Toute trace de peintures a mallieureuscment disparu
2. Viagr/io in Ponenle ù S. Giacomo dl CkiIUki di D. Domonico Lakfi. Seconda impressione (Bologne, 1(576). — Ce livre curieux à ii!u.s d'un égard a déjà été utilisé pour notre sujet par MM. .Mouaci cl Itajna.
Blatlé et l'abbé Dubarat. En 188 î, mon ami Pio Rajna, de Florence, l'auteur justement célèbre des Origirii delt Epopea francese et des Fonti delV Orlando Furioso, y venait pieusement de Pampelunc, et pouvait se vanter d'être le premier « romaniste » qui eut eu la joie de lire la Chanson de Roland à Roncevaux : il a consigné ses impressions et ses réflexions dans quelques pages lumineuses, auxquelles, sur tous les points qu'il a toucbés, il est difficile de rien ajoutera Dans l'été de 1900, mon ami Gaston Descbamps, — qui n'est pas romaniste de profession, mais dont la curiosité alerte est universelle, — s'y rendait de Saint-Jean- Pied-de-Port, et communiquait ses impressions aux lecteurs du Temps. : il reçut à cette occasion et imprima toute une série de lettres qui prouvaient l'intérêt soulevé par les questions effleurées dans son article*. Dans sa lettre du iO décembre 1900, M. Camille JuUian voulait bien s'en remettre à moi du soin de décider un des points en litige. J'acceptai, non de rien décider, mais de tout examiner. Je devais justement passer à Biarritz mes vacances de Pâques en 1901, et
1. On les trouvera dans le recueil intitulé : llomenaje fi Menéndez y Pelayo; estudios de erudicion espanolu (Madrid, 1900), p. 383-395.
2. Voy. le Temps des 16 septembre et IG décembre 1900, 13 et -21 janvier et 3 février 1901.
18 I.KCKNDF.S I)L' MOYKN M.W
Javais lU'-jà le ijr()j(>l d'en proliler j)Oiir faire à mou tour le i)Moriiia u^e de lîoiieevaiix. .l'ai |>u réaliser ce projet le 10 avril, el je voudrais douucr ici le résuuir de cf (jiic cclli' visilc. joiule à l'élude des textes el des documents, ma pciinis, sinon de conclure, au moins de j)roposer siu- la lopographie réelle de la bataille du 15 août 778 et sur les rapports, en ce j)oint, de la poésie avec 1 histoire.
L'accès de Roncevaux, du côté de la France, est maintenant des plus faciles. Lu courrier part le matin à dix heures de Saint-Jean-Pied-de-Port et arrive au village de Burguete, — à trois kilomètres au delà de Roncevaux, — vers six heures. Huit heures pour faire environ 'io kilomètres, cela peut paraître long ; mais on s'arrête pour déjeuner à Luzaïdc ; puis la distance kilométrique est évaluée à vol d oiseau, et la route, au moins dans sa dernière partie, où elle gravit tout le temps des pentes souvent très raides, fait île continuels lacets. Elle est d'ailleurs excellente et fort pittoresque : même en dehors de rintérèt qui s'attache à Roncevaux, elle vaut la peine d'être suivie.
On nous avail forl dissuadés d'(Milreprendre ce
voyage, nous assurant qu'à cette époque de l'année le froid serait terrible sur les hauteurs, et surtout que nous y trouverions un brouillard qui nous empêcherait de rien voir. Comme nous n'avions pas le choix du moment, nous risquâmes l'aventure, et bien nous en prit. Le temps, qui avait été pluvieux le matin, fut admirable le jour de notre voyage et le jour suivant, que nous passâmes à Roncevaux ; nous ne vîmes pas la moindre de ces brumes qui., paraît-il, couvrent souvent pendant des semaines tout le paysage d'un voile humide et gris , et nous n'eûmes d'autre souvenir de l'hiver à peine passé que quelques belles plaques de neige étincelant sur le flanc des montagnes. Assurément la véQ:étation eût été plus belle et plus riche au mois de juin, et d'autre part j'aurais eu plaisir à me trouver à Roncevaux le io août, au jour anniversaire de la bataille ; mais, en somme, nous avons été favorisés dans notre visite par un temps exceptionnel en cette saison.
