LU. — LA SEMAINE DE LA PASSION
Les chefs du peuple « tinrent conseil en- » semble sur le moyen de se saisir adroite- » ment de Jésus pour le faire mourir. »
Saint-Matthieu, ch. xxvu.
Le dimanche de la Passion commence la sainte quinzaine des grands mystères. Lé deuil des offices devient plus étendu. Pourtant on ne supprime la doxologie dans les hymnes et le Gloria Patri dans les psaumes que les trois derniers jours de la semaine sainte. Toute l'attention s'absorbe en Jésus-Christ, dont le sanglant sacrifice est proche. L'épître, qui est de saint Paul (aux Hébreux, chapitre ix), nous • expose que le sang de Jésus-Christ pouvait seul nous ouvrir la nouvelle alliance et les biens éternels. L'évangile (du chapitre vm de saint Jean) nous fait voir, comme prélude du déicide, les Juifs prenant des pierres pour lapider Jésus.
Les offices du lundi et du mardi de la Passion sont dans les mêmes sentiments. Dans l'évangile du mercredi (saint Jean, chap. x), les Juifs veulent encore lapider leur Sauveur, qui leur dit : « J'ai fait devant vous plusieurs bonnes œuvres. Pour laquelle de ces œuvres voulez-vous me lapider?... »
On appelle le lendemain « le jeudi de la pécheresse pénitente »7 dont on lit l'évangile (chapitre vu, de saint Luc).
Le vendredi de la Passion s'appelait autrefois le vendredi de la conspiration des Juifs, parce qu'on lisait et qu'on lit encore en beaucoup de lieux, pour
dernier évangile, le récit de saint Jean, chap. xi, où Caïphe prophétisant dit, à propos de Notre- Seigneur, qu'il est avantageux qu'un seul meure pour le peuple. Mais depuis plusieurs siècles l'Église, ce jour-là , fête la part immense que la sainte Vierge a prise à la passion de Notre-Seigneur, et on appelle cette fête la Compassion de Notre-Dame ou les sept douleurs de la sainte Vierge.
Si vous prenez part aux souffrances , vous aurez part aux consolations.
S. Paul, //« aux Corinthiens, ch. i".
Et nous entrons dans la semaine sainte, appelée aussi la grande semaine, à cause des mystères les plus inouïs qui l'ont illustrée. C'est dans cette semaine que Jésus a montré sa puissance (1). Dans les temps de ferveur, le jeûne de la semaine sainte consistait à ne faire qu'un seul repas chaque jour, au coucher du soleil; et à ce repas on ne prenait que du pain et de l'eau, avec un peu de sel. Plusieurs ne prenaient rien le vendredi saint. De nos jours, les religieux gardiens du saint sépulcre ne rompent le jeûne qu'au coucher du soleil , et leur réfection n'est qu'un petit pain de trois onces, assaisonné d'un verre d'eau.
Autrefois, tous les jours de la semaine sainte étaient considérés comme autant de dimanches; et
(l) « Je quitte ma vie pour la reprendre, dit-il aux Juifs. Nul ne me la ravit , et c'est de moi-même que je la quitte. J'ai le pouvoir de la quitter, et j'ai le pouvoir de la reprendre. » (Saint Jean, ch. x, f 18.)
par leurs offices, ils le sont en effet. Ils sont aussi un temps de pardon et d'indulgence; et beaucoup de princes chrétiens les ont sanctifiés par des grâces. Dans quelques lieux, on délivrait des prisonniers, on remettait des dettes, on effaçait le souvenir des offenses , le vendredi saint. Ces bonnes œuvres sont nombreuses dans notre histoire.
Le dimanche des Rameaux , qui ouvre la semaine sainte, est l'anniversaire du jour où Notre-Seigneur est entré triomphant à Jérusalem, aux acclamations du peuple qui, sachant qu'il avait ressuscité Lazare, saluait d'hosanna et recevait avec des palmes et des honneurs le fils de David, en qui un grand nombre voyait le Messie.
Les honneurs rendus à Jésus avaient lieu cinq jours avant sa mort. .
