent établir au seizième siècle les prières de quarante heures qui se disent le dimanche, le lundi et le mardi de la Quinquagésime, pendant que le demi-monde catholique fête le dimanche, le lundi et le mardi gras.
Le dimanche de la Quinquagésime a pour épltre le magniBque éloge de la charité indulgente, par saint Paul (1), pour évangile le passage du chap. vm
(1) /« aux Corinthiens, ch. xm.
de saint Luc , où Notre-Seigneur s'en va à Jérusalem avec ses douze disciples, en leur annonçant les circonstances de sa passion; et en chemin il rend la vue à un aveugle nommé par les légendes Bartimée. On commençait autrefois le jeune du carême le lundi de la Quinquagésime, que nous appelons le lundi gras; et ce jour-là on disait à la messe, dans plusieurs églises, l'évangile tiré du chapitre ix de saint Luc, où on lit que Jésus, sachant que le temps où il devait être enlevé du monde approchait, se mit en chemin pour Jérusalem. « Et il envoya devant lui quelques-uns de ses disciples , qui entrèrent dans un bourg des Samaritains pour lui préparer un logis. Mais là on ne voulut pas le recevoir, parce que la direction qu'il prenait faisait voir qu'il allait à Jérusalem. » (On sait que les Samaritains étaient ennemis des Juifs.) « Ce que Jacques et Jean , ses disciples, ayant vu, ils lui dirent : Seigneur, voulezvous que nous commandions , comme fit Élie , que le feu du ciel descende et consume ces gens-là ? Mais Jésus les reprit : Vous ne savez pas, leur dit-il, à quel esprit vous êtes appelés. Le Fils a> l'homme n'est pas venu pour perdre les hommes, mais pour les sauver. Et ils s'en allèrent dans une autre bourgade. » C'est encore ici l'indulgence et la miséricorde.
Le mardi de la Quinquagésime, fête du carnaval dans le demi-monde chrétien, est pour les fidèles le dernier jour des quarante heures. En beaucoup de lieux, et notamment à Rome et à Paris, on a fait longtemps , et sans doute on fait encore en quelques centres, ce jour-là, la fête de la sainte Face de Notre-
Seigneur, appelée aussi la fête de la Véronique (1), pour opposer aux mascarades ignobles qui se produisent en ces jours de démence, ce qui relève de la manière la plus auguste et la plus vénérable la dignité de la figure humaine.
Le lendemain du mardi gras est le mercredi des Cendres, véritable entrée du carême.
t Faites pénitence , car le règne de Dieu est
proche. S. Matthieu, ch. m.
Nous avons exposé dans le Calendrier mensuel, à la suite de mars, ce qui regarde le carême et son entrée , le jour appelé « le mercredi des Cendres » .
Nous n'avons à nous occuper ici que des fériés et des dimanches qui suivent ce jour.
Le vendredi après les Cendres, l'Église romaine célèbre la sainte Couronne d'épines de Notre -Seigneur. Le rite parisien, qui s'est maintenu jusqu'à aujourd'hui à travers le retour général à l'unité, fait, ce même jour, l'office des cinq plaies.
Le jeûne* du carême , qui a commencé le mercredi des Cendres, se poursuit jusqu'au samedi saint; ce qui complète les quarante jours de jeûne et d'abstinence , les dimanches n'étant pas soumis à cette règle.
Mais, dans la plupart des pays chrétiens, outre la pleine liberté du dimanche, l'Église permet de faire un repas gras les lundis, mardis et jeudis. Comme le jeûné ne peut être supprimé que par dispenses périt) Vera icon, et par transposition veronica, vraie image.
sonnelles, on ne peut aussi faire ces jours-là, pour seconde réfection , qu'une collation modeste.
En général, boire entre les repas pour besoin absolu ne rompt pas le jeûne.
Nous ne pouvons trouver rigoureux ces jours d'expiation, si nous nous rappelons que nos pères faisaient le carême sans adoucissements, et qu'il y a encore des lieux où l'on fait dans l'année les quatre carêmes des anciens temps , à savoir, outre celui où nous sommes entrés, le carême de la Pentecôte, le carême de l'Assomption (1) et le carême de Noël, qui commençait le lendemain de la Saint-Martin. Il ne nous reste du souvenir de ces carêmes que les Quatre- Temps.