(3n sort de Saint-Jean-Pied-de-Port par une porte gothique, reste des anciennes fortifications ; les détours du chemin permettent de jouir quelque temps du coup d'œil original qu'offre la vieille ville avec ses hautes maisons basques serrées l'une contre l'autre, enfermées dans les
20 i.r.(;KM)i:s dc M(tvi:N \iir,
rcniparls (Irsorinais iimlilcs et domiiKV's par la ciladelledc \'aiil);iii. <>ii la perd vile df \ ne cl l'on comnKMU'i' à sricvci-, dahord doiiccmont, (Il icinonlanl lo cours de la Nivc d Ai-iir^iiy, cjui, de|)uis Il)an<'la. virnl à iioli-e iviicuiiliT et nous Iraco la voie. A parlir do Boryara, elle scrl de fronlièrc ciilro la France et l'Espairnc; à Arnéy^uy, dernier vilhii^e iVan(;ais, nous la IVaiicliissons, et désormais nous sommes en terre d'I-^spairnc
C'est une délimitation siiiuulière (pie celle qui a été établie ici. La vallée où nous entrons appartient tout entière au versaid fiançais des l'yrénées : c est Ihaùeta, ininiédiateiuent avant lluncevaux, qui manjuela liQue de séparation des eau.v ; il semblerait donc uatiu-el (pie la frontière suivit cette ligne, au lieu quelle la dépasse et forme une boucle qui s allonge en descendant sur le versant septentrional. On dirait que l'Espagne a voulu, en empiétant ici sur le sol français, consacrer sa victoire d il y a douze siècles et ré])ondre aux d(M-nières paroles de Roland s'érriant : « Ce champ est nôtre ! »
Bientôt on arrive à Luza'ide : c'est le nom Ijascjue ([ue du petit bourg (jui est le chef-lii-u de la « vallée de Charles », et qu'on ajjpelle ordinairement, comme elle, N'alcarlos. Ses maisons se groupent sur un promontoire (pii domine le profond ravin
OÙ coule la Nive d'Arnéguy. A partir de là, le paysage est plus âpre : la route est souvent taillée à pic dans les rochers gris qui descendent comme en cascades jusqu'au torrent qu'on voit verdir et écumer tout en bas. Au bout dune heure environ, l'aspect s'adoucit tout en devenant plus grandiose ; la barrière des montagnes s'élargit ; elles apparaissent dans toute leur ampleur, majestueuses sous leur vêtement sylvestre. La route, de plus en plus raide, monte en zigzags presque parallèles, si bien que nos mules ne font que six kilomètres en' sept quarts d'heure, et que nous nous faisons l'effet de ne pas avancer, voyant toujours, semble-t-il, du haut de la banquette où nous sommes juchés, à la même distance dans le fond de la vallée, le point que nous avons quitté il y a deux heures. Nous avançons cependant au milieu d'arbres magnifiques, hêtres, chênes, cliâtaignicrs, dont les masses vont en s'cpaississant, mais dont les branches encore presque sans verdure nous laissent voir les contours des monts voisins.
Nous ne montons plus. Nous sommes au col d'Ibaneta, où quelques pans de murs subsistent seuls de la célèbre chapelle du Saint-Sauveur, brûlée dans les guerres carlistes. De là nous embrassons un immense panorama : derrière nous
22 i.i:i;f.m)|-,s nr movkn m, y.
l'élroile vallrc (|ii(' nous venons de s^Tavii'; dcvanl nous un vaste cir(|iii' verdoyant, cnliMii.' de lous côtés de nionlap^nes l)oisécs : lloncovaux ! A nos pieds nous ne voyons d'ahord ((u Un (•\)ins massif de hêtres qui, comme au temps dcLafli, et malgré l'absence de feuilles, nous em{)èclie d'aj^erccvoir l'ancien hospice, situé cepemlanl à peine à un quart tic lieue. On ne le découvre (|uc ipiand ou est tout près de ranli(|iie xdTile, (lui lui sitI d'entrée comme jadis ; mais ce ([u'on voit d'abord, Lafli, heureusement pour lui, ne le voyait |)as : ce sont les horribles toits de zinc doni on a récemment coiffé les tours carrées et assez impoiîantes du vieux bâtiment.
Notre voiture contourne les bâtiments de Ihospiee (Real Casa de Roncesval/es.). — qui servent encore de résidence à douze chanoines auiiuslins. — ])uis l'église collégiale, j)asse devant la chapi'lle funéraire et la petite église dont je parlerai tout à riieure, et s'arrête devant hxposada du village : l'aspect n'en est pas fort engageaid, si bien que nous poussons jusqu'à lîurguete, où s'arrête le courrier, et où nous espérons êlre un peu mieux logés. Kn revoyant, le lendemain, la posada deRoncevaux. nous lui avons fait amend»' honora])le. l'.lle conlicnl d(^s cliand)r(\s très piopres, et la maison elie-mr"m(\ si elle a une façade
peu attrayante, a sur la droite un côté assez curieux : un mur sous pignon, bâti en grosses pierres carrées noires etblanciies formant damier; de chaque côté de la petite fenêtre qui occupe le milieu, deux pierres sculptées avec la croix crossée, insigne des chanoines, et la date 1612 : c'est évidemment une ancienne dépendance de l'hospice. Nous y avons déjeuné en compagnie de rouliers et de muletiers basques, d'un beau type vigoureux et svclte, qui se sont montrés d'une politesse accomplie envers les étrangers.
Pour arriver à Burguete, nous traversons le plateau de Roncevaux dans une grande partie de sa longueur, ce qui nous en donne une première et déjà assez complète idée.
Si je n'avais été prévenu par la lecture de descriptions antérieures, j'aurais éprouvé une vive surprise. La Chanson de Roland évoque pour nous, avec une incomparable puissance, autour du nom de Roncevaux l'image de gorges profondes, de hauts rochers sombres laissant entre eux d'étroits défilés :
Hauts sont les monts et les vaux ténébreux. Les roches bises, les détroits merveilleux...
Hauts sont les monts et ténébreux et grands, Les vaux profonds où courent les torrents.
24 i.K(;f.ni»i:s di M(iyi:n \<;r.