L'Église célèbre l'entrée de Notre-Seigneur à Jérusalem par la procession des Rameaux qui viennent d'être bénits et qui sont, en certains lieux, mêlés de fleurs; ce qui a fait donner aussi au dimanche des Rameaux le nom de Pâques fleuries. Cette procession, qui autrefois parcourait les rues, se fait encore hors de l'église , que l'on trouve fermée au retour. On chante alors l'hymne célèbre :
Gloria, laus et honor tibi ait, rex Christe, Redemptor,
Cui puérile decus prompsit hosanna pium. Israël es tu Rex , Davidis et inclyta proies , Nomine qui in Doraini, Rex benedicte, venis, etc. (l).
(l) Cette hymne est de Théodulphe, évêque d'Orléans sous Charlemagne et Louis le Débonnaire. On accusa ce saint évéque d'avoir pris part à la conspiration de Bernard , roi d'Italie et neveu de Louis le Débonnaire; il fut mis en prison dans un monastère d'Angers. C'est là,
Après le chant de l'hymne Gloria, laus et honor, le sous-diacre qui porte la croix frappe avec elle la porte de l'église; elle s'ouvre et laisse entrer la procession , qui s'avance dès lors avec les chants d'allégresse.
L'addition de YAttollite portas, principes, vestras, qui se fait en quelques lieux est une intercalation du rite parisien.
Un instant après, commence la messe, qui est tout entière de la passion; on chante à plusieurs voix, lorsqu'on en a les moyens, la passion de saint Matthieu , qui est si touchante.
En Espagne, dans le midi de la France et en beaucoup d'autres lieux, on rehaussait les offices de la semaine sainte de spectacles qui frappaient les populations.
Voici ce qui se fait encore de nos jours à Bogota, du dimanche des Rameaux au jour de Pâques. Nous empruntons ces détails sommaires à une correspondance du Moniteur :
« Des processions historiques, nous écrit-on, ont lieu chaque jour de la semaine; elles partent du cou- ' vent des franciscains et se rendent à la cathédrale en suivant la rue Royale, longue d'environ quatre cents mètres.
» Elles commencent le dimanche des Rameaux, par l'entrée de Jésus à Jérusalem. Un Christ en ef-
dit-on , qu'il composa l'hymne que nous citons. Or un jour, sans doute le jour des Rameaux, l'empereur Louis, étant à Angers, entendit ce chant si imposant; lorsqu'il sut qui en était l'auteur, il jugea qu'un prélat si pieux ne pouvait être un conspirateur; et il rendit à Théodulphe son siège et ses bonnes grâces.
figie est placé sur un âne, que suit une foule nombreuse agitant des palmes, et vous fait successivement assister aux scènes douloureuses de la Passion. Jésus au jardin des Oliviers, la cène, tous les événements de cette sainte et triste époque, en un mot, sont fidèlement retracés; mais les cérémonies les plus remarquables, tant à cause du luxe qu'on y déploie que de l'affluence considérable qui s'y presse, sont celles du jeudi saint et du jour de Pâques.
» C'est le jeudi saint qu'on sort de la cathédrale une Vierge de l'Immaculée Conception; cette Vierge, placée sous un dais garni d'ornements en argent massif et fort pesant, est portée par dix hommes; on la promène dans la ville, et l'étiquette veut que tous ceux qui les accompagnent, hommes ou femmes, soient habillés de neuf de la tète aux pieds et vêtus de noir.
» La procession du dimanche de Pâques représente la résurrection; tous les balcons de la rue Royale sont ornés de tentures comme aux jours de fête, et le sépulcre*, sur lequel le Christ se tient debout, une* bannière à la main, traverse les flots de la multitude entouré des douze apôtres du Dieu martyr. »
Le lundi saint ou grand lundi, on lit l'évangile (de saint Jean, chapitre xn) où Marie-Madeleine ayant répandu un vase de parfums sur les pieds de Jésus, Judas, qui, deux jours après, allait trahir son maître, dit : Pourquoi n'a-t-on pas plutôt vendu ce parfum trois cents deniers, qu'on aurait donnés
aux pauvres? Saint Jean intercale ici que Judas parlait de la sorte, « non qu'il s'intéressât aux pauvres, mais parce qu'il portait la bourse et qu'il était un voleur » . Notre-Seigneur répondit à Judas : « Laissez en paix cette femme; elle a conservé ce parfum
pour ma sépulture Quant aux pauvres, vous
aurez toujours des pauvres parmi vous; mais pour moi, vous ne m'aurez pas toujours. »
Le mardi saint ou grand mardi , on lit à la messe la passion de saint Marc.
