‹ Légendes du Moyen âge. Par Gaston ParisChapitre 4 sur 51 · l'ar « Roncevaux », L;if(i cnlerui ici riiospieo · texte numérisé non relu

l'ar « Roncevaux », L;if(i cnlerui ici riiospieo

à Saiiit-.Iean-Pied-de-Port, attendant Roland, qui était allé réclamer le tribut de Marsile, roi d'Aragon ^ Près de ce cor sont deux masses ferrées, l'une de Roland et l'autre de Renaud-, dont ils se servaient dans les batailles et qu'ils portaient attachées à leurs arçons... Il y a aussi un étrier de Roland, et ses brodequins, qu'on dit que chausse le vicaire quand il chante la messe aux grandes solennités.

Sortis de l'église, nous allâmes par la terre voir les antiquités : tout près de l'hospice^, à l'occident, il y a une petite chapelle, que fit faire C-harlemagne après la mort de Roland et des autres paladins... Elle est en forme de carré parfait, pas très haute, et elle est située au propre lieu où Roland, après la seconde l)ataille, se mit à genoux, et, à ce qu'on dit, tourné vers Roncevaux, pleura ses gens et dit entre autres paroles : « 0 triste, ô infortunée vallée, maintenant tu seras toujours ensanglantée '' ! »

Enfin, voyant tous ses gens perdus, il se retira dans sa tente et prit le parti de sonner son cor ; il

1. Le bon Laf'fi s'embrouille dans ses souvenirs: c'est Ganelon, et non Roland, qui était aller réclamer le tribut de Marsile, roi de Saragosse.

2. Laffi se laisse ici influencer par les poèmes italiens, qui ont introduit partout Rinaldo : la seconde masse, qu'on montre encore, est attribuée à Olivier.

3. Le texte porte : Fiiori di délia Terra ad Occidenli quallro passi in circa, — ce qui paraît altéré.

4. Lafii raconte ici les derniers moments de Roland, surtout d'après le Morr/anle de Pulci, dont les derniers chants, imprimés à part sous le titre deRotla di Roncisvalle, étaient très poi)ulaires.

14 i.K(;KNnr:s ne moykn A(iF.

nionla a la cimo des monts, au Mou donl il a été ()ark'' plus haut ', pour que Charles |jùl entendre, et on dit qu'il sonna si fort que Charles renlendit. (ïela paraît une faraude merveille à quelques-uns; mais e'esl ehose croyable, ear du lieu où il sonna jusqu'à Saint-.Iean-lMed-de-l'orl, où Charles était campé, il n'y a que six lieues et demie: et on dit en vérité qu'il sonna si fort qu'à la troisième fois le san^- lui sortit de la bouche et du nez. et le cor même creva d'un côté, comme je l'ai vu moi-niéme. de mes yeux, fendu... Après avoir sonné, il retourna à sa tente; puis, donnant un coup d'œil à son camp détruit, il ne vit plus .lucun ennemi; mais, las et accablé de ce long combat, et de l'effort ([u'il avait fait en sonnant du cor, qui lui avait fait sortir le sanç^ de la bouche et du nez, il ne pouvait plus se tenir .sur son cheval; aussi, se rapprochant du pied de la montagne, où est une fontaine qu'on appelle aujourd'hui la fontaine de Roland, construite avec de très beaux ornements, il descendit de cheval et but deux ou trois traits do cette l'iuilaiiic... l'uis il saisit une dernière fois Durendal et en frappa plusieurs coups sur un rocher: mais il ne |)ul la briser, jusqu'à ce qu'enfin il donna un C(»up si fort qu'il trancha le l'ocher, en. sorte que l'épée elle-même éclata un peu au-dessous de la garde [je l'ai vue dans la galerie du mi d'Espagne, comme je vous le dirai

i. Plus haut, il a siniplemenl dit. commo ici : « ùla cime des monts », ce qui est vague. Ce détail n'est i)as dans l'ulci, et il est plus que probable (jue Laf'li la inséré d'aiJrf's les rcnsci^uetiients rci'ueiilis a Honccxnux : il est donc regrettable (juil n'ait pas précisé davantage.

RONCEVAUX Vô

dans la description do Madrid *)... Il se mit à genoux et se confessa, demandant à Dieu le pardon de ses péchés... Puis il se releva, et, pleurant fortement, il dit en regardant le ciel : « Seigneur, je remets mon âme entre tes mains. Tu sais, Seigneur, que j'ai toujours désiré mourir pour ta sainte foi. » 11 fit deux ou trois pas et tomba de nouveau à genoux, et, inclinant la tète, les bras tendus en croix, les regards vers le ciel, il reiTdit l'âme. Tout cela se lit dans le livre intitulé La Botta di Roiichvalle, et dans beaucoup d'autres.

Là, en ce lieu même, distant de deux ou trois pas de l'endroit où il se confessa, Charlemagne fit faire le tombeau de Roland et l'y ensevelit'. Ce tombeau est fait comme une petite chapelle en carré parfait, et de tous côtés il a environ vingt pieds de long, avec une belle coupole à pyramide cfui porte en haut une belle croix; dedans est le sépulcre, semblablement de figure carrée ; c'est à peine si une personne peut marcher entre le sépulcre et la mui-aille. On dit que d'autres paladins encore y sont enterrés avec Roland. Sur les quatre faces sont peintes toutes les guerres qui se sont faites en ce lieu, et aussi la trahison ; le tout est peint en clair-

1. En effet, plus loin (p. 326). Laffi décrit minutieusement l'épée de Roland qu'il a vue dans la galerie royale de Madrid, et note qu'elle présente « une l'ente longue d'un palme, qu'il fit quand il trancha le rocher à Roncevaux ».

2. Encore ici Laffi s'écarte de Pulci pour se mettre d'accord avec la tradition locale. Pulci (xxvn, 220) dit que Charlemagne emmena le corps de Roland et le fit enterrer à Ai.\-la-Chapelle.

Itj LKCJENDKS 1)1 MoVKN ACI".

obscur'. Au i)iod de l;i porli' de ccllo sépulture est la pierre que Hctland Iraiieha prés de la fontaine; comme je l'ai dit, elle est li-ndue parle milieu. Nous ne pouvions nous rassasier de la re{;arder. et nous serions toujours i-estés là... Klant demeurés deux jiiurs à Honeevaux, nous en partîmes le malin suivant, et avant de quitter ce lieu nous voulûmes voir encore le sépulcre de Roland, disant entre nous : « Dieu sait si jamais nous le reverrons! » Nous le regardâmes longtenn)S, longtemps, el nous écrivîmes sur une des pierres, avec la pointe d'un couteau, nos noms et nos surnoms... Puis, l'ayant regardé une dernière fois, nous partîmes tout doucement, nous retournant bien des fois pour revoir encore lionccvaux. t|uil nous déplaisait de (pjitter-.

Le tombeau de saint Jacques a cessé d'atUrer les pèlerins-, maisRoncevauxen api)elle d'autres, qui \i('iiiient y cii(>rclier les souvenirs liistoriques ou léçrendaires du l'aiiieu.x combal . M . ^\'('lll worlli Webster, le sagace investiL;alcur de loiiL ce qui concerne les Basques, leur pays et leurs traditions, n'y a pas fait munis de quatre voyages. .M. .liilicMi \'inson, le plus expert de nos basquisanls français, l'a visité il y a vingt ans ; autant en ont fait des érudils gascons comme J.-l'>.

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