Ce tableau si viQ^ounniscmcnl tracr en si peu (lo traits s'est piravr dans l'iniau^ination. « Roncevaux! vallon triste elsonihre! » faisait dianter le Itoii Mermet à un cliM-iir de g'ucrriers sarrasins, et le (li'((ir final de son Roland à Rnncevatix «'"lait sinistre à sonliail. (hid n Csl Amu- pas r^tonnemcnl du touriste indjude ces impressions, quand il ai-rivi^ sur ce plateau spacieux, (|ui s'arrondit comme une large coupe entre des montagnes à pente douce, — c'est bien probablement un ancien lac, — et qui ne présente aux yeux que des aspects de riante idylle ! « Le regard se promène, dit P. Rajna, sur une vaste plaine elliptique, toute verdoyante darbres et de prairies, ceinte de hauteurs gazonnées et boisées du pied au sommet, et qui, l'altitude étant déjà ici d'environ mille mètres au-dessus du niveau de la mer, ont l'aii' de collines plutôt que de montagnes. » Et un auteur espagnol, enthousiaste historien de la 7?eaZ Casa de Roncevaux, décrit ainsi la plaine où elle s'élève : « La vallée, de lorme elliptiqui^ irrégulière, a cinq kilomètres dans son plus grand diamètre, trois dans le plus petit. Une masse d'arbres magnifiques y permet la promenade même au mois de juillet quand le soleil est au zénith : ses rayons ne pénètrent pas dans les frais sentiers qui traversent ces bois de hêtres
séculaires, et l'herbe qui y croît recrée la vue par ce vert obscur des plantes vierges des rayons solaires, de môme que l'odorat ne se lasse pas de sentir le parfum dos fleurs et que l'ouïe est charmée par le gazouillement des mille espèces d'oiseaux qui peuplent les bois... Pour que rien ne manque à Roncevaux, tout n'y est pas forêt. Il y a de vastes prairies où, grâce à Ihumidilé de l'atmosphère, croît une herbe luxuriante ; des ruisseaux y serpentent et semblent au soleil des lames d'argent. Toute la plaine est entourée de montagnes, embellies parla frondaison touffue de hêtres robustes. De tout point élevé on a une perspective m.agnifiquo... Tout ce que l'imagination peut créer, tout ce que le désir peut souhaiter, est réuni là^. »
C'est surtout à Ihcure où nous le traversons pour la première fois, presque au moment du coucher du soleil, que ce lieu de funèbre mémoire est plein de charme, de poésie et de paix. On voit de tous côtés des troupeaux de bœufs, de moutons, de chèvres, de jeunes chevaux qui bondissent dans l'herbe haute ; on entend les clochettes et les grelots des bètcs qui reviennent lentement à leur gîte de nuit et que nous verrons
1. H. Sarasa. Resena hislorica de la Real CasadeNuestra Senora de Roncesvalles (Pampelune. 1878).
l.KCKNDKS l>r MOVKN ACK
loiil à l'Iicuri", à lîiirLfiiolc, fiilnn' av(>c une faitiiliarilé conlimiirrc dans les |)('lilcs maisons cubiques, senihlahles à de gros dés d<»iil les fenêtres carrées seraient les points, par la même porte ciui sert aux jiahilanls. \.r soir, à Taulx-ri^e, nous voyons danser \nJota aux sons de la guitare etdes castagnettes, et en nous endormant nous avons quelque peine àretrouvcM'dans notre mémoire les souvenirs tragiques (pii semblaient <l(\dir se dresser de toutes paris autour de nous.
Nous avons rearardé le lendemain en détail ce ([ue nous avions aperçu d'ensemble le jour de notre arrivée, et rimj)ression première cpie nous avions ressentie n"a fait (juc se confirmer. Nous avons fait (UMliarmantes promenades le long des ruisseaux et sous les avenues de grands hêtres. Quant aux monuments qui s élèvent à Textrémité nord de la plaine, ils ne nous intéressent ici qu'en tant qu'ils se rallaclient au souvenir de la grande bataille ; ils ne s'y rattachent d'ailleurs que par des traditions dont il nous faudra rechercher l'authenticité, quoiqu'elles soient ])arfois très anciennes.
L'hospice a été jadis très important. 11 fut fondé en 11 :Î7 |)ar l'évêqnc^ de Pampelune,
Sanche de la Rosa, et le roi d'Aragon Alphonse le Batailleur, au pied du col où, dit la charte de fondation, des milliers de pèlerins, allant d'Espagne à Rome ou de France à Compostelle, avaient été étouffés sous la neige ou dévorés par les loups. Pendant des siècles il accueillit, hébergea, soigna dans leurs maladies, ensevelit pieusement, quand ils succombaient à leurs fatigues, d'innombrables voyageurs. On ne traversait pas la montagne, en effet, dans les siècles passés, aussi aisément qu'on le fait aujourd'hui : le chemin que nous avons suivi n'était qu'un sentier à peine praticable j)our les mulets; la route ordinaire, qui, partant de Saint-Jean-Pied-de- Port et gravissant tout de suite des pentes abruptes, passait par le « Port de Cise », était très rude, surtout dans la mauvaise saison : en loGO, la pauvre petite Elisabeth de ^'alois, qui venait trouver son mari, encore inconnu d'elle, le terrible Philippe II, arriva à Roncevaux, le 2 janvier, à demi morte de froid et de peur, ayant perdu sous les avalanches de neige une partie de ses charrois et les équipages de ses fdles d'honneur. L'hospice avait, pour subvenir aux besoins de sa charité, de grandes possessions, des commanderies en plusieurs pays, et le privilège de faire des quêtes par toute la chrétienté.