Le mercredi saint, ou grand mercredi, on lit à la messe la passion de saint Luc. Ce jour est celui où Judas vendit trente deniers son Seigneur, qu'il devait livrer le lendemain.
Le jeudi saint ou grand jeudi est appelé par les Grecs et les Orientaux le jour des mystères. Ils céèbrent en ce jour : 1° le lavement des pieds; 2° l'institution du sacrement adorable de l'Eucharistie; 3° l'institution du sacerdoce; 4° la prière surnaturelie de Jésus-Christ; 5° la condescendance avec laquelle il se livra à ses bourreaux (1).
L'évangile de la messe nous donne (de saint Jean, chapitre xm) le tableau de Notre-Seigneur lavant les pieds de ses apôtres.
Le lavement des pieds se fait ce jour-là, à douze pauvres , par les évéques dans les cathédrales , par les abbés dans les monastères , et par les curés dans leurs paroisses , lorsqu'elles ont pour cela une certaine étendue.
(1) Sur l'institution de l'Eucharistie, voyez les Légendes du Nouveau Testament, XL, la Cène.
Les empereurs et les rois, lorsqu'ils ont été sacrés, lavent aussi les pieds de douze pauvres, le jeudi saint (1).
A la messe de ce jour, qui est d'autant plus solennelle qu'elle est seule, dans une église qui a plusieurs prêtres , ceux des prêtres qui ne disent pas la messe y communient de la main du célébrant, mais d'une manière distinguée des autres fidèles. Ils représentent les apôtres recevant le pain consacré de la main de Notre-Seigneur. On chante à cette messe le Gloria in excelsis Deo, interdit depuis la Septuagésime, et on le chante au son de toutes les cloches, qu'on n'entendra plus ensuite jusqu'à la messe pascale du samedi saint.
(1) Les rois d'Angleterre , lorsqu'ils étaient catholiques et sacrés, faisaient cette pieuse cérémonie. En 1572, la reine Élisabeth, ayant alors trente-neuf ans , mais n'étant plus ni catholique ni sacrée, suivit pourtant l'exemple des souverains d'Angleterre ses prédécesseurs; elle lava et baisa les pieds à un nombre de pauvres égal au nombre des • années de son âge. Elle remplit cette cérémonie à Greenwich , assistée par trente-neuf dames et gentilshommes. Après la cérémonie, elle distribua des habits, des aliments et de l'argent à ces pauvres. L'argent parait avoir été donné pour racheter les vêtements de la reine, que, d'après d'anciens usages, on devait donner aux pauvres.
Aujourd'hui , les aumônes de la famille royale sont distribuées aux pauvres du jeudi saint par la grande aumônerie. Chacun des pauvres reçoit 2 livres 10 schel. (62 fr. 50 c.) et autant de deniers d'argent que la reine a d'années. Les hommes reçoivent des habits de laine, des souliers et des bas. Les femmes reçoivent 1 liv. 16 schel. en argent au lieu d'habits.
On donne encore aux hommes et aux femmes une livre et demie à chacun pour tenir lieu des aliments que l'on distribuait autrefois. Les pièces d'argent frappées exprès pour l'usage du jeudi saint sont d'un ' diamètre de 7/16 de pouce et d'une très-belle exécution. Des pièces de deux pence, trois pence, quatre |ience, ont été également frappées comme monnaie du jeudi saint. On les donne en présent à divers officiers de la rouronne ainsi qu'à d'autres personnes.
C'était autrefois le jeudi saint que Ton réconciliait les pénitents publics, par une cérémonie qu'on appelait l'absoute. Elle avait lieu généralement après l'évangile, mais en quelques lieux avant la messe. On prononçait à Rome, à la même heure, les sentences d'excommunication, avec des rites imposants, contre les ennemis de l'Église.
A la fin de la messe, le célébrant porte en procession la sainte hostie consacrée pour le lendemain dans une chapelle disposée en tombeau; et les fidèles vont l'adorer là jusqu'aux oifices du lendemain. Tous les tabernacles, dès lors, sont ouverts et vides.
