DE NOTRE - SEIGNEUR , ENVOYÉ AU ROI ARGARE
Jésus, auctor clenientiae, Totius spes leetitia?, Dulcoris fons et gratiae, Verse cordis deliciœ !
S. Bernard.
Nous arrivons à l'histoire d'Abgare, roi d'Édesse. Les rois d'Édesse en Syrie portaient généralement ce nom d'Abgare, comme les rois d'Égypte portaient
celui de Pharaon et les premiers empereurs romains celui de César. L'Abgare le plus connu est celui qui écrivit, dit-on, à Notre Seigneur Jésus-Christ, et auquel le divin Législateur envoya son portrait avec une lettre. Eusèbe déclare, au livre Ier de son Histoire ecclésiastique, qu'il a trouvé ces lettres dans les archives de la ville d'Édesse , et Nicéphore confirme ce témoignage.
Beaucoup de savants les ont déclarées apocryphes. Richard Simon ne conteste pas la découverte, mais il conteste l'authenticité. Tillemont, Valois et d'autres hommes de poids l'admettent. Nous reviendrons peutêtre sur ces détails. Mais nous devons parler d'un petit livre fort rare, intitulé « Portrait de Jésus- )> Christ fait par lui-même, âgé de trente-deux ans, » et envoyé à Abgare, roi d'Édesse; Histoire et dis- » sertation, par messire Jean-Baptiste Pianello, prêtre » et docteur en droit canon , » volume in-1 2 de 60 pages, imprimé à Lyon en 1691 , avec plusieurs approbations, entre autres de deux docteurs de Sorbonne, qui lui donnent raison.
L'auteur déclare qu'il a vu une copie exacte du portrait en question, dont l'original est à Rome, dans l'église de Saint-Sylvestre; et qu'il a trouvé ce portrait si ravissant , qu'il s'est décidé à écrire là-dessus son petit livre. Nous le laisserons parler un peu :
« Eusèbe, évêque de Césarée, écrivain grandement distingué parmi les savants et singulièrement estimé pour sa fidèle exactitude à écrire les faits remarquables de l'histoire de l'Église, depuis la naissance de Jésus-Christ jusqu'à son temps, qui était le
DU PORTRAIT DE XOTR E-SEIGXEUR . 177
commencement du quatrième siècle, dit ce qui suit au chapitre xm du livre Ier de son histoire :
« La divinité de Notre Seigneur et Sauveur Jésus- Christ, s'étant fait connaître à tous les hommes par les miracles de sa puissance, attira un nombre infini de malades des pays étrangers , qui étaient amenés par l'espoir d'être guéris.
» Abgare, qui gouvernait avec bonne renommée un petit pays au delà de l'Euphrate, et qui était consumé par une maladie incurable, instruit par le témoignage public des guérisons miraculeuses que Jésus - Christ avait prodiguées, lui écrivit pour le prier de venir, dans sa bonté, jusqu'à lui, et apporter soulagement à ses maux. — Voici sa lettre :
» Abgare, roi d'Édesse, à Jésus Sauveur, qui est apparu à Jérusalem.
» J'ai appris les guérisons que v(5us faites , sans le secours des herbes ni des remèdes. Vous rendez la vue aux aveugles; vous faites marcher droit les boiteux; vous guérissez la lèpre; vous chassez les démons et les esprits immondes; vous délivrez des maladies les plus invétérées ; vous ressuscitez les morts. Le récit de toutes ces merveilles m'a persuadé que vous êtes Dieu ou Fils de Dieu , descendu sur la terre pour y opérer de si grands miracles. Je vous écris donc pour vous supplier de me faire l'honneur de venir chez moi et de me guérir de la maladie, dont je suis tourmenté.
» On me dit aussi que les Juifs murmurent contre
vous et vous tendent des pièges. J'ai une ville qui ,
quoique petite , est convenable et suffisante pour nous deux. »
Voici la réponse de Jésus-Christ. On ne dit pas s'il l'a écrite de sa main divine ; mais plusieurs chroniqueurs le croient.
a Vous êtes heureux, Ahgare , d'avoir cru en moi sans m' avoir vu. "Car il est écrit que ceux qui m'auront vu ne croiront pas, tandis que ceux qui ne m'auront pas vu croiront et seront sauvés.
)) À l'égard de ce dont vous me priez de vous aller voir, il faut que j'accomplisse ce pourquoi je suis venu, et que je retourne ensuite vers Celui qui m'a envoyé. Quand j'y serai remonté, je vous enverrai un de mes disciples , qui vous guérira et vous donnera la vie, à vous et à tous les autres. )>
Quand Jésus fut monté au ciel, Thaddée, un des disciples , alla à Édesse , guérit Abgare et' plusieurs autres malades, et prêcha la foi, que les habitants reçurent en même temps que leur roi , et à son exemple.
Saint Éphrem, dans l'ouvrage qu'il a intitulé son testament, ce saint dont les écrits étaient lus dans les églises après les textes sacrés y comme le rapporte saint Jérôme, saint Éphrem a écrit ce qui suit sur le sujet qui nous occupe :
« Un jour, le roi Abgare, fondateur d'Édesse, sou-, haitant ardemment de voir chez lui Jésus- Christ , •notre Sauveur et le Maître absolu du monde, lequel s'était fait voir aux hommes revêtu d'un corps comme eux. lui manda : « J'ai su vos miracles et ce que vous avez à souffrir des Juifs. Tenez demeurer avec moi;
j'ai une ville petite ; cependant elle pourra suffire pour nous deux. Jésus-Christ, admirant la foi de ce roi, lui envoya une lettre pour bénir sa ville et la conserver. Et cette bénédiction demeurera surÉdesse jusqu'à ce que Jésus-Christ, Fils de Dieu et Dieu même, revienne du ciel sur la terre. »
Une tradition qui accompagne ce récit des lettres y ajoute que le Sauveur, admirant la foi d'Abgare, appliqua sur son visage un morceau d'étoffe , et que son portrait, d'une parfaite ressemblance, s'y appliqua aussitôt. ïl envoya ce portrait miraculeux au roi d'Édesse, qui l'adora et fut guéri aussitôt. Nicéphore admet ce fait dans son Histoire ecclésiastique.
Saint Jean Bamàseèae dit, au quatrième livre de son Traité de la foi orthodoxe :
« ïl est constant dans l'histoire qu'Abgare , roi d'Édesse, envoya un peintre au Sauveur, pour avoir au moins son portrait. Mais le peintre fut si ébloui de la majesté qui jaillissait du visage divin de Jésus, qu'il ne put rien faire. Alors Notre-Seigoeur mit sur sa face auguste un mouchoir, qui reçut aussitôt l'impression parfaite de tous ses traits. »
L'historien Cedrenus dit la même chose, en ajoutant : cf Depuis ce présent fait au roi Abgare , nous copions et adorons ce portrait , de tradition apostolique (1). »
(l) Si Ton est curieux de savoir quels vêtements portait Notre- Seigneur, nous ne pouvons mieux répondre qu'en citant M. l'abbé J. B. E. Pascal.
« Nôtre-Seigneur portait-il le palliùm (manteau) des docteurs de la 'loi , des scribes et des pharisiens ? L'Évangile va nous le dire.
« On sait que parmi les Juifs , ceux qui s'adonnaient à l'étude de la