28 i,i-:(;r.Nr)rs nr mmvkn a(;k
Je ii(^ jiuis ici m'rtondrc sur riiisloiro <lo celle célèbre maison ; jf ih- (li'-crirai pas non j)liis le bàtiincnl Ici (|iril csl anjourd'lini : on y voit réunies des consirnclions (rr|)oqncs loil diverses, l'église fondée |);ii' le mj de Navarn" Sanclie le Fort, le cloître où il esl enterré el où soid suspendues les chaînes qu'il rapporta de la fameuse victoire de Las Navas (1212), les joyaux d'orlc'vrerie et de broderie que conserve encore le trésor; tout cela mérite d'être vu el étudié, mais est étranger à mon sujet. Je dirai seulement qu'aujourd'hui ce qui lait, aux yeux des habitants du pays circonvoisin, la grande noblesse de la maison et la véritable attraction de Roncevaux, ce n'est nullement le souvenir de la bataille d'il y a douze siècles : c'est une Vierge en bois, qui esl censée avoir été miraculeusement révélée, à une époque qu'on ne j)récise pas', oi qui est l'objet d'une grande dévotion populaire. L historien de la Real Casa termine sa description lyrique du i)lateau de Roncevaux en s'écrianl : « Dieu a créé au milieu de ces monts sauvages une oasis délicieuse ])our en faire le séjour de
i. En tout cas. elle était inconnue au xui» siccie. car l'auteur du poterne ialin sur la maison de Roncevaux, qui en énumî're toutes les ploires, ne fait aucune mention de la Vii^rffe miraculeuse.
la Vierge de Ronce vaux ! » C'est là, pour le voyageur qui cherche ici des impressions d'un tout autre ordre, une surprise morale aussi grande que celle qu'il éprouve, s'il n'est pas prévenu, au premier aspect de ces lieux qu'il rêvait tragiques et qu'il trouve gracieux et riants.
Des souvenirs plus ou moins sérieux de la bataille ne sont cependant absents ni de la collégiale, ni du pays. Dans la collégiale, on montre les masses d'armes de Roland et d'Olivier, les pantoufles de velours de l'archevêque Turpin ; on montrait jadis le cor de Roland et aussi celui d'Olivier, lépéc de Roland, ses éperons, un de ses étriers, etc. ; la plus grande partie de ce bric-à-brac a disparu et mérite peu de regrets ; mais les édifices que l'on rencontre successivement dans la plaine en allant de l'hospice à Burguete sont plus dignes de retenir un instant l'attention.
L'ancienne église paroissiale, aujourd'hui abandonnée, qu'on trouve d'abord à sa gauche, n'offre rien d'intéressant. Mais il n'en est pas de même de la chapelle du Saint-Esprit, presque contiguë à cette église. Lafti, qui l'appelle « le tombeau de Roland », la décrit fort exactement, si ce n'est qu'il rétrécit trop l'espace du couloir carré, formé par une seconde construction, qui entoure l'édi-
30 I.Kf.F.NDF.S DU MOYEN A(;R
culo cl (jui osl LMU'oro aujourdliiii un lieu d iiiliuinalioii r<irl rcclicrclK''. I/ôdiculi- lui-mrme cxislail (Irjà au xii'' sirclc, cl un i^jcnic l.iliii <'(nnpos6 cil riit.iiiH'iir (le I hospice de Hotïccvaux vers 1215 nous le (l('ci-il Ici i|uil e>l encore : « l.a fabriiine (le celle liasiliciiic csl carrée de loiis côtés, mais le sonimel esl arrondi cl porle une croix. Ou raj)pcllc charniev i)ai'cc (pi'cllc sert aux chairs des morts; oUc est visitée p;ir les anges, à ce qu'assui'cnl ceux »pa les nul entendus. » La liadition actucHc. ([ui existait <h''jà au moins au xvii'' siècle, esl (pic les ^ucrriei's de Roiiccvaux y sonl (Mderrés, cl ou y céh'hre encore clKupie année un oflice poiu- leurs .nues. La cha|)(dle a au-dessous dVIle un soulei'rain où, en rcLi'ardaul par des oiiverlures praticpiécs au lias du inui-, on voit quelques ossements au milieu île la lerrc noire provenant du détritus de nombreux cadavres. t)n j)ense, non sans émotion, au « charnier» dans lc((uel, d'après la Chanson, Charlemagnc fit réunir les corps des Francs lues dans le combat. Lédicule, dans la simi)licilé archaïque de sa construction, i)ourrail assurément remonter jusfpi au vui'' si('cle. Il est probalilc toutefois (pi'il est j)lus récenl cl (|iril n ;i rien ,"i ïiùvc avec la g-rande bataille. Le j)oème lai in en question ne f;iil aucune allusion à (>harlemai'iK> et dit sim-
plement que ce charnier était consacré à lenterrement des pèlerins qui mouraient à 1" hospice. De leur côté, les pèlerins qui, à la fin du xii^ siècle, passaient par là, ne cherchaient pas dans cette chapelle l'ossuaire des compagnons de Roland. Ils acceptaient une tradition d'après laquelle Charlemag-nc, embarrassé de distinguer les morts chrétiens des infidèles, pria Dieu de lui en donner le moyen : aussitôt un arbuste épineux naquit du corps de chaque Sarrasin. « Les bons pèlerins qui vont par là à Saint-Jacques les voient encore », dit un renouvellement de la Chanson de Roland. Ce renouvellement ajoute que les Français enterrèrent alors leurs morts en soixante ou cent charniers, épars dans la plaine, et que Dieu fit croître sur leurs fosses des coudriers frais et verts, « qui y seront visibles à toujours ». Cette chapelle a donc sans doute été construite au xn*^ siècle et affectée dès loi-igine à la sépulture des pèlerins.