Dans l'histoire des solitaires d'Orient, on en trouve plusieurs qui ont passé des semaines sans rien prendre. Saint Grégoire de Nazianze en cite quelquesuns qui ont jeûné vingt jours de suite. Sainte Marane et sainte Cyre, que l'on fête le 5 août, ont passé trois carêmes entiers sans prendre aucun aliment pendant les quarante jours. Saint Siméon le Stylite a passé ainsi vingt-huit carêmes. Mais ces prodigieux exemples nous ont été donnés dans l'Orient. On ne voit pas qu'il ait été possible de les suivre dans nos climats, excepté quelques faits miraculeux, comme le jeûne persistant de saint Nicolas de Flue (2).
L'Église, qui est une tendre mère, dispense du
jeûne les enfants jusqu'à l'âge de vingt et un ans et
(1) Du J« août au 14 ; il était de quatorze jours.
(2) Voyez l'histoire de ce jeûne dans les Légendes des commandements de l'Église.
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les vieillards affaiblis que le jeûne incommode , en reconnaissant qu'il y a mérite à jeûner plus tôt et plus tard, si la santé n'en est pas altérée. Elle adoucit aussi cette loi en faveur des personnes qui s'occupent de travaux pénibles et de celles dont l'estomac en souffriraitgravement. Mais cesdispenses ne se donnent pas sans compensation , et la meilleure compensation est l'aumône ; car la pénitence expie les péchés, et l'aumône est un sacrifice d'un autre genre, qui expie aussi.
Le carême impose encore au chrétien d'autres retranchements que l'abstinence et le jeûne. Tout ce qui satisfait les sens, tout ce qui est plaisir sensuel , les noces, les festins, les spectacles, les aisances molles et ce que nous nous habituons à appeler le confortable, ne vont guère à des jours d'expiation, non plus que les jeux, la chasse et les autres divertissements qui entraînent l'esprit et le dissipent. Les procès étaient interdits autrefois dans le saint temps du carême.
Le dimanche de la Quadragésime ou premier dimanche du carême, appelé aussi dimanche Invocavit, de son introït , a pour évangile l'histoire de la triple tentation dans le désert, où Satan emploie ce qui résume les philosophies humaines : la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et l'orgueil de la vie (1).
L'Église a célébré dans la Septuagésime les saints du premier âge du monde, depuis Adam et Eve jusqu'au déluge. La Sexagésime rappelle les saints du
(I) Saint Jean, épîtrel«,ch. h, f 16. Voyez l'exposé de la triple tradition dans les Légendes du Nouveau Testament.
second âge, depuis Noé jusqu'à Abraham ; la Quinquagésime fête successivement les saints des divers âges dans les offices du carême.
Ce premier dimanche de la sainte quarantaine est déshonoré chez nous par une sorte de réveil ardent du carnaval, et des scandales l'attristent. On l'appelle le dimanche des Brandons. Les populations interprètent ce nom aujourd'hui comme Rappliquant aux feux de joie qu!ils allument le soir, et où elles brûlent un homme de paille qu'ils appellent carnaval; tandis que ce nom signifie tout autre chose. Le dimanche des Brandons a eu ce nom parce qu'avant la Renaissance, qui a fait tant de plaies, ceux des jeunes gens qui avaient poussé trop loin les joies désordonnées des jours gras venaient ce jour-là à la porte de l'église portant des flambeaux ou des torches allumées qu'on appelait les brandons, faisant ainsi une espèce d'amende honorable et demandant à se purifier par une pénitence qui leur était imposée. Ils devaient s'acquitter de cette pénitence pour être réconciliés à l'absoute du jeudi saint. Quoique de bonne heure cette cérémonie ait été remplacée par les ^cendres qui se distribuent le mercredi de carême prenant ou entrant, on a conservé au premier dimanche le nom de dimanche des Brandons; mais maintenant on offense ce jour-là au lieu de réparer (4).
(1) A Grammont, par un ancien usage et, dit-on , à propos d'un souvenir historique alsez confus, on jette au peuple des masses de harengs , des mastelles et des dragées. Cette fête du dimanche des Brandons s'appelle le Tonneken brandt, parce qu'elle se termine le soir par un feu de joie , nourri des petits tonneaux qui contenaient les harengs et les autres projectiles de bienveillance.
Le lundi qui le suit , seconde férié de la première semaine, a pour évangile le grand sujet de nos méditations, le jugement dernier que nous subirons tous (tiré du chap. xxv de saint Matthieu). L'évangile du mardi est l'expulsion des marchands qui profanent la maison de Dieu. Le mercredi ouvre les Quatre- Temps du carême. Le vendredi de cette première semaine a pour fête l'office de la tance et des clous qui ont eu part à la passion de Notre-Seigneur.
