LVII. — LA PENTECOTE
Veni, Sancte Spiritus, Et emittn cu'litus Lucis tua; radium.
Veni , patcr pauperum ; Veni, dator munerura; Veni , lumen cordiuni.
Prose dé la Pentecôte.
La veille de la Pentecôte est aussi une veille sainte. On baptisait autrefois ce jour-là comme le samedi saint; on y bénit pareillement les fonts et l'eau des catéchumènes, avec les mêmes cérémonies que la veille de Pâques.
Lorsqu'on y baptisait spécialement comme en un jour privilégié , le baptême était suivi du sacrement de confirmation , qui maintenant se donne toujours plus volontiers aux temps de la Pentecôte.
Le dimanche de la Pentecôte termine la cinquantaine appelée communément le temps pascal. Dans ce temps , les fidèles autrefois communiaient tous les jours; et tous les jours étaient pour eux des fêtes. Cependant ils ne s'abstenaient pas du travail , mais ils ne croyaient pas s'appauvrir en donnant chaque jour une heure à la louange de Dieu.
Le dimanche de la Pentecôte est la fête du Saint- Esprit. C'est ce jour-là qu'il est descendu sur les apôtres à l'heure de tierce, qui répond à neuf heures du matin, selon notre manière de compter; et ce jour-là on reconnaît que les effusions de l'Esprit- Saint sont plus abondantes.
304 LA PENTECOTE.
Cette fête, instituée par Dieu même chez les Israélites, en souvenir de la loi donnée au Sinaï, a été consacrée de nouveau, d'une manière plus intime encore, dix jours après l'Ascenscion de Notre-Seigneur; et depuis lors elle a toujours été célébrée dans tous les pays chrétiens avec grande solennité.
On chante à la messe de la Pentecôte la belle prose Veni, Sancte Spiritus, que les uns attribuent à Robert, roi de France au onzième siècle, les autres au pape Innocent III, venu deux siècles plus tard. Mais d'autres encore prétendent qu'il y a confusion, et que c'est le Veni, Creator Spiritus qui est l'œuvre d'Innocent III.
Pendant la prose de la Pentecôte, il y avait autrefois dans les églises accompagnement de trompettes, soit pour rappeler ce qui s'était passé au Sinaï lorsque Dieu donnait la loi à Moïse, soit comme emblème du vent impétueux parmi lequel le Saint-Esprit descendit au cénacle. On lançait en même temps, des voûtes de l'église, des étoupes enflammées qui figuraient les langues de feu. En beaucoup de lieux on jetait des roses et d'autres fleurs; on lâchait aussi des pigeons dans l'église. Tous ces accessoires ont été supprimés, car ils avaient des inconvénients (1).
(1) On descendait dans quelques églises , au moyen d'une ficelle qui partait de la Toute , une colombe ou un pigeon blanc , qui s'agitait au dessus du prêtre officiant , pendant qu'il chantait l'évangile ; et on raconte qu'à Tirlemont , le sacristain , un jour de Pentecôte , n'ayant pu se procurer ni une colombe ni un pigeon blanc, descendit un jeune canard de même couleur qui se débattit et cria, ce qui troubla l'office et jeta sur cette ville un certain ridicule. Comme c'est l'usage , on le chargea en faisant du jeune canard une oie, qu'on appelle l'oie de Tirlemont.