LV. — LES ROGATIONS
Petite, et accipietis; qmerite, et invenietîs ; puisât o, et aperietur vobis. S. Lie , ch. xi.
Le cinquième dimanche après Pâques , appelé par les Grecs le dimanche de l'aveugle^né , parce qu'ils en fêtent ce jour-là le souvenir, a pour évangile, dans l'Église romaine, la suite du chapitre xvi de saint Jean, où Notre-Seigneur dit à ses disciples : Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom , il vous raccordera.
Les trois jours qui séparent ce dimanche de la fête de l'Ascension sont des jours de prières publiques appelées les Rogations. On y demande, par des supplications et des processions, en s'appuyant sur la promesse que vient de faire Notre-Seigneur, que Dieu daigne bénir les biens de la terre.
Les Rogations ont été instituées en Tan 470 , par saint Mamert, évêque de Vienne en Dauphiné, et presque aussitôt adoptées par toute l'Église. En beaucoup de lieux, on accompagne ces prières de l'abstinence et du jeûne. On chante, comme à la procession de saint Marc, les grandes litanies.
La procession de saint Marc, établie à Rome, est plus ancienne encore que les Rogations. Elle se faisait le 25 avril , avant même qu'on eût fixé à ce jour la fête de saint Marc. Ce jour ne s'appelait alors que le jour des grandes litanies ou supplications. Rogations a le même sens; mais comme les Rogations furent établies en France avant d'être admises à
Rome, on les appela longtemps les litanies françaises, pendant qu'on appelait les supplications du 25 avril les litanies romaines, quoique ce fussent dans les deux fêtes les mômes prières. On jeûnait et on faisait abstinence autrefois les jours des grandes litanies; mais l'Église s'est relâchée ensuite de ces rigueurs en considérant qu'elles avaient lieu dans le temps pascal, qui est temps d'allégresse (1).
Qui ascendens super omnes cœlos....
Préface de la Pentecôte.
Eusèbe raconte, dans la vie de Constantin, que de son temps on n'avait encore jamais perdu de vue le lieu précis d'où Jésus-Christ, entouré de ses apôtres et de plus de cinq cents disciples, s'éleva au ciel. C'est, dit-il, le lieu le plus haut de la montagne des Oliviers. Il y a sur ce sommet, ajoute-t-ii, une caverne où Jésus-Christ , avant de quitter ses apôtres , les avait fait entrer, pour leur communiquer ses mystères les plus secrets. On croit que là il les communia pour la dernière fois, comme il avait communié les disciples d'Emmaùs.
Saint Jérôme, saint Augustin, saint Paulin de Nôle , saint Sulpice Sévère , rapportent aussi qu'en
(1) En beaucoup de lieux, les processions de saint Marc et des Rogations étaient historiées , et leur spectacle , qui conservait des souvenirs et parlait aux yeux, avait le don d'attirer les masses. Voyez, dans les légendes des commandements de V Église, quelques processions de ce genre.
montant au ciel Jésus-Christ avait laissé sur la terre l'impression de ses pieds; que ces vestiges y subsistaient toujours, quoique les fidèles emportassent continuellement un peu de cette terre, sanctifiée par une trace si auguste.
Un autre miracle signala encore la sainteté de ces vestiges révérés. Lorsque l'impératrice Hélène faisait bâtir, sur ce lieu même , la basilique de l'Ascension , on voulut paver l'endroit où restait l'empreinte des pieds de Notre-Seigneur des mêmes marbres choisis qui couvraient le reste du sol; mais on n'y put parvenir. La terre , comme si elle n'eût pu souffrir autre chose, depuis qu'elle avait été marquée de la trace des pieds divins, repoussait et rejetait au loin, par une vertu invisible, tout ce qu'on apportait sur ce lieu consacré. On continua donc d'emporter de cette terre bénie , sans que les vestiges qui la signalaient s'altérassent.
On lit de plus, dans saint Jérôme, que, lorsqu'on voulut achever le toit de la basilique élevée par sainte Hélène, on ne put jamais fermer la partie de la voûte qui répondait perpendiculairement à la place où l'on vénérait les empreintes des pieds sacrés. On laissa donc à découvert l'espace par où Notre-Seigneur s'était élevé.
Des témoignages des siècles suivants confirment, par de graves autorités, ce qu'on vient de lire. Mais la basilique de sainte Hélène fut plus tard détruite par les Sarasins. Lorsqu'on la reconstruisit, on entoura d'une balustrade en cuivre le lieu où était restée pendant plusieurs siècles l'empreinte sacrée
des pieds de Notre-Seigneur. C'est là que le pèlerin dont saint François de Sales, dans son beau livre de Y Amour de Dieu, nous raconte les tendresses , s'arrêta en disant : « 0 mon Seigneur Jésus, je vous ai suivi dans cette terre du salut, depuis Bethléem où fut votre berceau, dans tous les chemins que vous avez parcourus ici-bas. C'est ici que vous avez quitté la terre , permettez-moi de vous suivre et de la quitter aussi en ce même lieu , car où irais-je à présent ? » Après qu'il eut produit ces soupirs, il rendit l'esprit, et son âme suivit la route qu'avait tracée son Seigneur.
La fête de l'Ascension, instituée par les apôtres, a toujours eu lieu le quarantième jour après la Résurrection; et ce quarantième jour est toujours un jeudi.
Le dimanche dans l'octave de l'Ascension a été appelé par les Grecs le dimanche des Pères de Nicée , parce qu'ils honoraient ce jour-là les trois cent dixhuit Pères qui tinrent ce grand concile. On l'a aussi appelé à Rome le dimanche des roses, parce qu'on répand ce jour -là dans les églises les roses nouvelles.
L'évangile de ce jour, tiré de saint Jean, est l'endroit où Notre-Seigneur annonce à ses apôtres l'effusion du Saint-Esprit.
LA PENTECOTE.