C'est aussi pendant la messe du jeudi saint que les évêques font en grande pompe, dans leurs cathédrales, entourés de douze prêtres en chasuble, de sept diacres et de sept sous-diacres, la bénédiction très-auguste et très-solennelle des saintes huiles et du saint chrême.
Ce jour, comme le vendredi et le samedi saint, est précédé, la veille au soir, d'un office de nuit qu'on appelle les ténèbres. C'est là qu'on lamente , entremêlés des psaumes de la douleur, les accents désolés de Jérémie.
Mais le jeudi saint était plus grande fête encore que de nos jours , avant qu'on détachât de ses pompes la Fête-Dieu, instituée à part en 1246, et fixée au jeudi qui suit la fête de la sainte Trinité. Comme on ne consacre pas le lendemain vendredi saint, on porte en procession dans une chapelle ardente, ainsi que nous l'avons dit, la sainte hostie consacrée pour ce grand jour. Mais cette procession ne sort pas de
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l'église, comme celles de la fête du saint Sacrement.
C'est le soir du jeudi saint que Notre-Seigneur, dans sa dernière cène, a institué l'adorable Eucharistie, et qu'il a élevé ses apôtres au sacerdoce, en leur disant : « Faites ceci en mémoire de moi. » Cest ce même soir que, vendu par Judas, il s'est livré à ses ennemis. C'est dans la nuit du jeudi au vendredi qu'il a été le jouet des soldats, et qu'il a souffert des outrages que nous révélera seul le jugement dernier.
Cette nuit nous amène le vendredi saint, appelé aussi le grand vendredi , jour immense qui nous a rachetés tous, et qui doit à tous nous toucher le cœur.
Tout le monde a lu l'histoire de la passion de Notre-Seigneur. On croit qu'elle a eu lieu le vendredi 3 avril de l'an 33 de notre ère, la dix-neuvième année du règne de Tibère. Les autres opinions „ à ce sujet sont peu soutenables. Ce vendredi était le jour de la pleine lune de mars.
Les principales fêtes de l'Église ont été instituées par les apôtres, surtout la Passion, la Résurrection , l'Ascension, la Pentecôte, et toutes celles qui rappellent les grands mystères.
Autrefois, dans beaucoup de lieux, on représentait en action le terrible drame de la passion de Notre-Seigneur (1). Ensuite on faisait dans les rues une procession où l'on portait l'image de Notre- Seigneur dans une bière découverte, entourée de
(1) Voyez ci-devant la Nuit de la Saint-Marc, ou le vendredi saint de l'an 1440.
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vierges et de flambeaux. A toutes les stations où la procession s'arrêtait, la foule venait en adorant baiser l'auguste image du Rédempteur et lui faire toucher des fleurs qu'on regardait dès lors comme des préservatifs. Cet usage s'est reporté au saint Sacrement le jour de la Fête-Dieu.
C'est le vendredi saint qu'on dit les oraisons solennelles appelées sacerdotales , pour tous les membres de l'Église et pour tous ceux qui en sont dehors. On les disait autrefois aussi le mercredi des Cendres et le mercredi saint. On croit que les oraisons dites sacerdotales remontent aux apôtres. A chaque oraison on fléchit le genou, excepté à celle qui prie pour les Juifs.
Il n'y a pas de messe ce jour-là, puisqu'on n'y consacre pas. Mais, dans cet office du matin, on a lu , avant les oraisons solennelles, la Passion de saint Jean. Après cela on adore la croix, puis on va en procession à la chapelle disposée en tombeau % prendre la sainte hostie consacrée la veille; et le reste de l'office sacré se termine dans l'adoration et le deuil (1).
Dans les lieux où l'on possède quelques reliques insignes de la Passion, comme Notre-Dame de Paris, qui garde la sainte couronne d'épines et une portion considérable de la vraie croix, on adore ces vestiges 'augustes qui ont été teints du sang divin. Rome est riche de plusieurs autres instruments de la Passion , la colonne de la flagellation, l'éponge, le titre de la
(i) Cet office , où l'on ne consacre pas , s'appelle quelquefois la messe des présauctifiés , parce que la sainte consécration a été faite la veille.
croix; Trêves possède la tunique de Notre-Seigneur; Turin, le saint suaire; Jérusalem, le saint sépulcre. Tous ces grands monuments sont vénérés spécialement le vendredi saint.