Devant la porte de la chapelle du Saint-Esprit, on voyait, du temps deLaffi, la pierre que Roland avait fendue avec son épée ; au xn'^ siècle, c'est dans l'église de l'hospice qu'on la montrait, à ce que nous apprend un Guide des Pèlerins de Saint- Jacques composé avant 1140. Elle a disparu.
Un peu plus loin sur la route de Burguete se voit encore, toujours à gauche, une vieille croix
32 LKCr.NDKS 1)1' MdYl.N A(.l.
(le pierre, (jn on ;i|)])elail jjidis la Croix des l'èlel'ins ; elle porle des bus-reliel's gi'ossioi's, représontanl \c Christ, la \ iergo cl des saints, avec une inscription en caractères très frustes, (pii semblent être du W^ siècle, et que je ne suis pas arrivé à déebiiïrer j)lus ipir les anlitpiaires qui les ont examinés avant moi.
La « fontaine de Roland » se trouve au lont^ d'une avenue de locaux arbres cpii forment la « |)romenadc w de lloncevaux ; du temps de Laili, elle était abritée par une construction ornée dont il ne reste rien. C'est là, disait-on, que Roland avait bu pour la dernière fois ; tout auprès était la pierre fendue par Durendal, et (|ii on avait transportée d'abord dans l'église collégiale, puis devant la chapelle funéraire.
Tous ces Souvenirs, — bien que plusieurs aient été très anciennement désignés comme tels, — n'ont évidemment aueune authenticité. Ils sont le produit ou de Timagination des visiteurs venus de France ou de l'elfort fait par les gens de Roncevaux pour répondre aux questions de ces visiteurs et satisfaire leur pieuse curiosité. Il n'est pas vraisemblable que révénemiMil de 778 ait
donné naissance à une tradition locale. La tradition historique est partout extrêmement courte : il est bien rare, quoi qu'on en ait dit, qu'elle dépasse de beaucoup une génération. Ici toutefois l'orgueil qu'ont dû concevoir les vainqueurs d'un roi puissant, fameux par tant de victoires, les monuments que Charles lui-même — comme nous le verrons — avait sans doute élevés sur les lieux, auraient pu préserver quelque peu, chez les montagnards navarrais, le souvenir de leur triomphe ; ce souvenir aurait d'ailleurs, cela va sans dire, été hostile aux P'rancs ; il n'aurait en tout cas rien conservé de Roland, — dont le nom même devait être inconnu à ses agresseurs, — et n'aurait pas consacré les exploits et les derniers moments d'un héros ennemi.
Mais ce souvenir même ne paraît pas avoir existé. Les Basques n'ont ni légendes historiques \ ni chants historiques - ; leur rapide oubli du passé
1 . Il n"est pas inutile de dire que les lieux appelés aujourd'hui, en France, « Pas de Roland », « Brèche de Roland », etc., n'ont reçu ces dénominations qu'à une époque très récente (on n'a trace d'aucune avant le xvni» siècle), et les doivent à l'invention de poètes ou d'érudits locaux. Il en est sans doute de même du Sallo de Roldan en Espagne.
2. On leur en a fabriqué quelques-unes à l'époque romantique, et entre autres un chant sur la bataille de Roncevaux, le prétendu Citant d'AUabiscar, qui a longtemps trompé les critiques. On sait aujourd'hui que ce prétendu chant (en prjsc !), ada|)té à un refraui populaire sans
34 I.KiiKNhl.S Dl MdVr.N Ai.f.
contraste avec Inir allacluMiicnt ;i leurs vieilles coutumes cl à leur «jceiire de vit- liérédilairc. D'ailleurs, les g'orjj^es du INu'l de (iisc. If col d'ibafiela, la |ilaiii(> de llonccvaux et ses alentours furent longt.enii)S des lieux ])res(|ue inhahilés, où ne pouvait guère se maintenir un souvenir traditionnel, lui 1 1'27, l'évèquc Sanche delà lîosa, dans la charte de iondalioii de l'hospice de Roncevaux, — bien (|u'il (li''c lare le bâtir près de la « chapelle de Charleniagne w, — ne fait nulle mention de l'événement, ([ui cej)endant, grâce aux poètes français et à leurs imitateurs, était déjà chanté dans Tlùiropc entière et même en Espagne ; il est bien probable que l'évèquc de Pampelune n'en avait aucune t'onnaissancc.
On est plus surpris de constater le même silence dans le panégyri(ju(^ de rhos|)ice, écrit en vers latins ryUuni([ues vers l'215, et dont l'auteur recherche tout ce cpii peut glorider cette maison. Cela est d'autant plus l'rappanl t[ue, trois tpiarls de siècle plus tôt, le Guide déjà cité résumait l'histoire de Roncevaux d'api'ès nos chansons de geste et racontait (pi'on nionlrait à l'église de l'hospice le « i)erron » fendu jiar Durendal.
aucun rii|)i)url avec le sujet, a elé coinpus/ cii /'rani'uis, on I8i8, à j'aris, |)ar(iaray de .Monglave et mis en basque l)ar son ami !.. Dnlialde.
