Romania, VI
170 i.K(.i;m»i:s di movkn m.\:
1,1 lril)ii (le N('j)lilliali, (4 (.ominc ayant assisté à j)lusieurs scènes antcriemvs dr la vie <lu Christ. Kii outre, il raconte ses voyages autour du monde et en prolile [)our donner sur tous les pays possibles e( impossibles des renseignements qui, réunis, iormenl la plus étrange ellinographie (pi (tn |)iiissf iniaL;iuer. Les l)il)liograj)lies qui se sont occupés du .luil" Errant oui tous négligé de nous dire si les acUlitions se trouvent déjà dans les jjremières éditions du livi-e populaire, et ces premières éditions sont introuvables à Paris.
Ce nest pas seulement en l'rance que le Volksbiich allemand fut traduit : il j)assa en hollandais, en danois et en suédois. En anglais, il ne paraît pas avoir été traduit, mais il a fourni le sujet dune ballade, dailleurs assez peu poj)ulaire, qui est comprise dans le recueil de Percy. Des chants du même genre existent en diverses langues du Nord ; le plus célèbre est la complainte française. C(.'tte complainte, écrite avec une trivialité et une platitude souvent coini({ues, mais qui ne manque pas de naïveté et même à (pielques endroits d'un certain charme pénétrant, j)araît avoir été composée en Belgique. Elle met en scène les deux bourgeois « de Bruxelles en llrabaiil », dont la rencontre avec le Juif, en ItJiU,
avait laissé un souvenir dans le pays*; et elle lui donne le nom d'Isaac Laquedem, que nous retrouvons dans une complainte en flamand, publiée par Coussemaker dans les Chants populaires des Flamands de France-, et qui paraît propre aux Pays-Bas. On a reconnu dans Laquedem le mot hébreu kedem, qui signifie à la fois « origine » et « orient, » avec la préposition la, ([ui indique la direction, l'appartenance^; le nom a dû être fabriqué par quelqu'un qui avait une teinture d'hébreu. On attribue généralement cette complainte à l'an 1774 ; nous ne voyons pas pourquoi : le style nous en semble plus moderne, et elle est d'ailleurs rigoureusement datée; Isaac, interrogé sur son âge, répond :
.l'ai l)ien dix-huit cents ans
Je passe encor douze ans; J'avais douze ans passés (Juand Jésus-Christ est né.
A moins qu'on nc^ trouve à ces vers des variantes plus anciennes, il faut admettre que la complainte a été composée en l'an 1800. Nous remarquons
1. Au reste, Wolf, qui rapj)orte celle reiicoiilre au n" 534 de ses Niederldnclische Sageii, ne dit pas où il a pris cette date.
2. Elle ne diffère de la nôtre qu'en ce que le Juif rencontre un seul bourgeois et que la scène est àDunkerque.
3 Grœsse. p. 127; Schœbel, p. 44.
178 I.KC.RNDF.S l>l MoVKN Vdi:
«l;iiis rello rapsodic driix li-.iils (|iii fiuil ;tiij(iiird'hui j);irti<' inlirn'iil»" ih' l.i liiruiT du .liiif Ij-rniil. (>l qui, si nous ne imiis trompons, soid d('')à dans le Volkslnic/i : I im. (|ii il in.ii'clic loiijoiirs. l'aiilrc, qu'il a dans sa |)(i(lic cinq sons, qui se rcnouvcjionl à ni(>suif (|u il li"^ (Irpcnso. Le prcniijM- n'était qu infliqu»''. roninic nous l'avons vu. dans lo ivcit attribut'- ;il';i ni d'I"'itz(Mi : il rtaif naliu-cl (|ii il frdoxag'oré par la suite : c est ainsi (\\n- dans ini passapfr que tit Ahasvérus à Xaunihurt;-. au wu*" siéfir. il ne pouvait ni s'asseoir ni nièiuf i-cslcr en place. il ne mano-cait, ne buvail ni ne dormait. Quant aux merveilleux cincj sous, ils paraissent provenir des deux escaUua (dans d autres versions c'est un gros) que consent seulement à recevoir Ahasvérus dans l(M'écil de Dudiduns. Ici l'imaLfination p()pulair(> a h(Mir(Mis{Miienl modijié le modèle, et a créé un ti'ail vraiment l';inlasti(|ue et curieux. Au reste, on a remar(iué avec raison (pie les Grecs avaient un conte analogue: le magicien Pasès (voyez Studas) avait uiu* demi-obole qui. quand ill avait dépensée, revenait entre ses mains et on disait -') iliiTiToç •r,u.u.)'5'j).'.ov. romme nous disons (( les ciiuj sous du .hiif Krrant ».
Ahasvérus et Isaac l^arpuMlcm ur sont pas les seuls noms du ■lnit'l''.rranl. l)'a|)rès Scjndtz '. eo|)ié
I Sclnillz. hr Jiiihvo hninoilali, lùiMii^-shiT;;. Ifi80. !; I\.
Lr JUIF ERRANT 179
par Graessc (p. illl) là et ailleurs, Bouthrays appellerait notre héros Gregorius; mais Schultz (ou celui qu'il copiait lui-même) avait mal lu l'historien français, qui dit que Jésus s'arrêta anle tabernam gregorii illius (nani is cerdo fuisse dicUvr). Un chimiste allemand, Libavius, qui écrivait au commencement du xvii" siècle, lors de la grande vogue du personnage, révoquant en doute l'immortalité attribuée à Paracelse par ses adeptes, dit qu'il croirait plus volontiers à celle du Juif Aliasvérus. Il déclare ensuite que cette dernière n'est pourtant guère assurée, car les témoignages qu'on a sur le Juif se contredisent, entre autres alins ipsimi appellat Buttadaeum, alius aliter^.
Ce nom se retrouve ailleurs. Dans un livret l)opulaire allemand dont il parut en 1640 une édition citée à cette date par un contemporain, mais qui était sans doute bien antérieur, on racontait qu'Ahasvérus « frappa le Christ avec la forme d'un soulier. » On ajoutait qu'il « embrassa le christianisme et fut nommé au baptême Buttadiïus ^ ». Ces deux traits semblent indiquer un récit ofi on aurait rapproché, et par le coup porté au Seigneur et par le baptême,