On dit que, ce jour-là, à trois heures après midi, l'heure où Notre-Seigneur a rendu l'esprit, le Pape, du balcon de Saint-Pierre, donne la bénédiction à la ville et au monde, urbi et orbi; mais cette bénédiction ne se donne ainsi que le jeudi saint, le jour de
Pâques ot le 29 juin, fête des saints apôtres (1).
(l) Le vendredi saint de chaque année, il était fait grâce à tous ceux qui étaient détenus dans la prison d'Ypres, pour tout délit quelconque, criminel ou civil, commis à rencontre du prince. Cette grâce était accordée par le grand bailli, au nom du souverain, et à la prière de l'avoué et des échevins. Ceux-ci se rendaient auprès des prisonniers et visitaient tous les réduits où ces malheureux déploraient leur sort. L'avoué leur demandait s'ils souhaitaient obtenir la grâce du prince « pour » l'amour de Dieu et en l'honneur et révérence du vendredi saint , m assavoir de ceux qui n'ont aultre partie que le Seigneur ». Après cette demande, ceux qui désiraient jouir de ce bienfait se rendaient devant le magistrat, et , se prosternant humblement à genoux , confessaient publiquement leur faute et suppliaient le bailli de leur faire grâce.
Voici comment l'origine de cet usage est racontée dans un mémoire qui , d'après les ordres du duc de Bourgogne , fut envoyé au commencement du XVe siècle à la chambre des comptes à Lille , par le magistrat d'Ypres, qui demanda que l'usage fût maintenu, malgré l'opposition du grand bailli de ce temps-là :
« La fondation de la dicte grâce procède de certain don et octroi fait » cidevant par deffunte de bonne mémoire contessc Jehanne , contesse » de Flandre , laquelle passant parmi la ville d'Ypres par un jour de » vendredi saint , au marchie d'icelle , ouit crier à haulte voix : Grâce, »» Grâce, et oyant le dict cri , demanda ce que c'était. On luy remontra » que c'étaient les prisonniers détenus contre elle , comme dame et » princesse du pays , lesquels pour l'amour du dit jour de Dieu et en » l'honneur de sa très-glorieuse passion demandoient avoir grâce et m pardon. »
Le document nous apprend encore que la comtesse, accompagnée du
Le soir du vendredi, l'Espagne, si dévouée, rend de tendres hommages à la sainte Vierge , maintenant seule et privée de son Fils. Ces hommages ont pour but d'adoucir un peu la solitude (soledad) delà divine Mère.
Le samedi saint devance par une messe pascale les joies du jour de la Résurrection. L'Église bénit le feu nouveau ; elle bénit le cierge pascal et les grains d'encens qui s'y attachent. Le cierge doit brûler tout le temps que Notre-Seigneur, après sa résurrection, est resté sur la terre. Il a été allumé avec le feu nouveau appelé le feu sacré. Il ne s'éteindra que le quaran-
magistrat , se rendit à la prison et fit demander aux malheureux qui y étaient incarcérés quels étaient les crimes dont ils sollicitaient la grâce, que ceux-ci répondirent qu'ils la demandaient de tous cas, tant criminels que civils, pour lesquels ils étaient détenus, comme d'autres dont ils se sentaient coupables occultement et desquels ils feraient déclaration ; que le magistrat , appuyant cette demande , invoqua la clémence de la comtesse en la conjurant de prendre en considération la prière des prisonniers ; que, eu égard à la sainteté du jour et afin de se rendre elle-même digne de la miséricorde divine, après avoir été informée des motifs de leur détention , elle leur accorda grâce et promit au magistrat, pour elle et ses successeurs, comtes et comtesses de Flandre, qu'elle conserverait cet usage en perpétuité.
Plusieurs fois des individus se trouvant incarcérés le jour du vendredi saint ont déclaré ne pas vouloir demander grâce , probablement parce qu'ils ne se sentaient pas coupables. D'autre part , cette grâce n'était quelquefois accordée que sur la réserve que celui qui devait en jouir quitterait la ville et l'échevinage pour un temps déterminé , et que le prisonnier libéré d'homicide satisferait aux conditions de la paix faite avec les parents et alliés de la personne assassinée.
Ceux qui obtenaient grâce en ver|u du privilège étaient appelés enfants du vendredi saint (Goeden Vrydag klnders).