RONGEVAUX 35
L"omission, dans le panégyrique, est peut-être volontaire. Il commençait, en effet, à se produire en Espagne, parmi les érudits, une réaction patriotique contre la façon dont les poèmes français présentaient l'événement qui avait eu Roncevaux pour théâtre.
Les poèmes français — contrairement à l'historiograpliie officielle qu'ils ne connaissaient pas
— présentaient les agresseurs de l'arrière-garde de Charlemagne, non comme desNavarrais, mais comme des musulmans venus de Saragosse. Les pèlerins qui, dès la fin du ix^ siècle, passaient les monts pour aller à Compostelle étaient imbus des récits des chansons de geste, et les répandirent autour deux. Les jongleurs français, qui venaient en nombre chercher fortune aux cours de Castille, y apportèrent ces chansons elles-mêmes, et les jongleurs espagnols, formés à Fécole des nôtres, reproduisirent d'abord sans arrière-pensée la version française : les ennemis de Charlemagne, étant des « Sarrasins », des « païens », on n'hésitait pas à prendre parti contre eux. Mais au commencement du xni^ siècle, un clerc espagnol qui était venu étudier à Paris, Rodrigue Jimenez,
— plus tard archevêque de Tolède, — lut les chroniques latines, et vit que l'attaque de l'arrièregarde franque y était attribuée à des ^'avarrais
30 i,K(^RM)r.s 1)1 M(»vrN Acr.
et non à (h'S Sarrasins, (hiand. rcnli'r dans sa patrie, il l'-crivit son liisloiic d Mspagnc, il prolesta contre les assertions dis < liansonsde geste, et revendi(|na la défaite de Roland comme un liln- de gloire |iour ri''s|)aLrne 11 n Usa j)as toutefois icjcicr (dinplMcnicnt le ircil iL,M'Miéralemcnt admis : il siii)i)osa <pie les Espagnols avaient été en cette occasion les alliés des Mores, ce qui, du moment qu'il s'agissait de repousser l'étranger, ne cliofiiiait pas 1(^ jiatriotisme castillan, llodrigue fui sui\i dans cette voie et par le l'oyal chroni- (|iieur Ali)lionse X el |)ar les auteurs suhséipients de canlares de ge>ita. Or, il y a des raisons assez sérieuses d'attribuer à Rodrigue Jimeiii'z lui-même le poème latin ou l'honneur de Roncevaux : on comprend que, ne voulant ni froisser les pèlerins qui arrivaient pleins des récits épiques, ni s'associer à leui- façon de comprendre la défaite des PYançais, il ait gardé le silence sur ce point délicat.
L'essentiel, pour nous, c'est de constater qu'il n y a jamais eu de tradition locale à Roncevaux ni aux alentours. Ce qu'on y a su du désastre de 778, on l'a appris du dehors, d'abord parles pèlerins, puis par Rodrigue de Tolède et ceux qui se sontinspirés de lui. Anjotn'il liui, c'est liien connue" une victoire espagnole qu'on l'y envisage. Le prieur
des chanoines, qui nous montra, avec la plus grande amabilité, la Real Casa, la collégiale et la chapelle funéraire où il croit que sont enterrés les morts de la grande bataille, voulait faire preuve de courtoisie envers nous, en même temps que d'esprit vraiment chrétien, en nous disant avec un sourire : « Nous célébrons tous les ans un service pour eux tous, aussi bien pour les Français que pour les Espagnols. »
Ce sentiment patriotique amena, au xviii® siècle ou à l'extrême fm du xvii® siècle', la construction d'un petit monument commémoratif en l'honneur des vainqueurs de Roncevaux. Un pèlerin qui le vit en 1748 le décrit ainsi : « On voit, au milieu de cette plaine, où se donna la bataille, une croix d'environ quinze pieds de haut, tout de fer, de cinq pouces en carré. Elle est sous un pavillon soutenu de quatre piliers de fer, et le toit aussi de feuilles de fer, le tout solidement bâti. « Le monument portait sans doute une inscription exaltant les Espagnols au détriment des Français, car il excita, en 1794, l'indignation des représentants Baudot et Garraud, qui accompagnaient l'arniée française campée à Roncevaux. Ils tirent démolir l'offensant trophée, plantèrent sur la place un arbre de la liberté, et envoyèrent à la Conven- 1. Il n'existait pas du temps de Lafti.
38 IKCF.Mir.S ])[ MoYKN A(.l".
tidii le i;i|)|)orl suivant, (uToii pciil lirr au .)/o;n'teur. cl <iiii est trop savoureux [xtur ([nOn ne nio saclio pas «^^ré do le duiuKi- i<i :
L'iinn<M> des l'vr<Mi(''OS occidontalo:-;. rcMiipoilaiit a Eguy' Il lie viftoirc le 2ii cl le 21 vciidcniiairc, a vengé une anciciiiic injure laite a la n.ilion française. Nos ancêtres du temps de Charlemagne furent défaits dans la plaine de Roncevaux. I/l'sp.iLrnol avait élevé une pyramide sur le champ de i)atailie. Vaincu à son tour par les l'épublicains français, déjà son propre sang en avait effacé les caractères; il ne restait plus ([ue le fragile édifice (pii a été brisé à l'instant; le drapeau de la République Hotte aujourdhui où était le souvenir mourant de lOrgueil des rois, et lai-brc de la liberté a remplacé la massue destructive des tyrans, l'ne inusi(iue lnuclwiiite et guerrière a suivi cette inauguration.