Le deuxième dimanche de carême , appelé aussi Reminiscere , de son introït, et dimanche de la Trans-
figuration , à cause de son évangile , était autrefois le jour des ordinations, qui , depuis le pape saint Léon, se font les samedis des Quatre-Temps.
Le jeudi de la deuxième semaine de carême s'appelle le jeudi du mauvais riche, dont il a l'évangile.
Le lendemain vendredi , l'Église fête le très-saint suaire de Notre-Seigneur Jésus- Christ. Toutes ces fêtes des mardis de la Septuagésime et de la Sexagésime et des vendredis du carême sont du rite doublemajeur.
Le samedi a l'évangile de l'enfant prodigue.
Le troisième dimanche de carême, appelé, de son introït, Oculi, et, de son évangile, le dimanche du démon muet, offre à nos méditations de grands enseignements. Nous ne citerons que celui-ci : « Tout » royaume divisé contre lui-même sera détruit; et » toute maison divisée contre elle-même tombera en )> ruine (I). »
Le jeudi de la troisième semaine s'appelle générate-
(1) Salut Luc, ch. xi.
ment le jeudi de la mi-carême. C'est en effet le vingtième des quarante jours de pénitence. On a voulu en faire une féte , et le demi-monde répète ce jour-là les excentricités du carnaval; mais l'Église réprouve et condamne ces licences (1 ).
Le vendredi qui, dans la série quadragésimale, s appelle le vendredi de la Samaritaine, à cause de son évangile, l'Église célèbre la fête des Cinq Plaies de Notre -Seigneur Jésus-Christ; et l'évangile de la Samaritaine se lit à la fin de la messe au lieu de l'évangile final ordinaire.
N'oublions pas les dimanches appelés solennels , qui ne cèdent leur office à aucun autre.
Ces dimanches sont : 1° le premier dimanche de l'Avent; 2° le premier dimanche du carême; 3° le dimanche de la Passion, 4° le dimanche des Rameaux; 5° le dimanche de Quasimodo; 6° le dimanche qui clôt l'octave de la Pentecôte, où l'on célèbre la fête de la sainte Trinité.
Le quatrième dimanche du carême est appelé L(i>tare, de son introït; et l'Église, ce jour-là, engage ses enfants à la joie spirituelle. Elle a même permis aux fidèles , qui ne peuvent se mêler aux excès du jeudi de la mi-carême, de prendre ce jour-là des délassements et de se donner quelques divertissements honnêtes.
Ce dimanche s'appelle aussi le dimanche des cinq pains, à cause de la multiplication mentionnée dans l'Évangile. (Saint Jean, ch. vi. ) Il s'appelle encore le
(1) Voyez, dans les Légendes des commandements dé l'Église, la légende du comte de la Mi-Carême.
dimanche des roses, parce que ce jour- là le Pape bénit la rose d'or.
La bénédiction de la rose d'or se fait tous les ans, immédiatement avant la messe du quatrièmedimanche de carême. Cette cérémonie remonte à une époque très-reculée. « La rose d'or est envoyée dans le courant de l'année à un souverain, ou plus ordinairement à une reine catholique. Parmi les princesses qui l'ont reçue dans ces derniers temps , on peut citer la reine douairière du Piémont, veuve du roi Charles- Albert, et la reine de Naples, à qui le saint-père fit offrir celle qu'il avait bénite à Gaëte pendant le carême de 1849. Lorsque la rose d'or ne reçoit aucune destination dans le courant de l'année qui suit sa bénédiction, elle est bénite de nouveau l'année suivante, et on ne la remplace que lorsqu'elle a été remise à quelque princesse. C'est ce qui explique comment les agents de la république purent voler, au commencement de 1 849 , la rose d'or qui se trou- " vait alors dans le trésor de la chapelle pontificale.