Depuis l'époque de la concession , cet usage est resté en vigueur jusqu'au 3 avril 1795, où l'on fit grâce à deux personnes détenues pour vol.
Ces renseignements sont dus à M. Lambin, archiviste d'Ypres.
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tième jour, après l'évangile de l'Ascension. L'Église bénit ensuite l'eau du baptême , en souvenir de l'usage où l'on était, dans les premiers temps, de baptiser les catéchumènes le samedi saint et le samedi veille de la Pentecôte.
Dans la messe du samedi saint, on salue le retour deTAlleluia; on chante le Gloria in eœcelsis Deo, et toutes les cloches semblent revenir pour l'accompagner (1).
Enfin, le jour de Pâques, si vivement désiré partout, va rajeunir tous les cœurs.
Ofilii et filiae, Rex cœlestis , rex gloriœ, Morte surrexit hodie.
Alléluia!
C fiant joyeux du jour de Pâques.
Les fêtes de Pâques ont été et sont toujours de trois grands jours. Le premier est le vendredi saint, que Notre -Seigneur a choisi pour passer, dit saint Jean, de ce monde à son père; il a été dans le tombeau le second jour, et le troisième, il est ressuscité.
C'est ce troisième jour que nous appelons spécialement le saint jour de Pâques; mais beaucoup de
(0 On dit aux entants , le jeudi saint, lorsque les cloches sonnent à grandes volées pour se taire jusqu'au Gloria in excelsis Deo du samedi saint, qu'elles s'en vont à Rome chercher les œufs teints , qu'on appelle
les roulées.
chrétiens donnaient le même nom, dans l'Orient surtout, au vendredi saint.
Le nom de Pâques signifie en hébreu passage ; et ce que nous venons de citer de saint Jean (1 ) nous le fait comprendre.
Selon saint Grégoire de Nazianze , la Pàque chez les Hébreux était, par son nom, la commémoration de leur passage de l'état d'esclaves du pharaon à l'état de peuple libre. Il signifie pour nous le passage d'esclaves du démon à la liberté des enfants de Dieu.
Les enfants d'Israël immolaient un agneau pour leur fête pascale. La victime inouïe, qui a remplacé pour nous toutes les figures, est appelée par saint Jean-Baptiste « l'agneau de Dieu , qui ôle les péchés du monde (2). »
Le jour de Pâques a porté , le premier, le nom de jour de dimanche , qui signifie jour du Seigneur. Les autres premiers jours de chaque semaine ont pris son nom et sont devenus aussitôt son octave perpé- - tuelle. Cette succession, qui ne s'interrompt jamais, représentait à saint Basile les fêtes incessantes de la bienheureuse éternité.
Outre le nom de Pâques, donné par Dieu même à cette fête, on l'appelle encore la fête de la Résurrection; et, chez les Pères de l'Église, elle est souvent désignée sous le nom. de la Fête des fêtes.
Dans les commencements, on voit que saint Pierre et saint Paul fêtaient Pâques à Rome le dimanche.
(1) Ch. «ri, 1 1.
(2) Saint Jean, ch. i, * 29.
Mais, en plusieurs contrées de l'Orient, on assignait à cette solennité le quatorzième jour de la lune qui suit l'équinoxe du printemps. Ailleurs, les uns fixèrent la fête de Pâques au 25 mars; les autres, au 27 ; d'autres, au 7 avril.
Enfin , le concile général de Nicée , assemblé en Tan 325 , décida que la fête de Pâques se célébrerait dans toute l'Église le dimanche qui suit la pleine lune de l'équinoxe du printemps, lequel commence le 21 mars. Mais, si cette pleine lune tombait un dimanche, le 21 mars môme, ou tout autre jour, le saint concile statua que la féte serait reculée au dimanche suivant; on voulait éviter aux chrétiens de se rencontrer en cette solennité avec les juifs. C'est pour cela que la fête de Pâques ne peut jamais arriver avant le 22 mars.
Plusieurs miracles ont confirmé la décision du concile de Nicée. Nous n'en citerons qu'un seul, qui est rapporté dans une lettre de Pascasinus , évêque de Lilybée en Sicile , au saint pape Léon le Grand et conservée dans ses œuvres. Ce miracle nous paraît d'autant plus incontestable que Baillet, si farouche devant les faits merveilleux , l'a cité comme incontestable.