Ce n'est pas sans amertume (juc riiistorieu de la Real Casa rappelle cette destruction : « Au milieu de celte plaine, dit-il, s"él(>vail aulrelbis la Croix de lîolaud, monument érigé en souvenir de la vicloiro rciiiporléc là par les vaillants Xavarrais et détruit par les descendants de ceux qui succombèrent aux rutles coups îles masses d'armes espagnoles. »
t. (tu Eiif/tii, villagL' (k- .Niivairo, ciUir l'ampeluiie cl Hi)iu-ovaii.\.
11 y a cependant, sinon à Roncevaux même, du moins dans les environs immédiats, des souvenirs de Charlemagne qui peuvent prétendre à une haute antiquité. Dans la charte de fondation de l'hospice de Roncevaux, dont j'ai déjà parlé, l'évêque de Pampelune, en 1127, déclare qu'il l'établit « au sommet' du mont qu'on appelle Eonsesvals, près de la ciiapclle de Charlemag-ne, le très glorieux roi des Francs ». C'est la chapelle d'Ibaneta, qui fut maintes fois rebâtie, mais qui, d'après ce texte incontestable, existait au moins au commencement du xii^ siècle et était alors considérée comme ayant été construite par Charlemagne. Je ne vois, pour ma part, rien qui puisse faire douter de l'authenticité de cette attribution. N'est-il pas naturel de croire que Charles — qui, nous le savons, prit furt à cœur le désastre de Roncevaux — a voulu consacrer par une construction pieuse le lieu où étaient morts ses fidèles guerriers-? 11 faudrait, pour contester la valeur du nom si ancien de la chapelle, admettre qu'il lui a été donné par les
1. Il faut entendre : « près du sommet. .. » Car, bien peu d'années après la fondation de l'hospice, le Guide des Pèlerins nous le montre déjà là où il est encore aujourd'hui.
2. Naturellement, il ne dut pas élever la chapelle au moment même; mais il donna des ordres pour qu'on la construisît.
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pèlerins apportant à Ronccvaux leurs souvenirs poétiques. Mais alors (jui I aurait construite? et pounpioi ? Nous venons de voir que le lieu où elle sélevait était, vu 1 \-l~. tellement désert que (les bandes de loups y attaquaient les voyageurs ; la plaine de Roncevaux elle-même, encore au commencement du xiii'' siècle, était, d'après le poème latin de 1215, tout à fait inculte. Charles avait sans doute pris, pour protéger la chapelle et le passage, des mesures qui furent abandonnées dans lanarchie des x'' et xi" siècles ; la fondation de Sanche de la Rosa lut la première tentative qu"on lit pour ramener (pi('l(|ue sécurité dans cette région. On ne s'expliquerait jjas dans l'intervalle l'érection de cette chapelle.
Un autre monument élevé par Charlemagne parait se rattacher, sinon au désastre du 15 août, au moins à l'expédition de 778 : c'est la Croix de Charles {Crux Karoli). Elle est mentionnée dès 980, dans une charte épiscopale de Rayonne, comme formant la limite de la vallée de Gise. l'allé s'élevait |ii'(ihiii)lcinent au pdini le plus haut (le la roule l'omaiiic, ipic suivit certainement larmée IVancpie, au retour comme à l'aller. Voici ce qu'en tlit le Guide des Pèlerins souvent cité : « Au pays des Basques, sur la route de Saint- Jacques, se trouve un mont très élevé ipion
appelle le Port de Gise ; la montée en est de huit milles et la descente d'autant. Il est si haut qu'on croit, quand on est au sommet, qu'on va pouvoir toucher le ciel. De là on peut voir trois royaumes : la Castille, l'xVragon, la France. Tout en haut est un endroit qu'on nomme la Croix de Charles, parce que Charles, se rendant en Espagne avec son armée, pratiqua, à l'aide de haches, de pics, de pioches et d'autres instruments, un chemin sur ce mont, et y éleva une croix... Là les pèlerins s'agenouillent, font une prière et plantent chacun une croix en terre ; aussi peut-on y voir des milliers de croix. » Rien n'engage à suspecter la parfaite exactitude de ce renseignement, qui s'applique sans doute à Château-Pignon, point culminant du Port de Cise. Charles aura, non pas construit, mais restauré la voie romaine, et les termes dont se sert notre auteur font croire qu'il avait rappelé ce travail dans une inscription gravée sur la croix. Des recherches bien conduites feraient peut-être retrouver ce précieux monument.
Plus embarrassante est la désignation de Vallis Karoli, Val Carlos en espagnol. Val Charlon dans divers textes français. Elle apparaît vers il 30 dans un poème allemand qui contient une curieuse version de la guerre de Charles en Espagne,
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j)iiis. (]ii(|i|ii(' dix ans j)Ins lard, dans \c faux' Tiiipiii cl dans \r (^uide des l'èlerina. Daprrs ces deux derniers textes. (|ni --(Mil (''li'oilciiicnl a|>i)arentés, le nom de cctlc valli'r lui \ icnl de ce (juc c'est là «[ue (lliarles eanij)ail. ajtri'S avoir passé les ports, (|uanc| il entendit rajipel du cor de Roland. Mais il esl certain (pic (!liarles a suivi la route du l'orl tic Cisc : la clii-uiiiiiiic de 'l'in'iiin le dit l'ik'-nièine plus Injn cxprcssiMUciii . Il y a donc là contradiction. Il cs( pi'ohablc (pu- le nom de Valiis Karoli vient de la chapelle de (iliailemagne qui s'élevait à Ibaneta et qui dominait cette vallée', restée toujours espagnole; j>lus tard on aura expliqué le nom en supposant que Charles avait campé dans la vallée"-.