» Voici comment se fait la bénédiction : la rose d'or, ou, pour parler plus justement, le bouquet de roses d'or, tar il est composé d'une dizaines de fleurs contenues dans un vase d'une forme très-élégante et d'un très-riche travail , est exposé dans la sacristie , sur une table, entre deux cierges allumés. Lorsque le saint-père se rend à la chapelle Sixtine pour assister à la messe, la rose d'or lui est présentée par le dernier clerc de la chambre. Le souverain pontife, en aube et en étole, met l'encens dans l'encensoir que lui offre le premier cardinal -prêtre, prononce
quelques versets , et récite une des plus belles oraisons de toute la liturgïe catholique. Il dépose ensuite dans la rose qui forme le cœur du bouquet , et qui est préparée à cette fin, un peu de baume du Pérou, et Un peu de poudre de musc; il l'asperge d'eau bénite et l'encense. Le clerc de la chambre reprend alors la rose et la porte devant le Pape jusque dans la chapelle , où elle est placée sur l'autel , au-dessous de la croix, sur un riche voile de soie rose brodé d'or. Elle y reste exposée pendant toute la messe, et elle est ensuite rapportée dans la sacristie par le même clerc de la chambre. Autrefois, quand le Pape se rendait à la chapelle sur la Sedia gestatoria, il tenait lui-même la rose d'or de la main gauche, et de la droite il bénissait le peuple. Arrivé à son prie-Dieu, il remettait la rose au cardinal-diacre assistant , qui la passait au clerc de la chambre; et, après la messe, le Pape la reprenait de nouveau et la portait de la même manière qu'en se rendant à la chapelle.
» Plus anciennement, la cérémonie se faisait à Sainte-Croix de Jérusalem. Le Pape partait à cheval de son palais de Latran , avec toute sa cour, qui formait une brillante cavalcade. Arrivé à la basilique, il y chantait solennellement la messe, et après l'évangile il adressait au peuple une homélie. Le pape Pie II le fit, au témoignage des historiens, avec une éloquence digne de sa grande réputation. Le Pape , prenant ensuite en main la rose d'or, qu'il avait eu soin de bénir auparavant, avec le rite que nous avons décrit plus haut, la faisait voir au peuple et lui en expliquait la mystérieuse signification. Après la céré-
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monie , il retournait à sa résidence de Latran et chevauchait avec toute sa cour, tenant à la main la rose d'or. La bride du cheval du Pape était tenue par le préfet de Rome, en habit de pourpre et la chaîne d'or au cou. A la porte de la basilique de Latran, ce magistrat aidait le Pape à descendre de cheval , et lui tenait rétrier. En récompense de ses bons offices, le Pape lui faisait cadeau de la rose d'or, que le préfet de Rome recevait à genoux, après quoi il baisait dévotement les pieds du saint-père.
» Le dimanche des roses est une oasis au milieu du désert de la sainte quarantaine, un jour de jubilation spirituelle, qui vient rafraîchir le cœur des fidèles au sein de l'affliction causée par le jeûne et par la pénitence. Ainsi parlent les commentateurs de la sainte liturgie (1). »
Le mercredi de la quatrième semaine de carême , appelé le mercredi de l'aveugle -né à cause de son évangile (saint Jean , chap. ix), s'appelait aussi autrefois la férié du grand scrutin.
On appelait scrutins dans les premiers temps les examens que Ton faisait publiquement des catéchu- • mènes qui se préparaient à recevoir le baptême. Ils étaient soumis à sept de ces examens ou scrutins avant d'être baptisés, ce qui avait lieu le samedi saint. Chacune de ces séances était accompagnée d'une messe où l'on priait pour les catéchumènes et pour leurs parrains. Ces scrutins se faisaient dans le carême. Le principal avait lieu le mercredi de la quatrième semaine, avec d'imposantes cérémonies,
(1) M. l'abbé B. de B., De la sainte propagande.
et tous ceux des catéchumènes qui sortaient heureusement du grand scrutin étaient admis au bonheur de recevoir le baptême la veille de Pâques (1).
Le vendredi de la quatrième semaine de carême a été longtemps appelé le vendredi de Lazare, parce qu'on lit ce jour-là , de saint Jean, chapitre xi , l'histoire touchante de la résurrection de cet ami du Sauveur. En certains lieux, on a cru posséder quelques-unes des saintes larmes que Notre-Seigneur répandit à cette occasion; et, à Vendôme principalement, on faisait en ce vendredi la fête de la sainte larme. Des cœurs arides ont attaqué cette dévotion; le curé de Vibray, Jean-Baptiste Thiers, a fait un livre pour la combattre, quoique Mabillon la défondît. Mais disons, après saint François de Sales : Ne chicanons pas avec la foi ; la sainte larme de Vendôme ne fit -elle que nous rappeler que Notre-Seigneur en a versé pour nous et sur nous de bien tendres, nous ne pouvons blâmer la dévotion qui adore ici; et le culte de ces saintes larmes ne peut être vain.
Ce même vendredi de la quatrième semaine du carême, la sainte Eglise célèbre la fête du précieux sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, honoré aussi dans les offices du premier dimanche de juillet.
On observera que nous suivons le rite romain.
(l) Voyez, dans les Légendes des sacrements, l'histoire du baptême.