Après avoir recommandé Pascasinus « comme un homme de beaucoup de mérite , considéré pour son savoir et sa vertu », il raconte (1) que, selon ce qu'écrivait Pascasinus au saint pape Léon « il y avait en Sicile un petit village nommé Meltines, ayant une
(1) Histoire des fêtes mobiles, contestations snr le jour de Pâques.
très -petite église, bâtie pauvrement dans de hautes montagnes environnées d'épaisses forêts. On y voyait les fonts baptismaux se remplir d'eux-mêmes tous les ans, la nuit de Pâques, à l'heure du baptême solennel, sans qu'il y eût là ni canal, ni conduit, ni aucune eau voisine. Après qu'on avait baptisé le peu de gens qui se présentaient, l'eau s'écoulait ou plutôt disparaissait comme elle était venue , car elle n'avait aucune décharge.
» Or, cette année (qui était l'an 41 7) , comme le jour de la Pâque était contesté encore par lés Orientaux , après qu'on eut récité les leçons ordinaires pendant la nuit sainte qui précédait le 25 mars , le prêtre, se disposant à donner le baptême selon la coutume, attendit jusqu'au jour que l'eau vînt à son ordinaire. Mais ce fut en vain ; de sorte que ceux qui devaient être baptisés se retirèrent sans avoir pu recevoir le sacrement. Mais la nuit du samedi au dimanche 22 avril, les fonds sacrés se remplirent à l'heure prescrite pour le baptême. » #
Baillet poursuit : « Meltines n'est pas l'unique endroit que Dieu ait honoré de prodiges pour marquer l'approbation qu'il donnait à la décision du concile de Nicée. Cassiodore, qui vivait cent ans après le fait qu'on vient de lire , raconte qu'il y avait de son temps, en un faubourg de Consilinum , à présent Stilo, au royaume de Naples, une fontaine dont l'eau , toujours claire dans son vaste bassin, avait été destinée aux baptêmes de la veille de Pâques. Or le prêtre qui devait baptiser ce jour-là n'avait pas plutôt commencé les prières, que l'on voyait cette
eau s'élever d'elle-même des deux tiers de sa profondeur; ce qui durait, à la vue de tout le peuple, toute la cérémonie, par un miracle annuel qui, bien que devenu ordinaire, n'en était ni moins grand, ni moins étonnant. C'est le témoignage que Cassiodore, homme de poids et d'autorité , rend à ce qui se passait de son temps et dans son pays. »
On pourrait aisément rassembler d'autres miracles aussi surprenants. On li t dans le Pré spirituel que l'eau miraculeuse envoyée du ciel dans les fonts de la Lycie la veille de Pâques y demeurait toute la cinquantaine et ne disparaissait qu'après la Pentecôte.
Il y eut donc , sur le jour qui convenait à la fête de Pâques, de grandes contestations, surtout en Orient. Le détail en sçrait long et fastidieux. Les calendriers s'accordaient mal; le pape Grégoire XIII, par sa réforme savante et sage, pacifia tout; et le calendrier grégorien, solidement établi en 1582 par la suppression de dix jours (du 5 au 15 octobre), nous a remis d'accord à la fois avec la lune et le soleil, et a fixé exactement la fête de Pâques.
Cependant, si elle est déterminée par la lune de l'équinoxe , comme elle est mobile dans notre calendrier usuel, on a conservé l'usage établi par plusieurs Pères, notamment par saint Athanase et aussi par l'Église romaine , d'annoncer aux fidèles le jour où elle doit être célébrée. Dans quelques lieux, cette annonce se faisait le jour de Noël; mais plus généralement on suivit la prescription du concile d'Orléans (en 541), qui ordonnait de la publier, après l'évangile, le jour solennel de l'Épiphanie.
Nous ne pouvons nous étendre sur les offices de Pâques et sur ceux de la semaine qui complète cette fête. Les chrétiens, pour qui nous écrivons, les connaissent et les admirent.