La Croi.K de Charles, la Chapelle de Charles semblent donc pouvoir être considérées comme des moniunciils ((iniinémoratifs élevés par le roi des Francs, le preinici' pour rappeler son passage par la route, restaurée ])ar lui. du Port de Cise, le second j)our consacrer le souvenir des morts du 15 août 778. El ce dernier témoignage a une
1. A Ibaùota se réunissent les deux chemins qui mènent de France à Roiicevau.x, l'nii par le i'urt de Cise, l'autre par le Val Carlos.
2. .\ la rigueur, on ])ourrai( supposer (juc Charles, revenu i)ar le Port de Ci.se, ranuuia sou arnu-eilans le \'al Carlos pour la reposer; mais (,''ain-ait été un assez grand et inutile détour.
valeur historique importante, en ce qu"il nous permet daffirmer que le célèbre combat s'est bien livré à Ronccvaux ou dans les environs immédiats, ce que ne dit aucun des chroniqueurs contemporains, et ce qui ne se trouve que dans les poèmes français, fidèles gardiens, ici, de la tradition authentique.
Ce n'est pas seulement le nom de Ronccvaux^ que les poèmes français ont conservé : la façon dont ils se représentent la scène du combat paraît aussi remonter à une connaissance directe des lieux. Les vers que j'ai cités plus haut, et qui ont créé l'image que d'ordinaire on se forme de Roncevaux, ne s'appliquent en réalité qu'au Port de Cise, auquel ils s'appliquent fort bien. C'est en décrivant le passage de l'armée de Charlemagne à travers ce port que le poète dit :
Hauts sont les monts et les vaux ténébreux, Les roches bises, les détroits merveilleux ;
1. Ce nom, qui est sans doute la traduction du nom basque Orreaga, — « genevrière », — doit remonter à l'époque romaine {Rumicls Vallès), et avoir été affecté par les Romains à ce point important de la voie de Pampelune à Dax.
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cl c'csl au monu'iil où lanuéc l('vo son camj) j)our revenir à Honccvaux par le mh'iih' clicniiii (|n il n''j)Mc :
HauLs sont les monts et léin-hreiix cl gi'aml.s. Les vaux profonds où courent les torrents.
On ne trouve rien de pareil ;i propos do Roncevaux même : il ne s'airil là ni tle délilés, ni de vallées ténébreuses. Le poète parle toujours d un « champ », et ra.s|)eel ({ui s'offre aux yeux de Ciiarlemagne quand il revient sur le lieu du combat n'est pas celui dune gorge étroite : il voit le champ, les vaux el les monts, — c"est-àdire la plaine avec les hauleurs ([ui 1 entourent, — couverts de morts ; à deux lieues en avant, — sur la route (pii mène à l'I'^bre, — il aperçoit la poussière des Sarrasins qui s'enfuient.
Dans la description même du combat, il y a peu de détails qui nous permettent de compléter ces indications; mais il n y en a pas qui les contredisent. La scène célèbre où Olivier, du haut d'un «pui* », voit « à sa droite, par une vallée liei'bue », s'avancer les Sarrasins s'expliipie foi-l bien s il est monté sur une des hauteurs méridionales ou occidentales et regarde du et'ité de l'ampelune.
1. G'est-ù-dire sur um' inuiitaKiH". l'I non sui' un pi», coninu' avaient lu les premiers éditeurs.
L' « eau courante », où Turpin va puiser dans son heaume pour donner à boire à Roland, ne manque pas non plus dans la plaine.
Roland, pour mourir, d'après la Chanson, s'étend sous un [)in. Ce détail a frappé M. G. Deschamps lors de sa visite à Roncevaux. « J'ai beau regarder, dit-il, je ne vois pas de pins... Il me paraît bien que le trouvère qui a rédigé la Chanson de Roland a fait ses descriptions « de chic » et n'a jamais visité les Pyrénées'. » C'est autour de cette remarque que s'est engagé le débat dont j'ai parlé. M. Camille Jullian, le savant historien de la Guyenne romaine et médiévale, la releva non sans vivacité : « J'ai toujours cru, dit-il, que le cher poète a été à Roncevaux, a vu les lieux et fait le pieux pèlerinage du martyre de son héros. . . S'il n'y a pas de pins maintenant, je crois qu'il y en a eu au xi" ou au xii*' siècle... Les Pyrénées portaient jadis le surnom de « fournies de pins- ».
1. Il constate encore, à fappiii do la même idée, qu'il n'a pas vu le « rocher de sardoine » dont parle le poème, et que le fond du ravin est un « marécage » où ne pourraient évoluer des cavaliers. La seconde remarque était sans doute justifiée lors de la visite de M. Deschamps; elle ne l'aurait pas été lors de la mienne : les grandes prairies qui forment le milieu de la plaine n'étaient pas marécageuses et se seraient fort bien prêtées à des mouvements de cavalerie. Quant à la première, « sardoine » est là pour l'assonance, mais il pouvait fort bien y avoir des rochers sur la hauteur où Roland monta pour mourir.