Nous devons dire quelques mots des œufs de Pâques , institution qui avait sa raison d'être quand les œufs étaient interdits pendant tout le carême. Cependant on a conservé l'usage de donner des œufs ornés, teints ou peints aux enfants. C'était autrefois des présents chers à tous. Il nous en reste quelque chose ; et l'usage a conservé tout son éclat chez les Russes. D'après une évaluation modérée , il se fait à Saint- Pétersbourg, seulement durant le temps delà Pâque, une consommation de dix millions d'œufs. Comme il est d'usage d'offrir un œuf dur à toute personne à qui l'on adresse les félicitations pascales, il y a tel individu qui en dépense ainsi quelques centaines.
Les riches ne donnent que des œufs de matières précieuses. Dans la fabrique impériale de cristaux, on peut voir deux salles où l'on s'occupe exclusivement de graver des fleurs et des figures sur des œufs de cristal. Ces magnifiques œufs sont destinés à la cour. L'empereur et l'impératrice en font des cadeaux aux grands.
De son côté, la fabrique de porcelaine de Saint- Pétersbourg produit autant d'œufs que celle de cristaux, et les orne de dorures et de peintures charmantes. On fait aussi des œufs de cire et de sucre ; ces coquilles artificielles recèlent les plus riches présents ; on y enferme même des bouquets de fleurs. D'autres portent à l'une des extrémités une loupe par
laquelle on voit une foule de petites maisons et de petits arbres admirablement exécutés.
Le samedi de la semaine de Pâques est appelé le samedi in albis, parce que ce jour-là est l'octave du samedi saint, où les catéchumènes ont revêtu pour le baptême la robe blanche , qu'ils ne quittent que ce jour, après avoir assisté aux offices.
Le premier dimanche après Pâques est nommé généralement le dimanche de Quasimodo, des deux premiers mots de son introït. On le trouve désigné sous le nom d'octave de Pâques. Mais tous les dimanches sont les octaves de ce grand jour. Les Grecs l'appellent le dimanche de saint Thomas, à cause de son évangile. Quelques-uns l'ont appelé Pâques closes, parce qu'il termine la semaine de Pâques; mais il ne termine pas le temps pascal, qui s'étend jusqu'à la Pentecôte.
Les diocèses qui donnent au dimanche de Quasimodo le nom de dimanche in albis commettent une inadvertence , à moins qu'ils n'ajoutent depositis, puisque les jours in albis, commencés le samedi saint, ont fini, comme nous l'avons dit, le samedi suivant.
Dans les temps où Ton baptisait le samedi saint seulement et le samedi de la Pentecôte, les catéchumènes célébraient au bout de l'an ce qu'on appelait leur Pâque annotine,- c'est le» nom qu'on donnait à l'anniversaire de leur baptême. Mais ils ne fêtaient point la pàque annotine le samedi saint de l'année suivante; ils la fêtaient au jour fixe où leur baptême avait eu lieu. Ainsi les catéchumènes qui auraient été baptisés le samedi saint, veille de Pâques, en 1859,
le samedi étant le 23 avril , auraient fait leur pâque annotine le 23 avril 1860, quoique le samedi saint de cette année tombât le 7 avril.
Depuis qu'on baptise en tout temps, la pâque annotine est supprimée et remplacée par la rénovation des vœux du baptême, que font les jeunes chrétiens avant leur première communion.
Le deuxième dimanche après Pâques est appelé , de son évangile , le dimanche du bon pasteur. On le trouve nommé autrefois le second dimanche après les robes blanches. Les Grecs le nomment le dimanche des myrophores, c'est-à-dire des porteuses de parfums, parce qu'ils honorent ce jour-là les saintes femmes qui sont allées au tombeau pour embaumer Notre-Seigneur. •
Le troisième dimanche après Pâques s'est appelé longtemps le dimanche du paralytique, à cause de son évangile. Il est aujourd'hui le dimanche du patronage de saint Joseph» L'évangile propre du troisième dimanche est le discours où Notre-Seigneur dans saint Jean (chap. xvi) annonce à ses disciples que dans peu de temps ils ne le verront plus et que peu de temps après ils le reverront.
Le quatrième dimanche s'est appelé le dimanche de la mi-Pentecôte , et le dimanche de la Samaritaine, lorsqu'on y lisait l'évangile de cette femme. L'évangile de ce dimanche est maintenant, du même chapitre de saint Jean, l'endroit où Notre-Seigneur dit à ses disciples : Je m'en vais à celui qui m'a envoyé; et personne de vous ne me demande où je vais.