‹ Lègendes du Nouveau TestamentChapitre 41 sur 106 · XXXI. — PORTRAIT DE LA SAINTE VIERGE · texte numérisé non relu

XXXI. — PORTRAIT DE LA SAINTE VIERGE

Tu es illa speciosa Quà nulla est pulchrior; Rubieunda plus quam rosa, Lilio candidior.

S. BONAtENTURE.

Nicéphore a emprunté à saint Épiphane le portrait suivant de la bienheureuse Vierge Marie :

« La gravité et la plus grande décence accompa-

loi portaient le titre de maîtres ou Rabbi. Or, les Pharisiens donnaient ce titre à l'Homme-Dieu ; ce qu'ils n'eussent point fait si le Sauveur n'eût point porté l'habit caractéristique de cette classe lettrée. Mais çe qui le prouve d'une manière décisive , c'est le récit de saint, Matthieu (ch. ix), quand il met à la bouche de l'hémoroïsse ces paroles : « Si je » touche seulement la frange de son vêtement , je serai guérie. » Elle s'approcha en effet , dit l'Évangéliste , et ayant touché les franges du vêtement du Sauveur, elle fut guérie.

» Ce pallium à franges était du reste imposé aux enfants d'Israël , comme le prouve le livre des Nombres (chap. xi) : « Parle aux fils d'Israël, dit le Seigneur à Moïse, et tu leur diras qu'ils attachent des » franges aux angles de leurs manteaux , en y ajoutant des bandelettes » couleur d'hyacinthe. » Le divin Sauveur, comme on sait, prenait grand soin de respecter les coutumes du peuple juif. Il est donc hors de doute qu'il portait le pallium affecté aux docteurs de la loi judaïque.

» Quant aux autres vêtements du Sauveur, on ne peut consulter avec beaucoup de succès l'histoire évangélique. Il est cependant admis que ces vêtements étaient de trois sortes : le premier, qui couvrait immédiatement le corps, était Vindusium ; le second, la tunica inconsutilis , qui était une longue et large robe à manches ; le troisième enfin était le pallium à franges dont nous avons parlé, et dont il se drapait, tout le corps. Ce pallium, Chez tous ceux qui le portaient, laissait à volonté un bras libre pour agir, et comme c'était ordinairement le bras droit, le personnage qui en était revêtu ramenait sur le bras gauche cette partie du pallium. Ainsi donc, au moment de son crucifiement, le Sauveur fut dépouillé de la tunique et du pallium seulement. On ne lui laissa que Vindusium. [Notions sur le pallium hébraïque).

gnaient toutes ses actions. Elle parlait peu et ne parlait qu'à propos. Son abord était engageant, et elle écoutait patiemment ce qu'on avait à lui dire. Constamment affable, elle était honorée et révérée de tous. Les plaisanteries et les paroles indiscrètes n'entraient jamais dans ses bienveillantes conversations. Il ne sortait de ses lèvres que des paroles douces et affables.

» Sa taille était un peu au-dessus de la moyenne. Elle avait le teint frais et légèrement bruni, les cheveux blonds, les yeux vifs et purs, les sourcils beaux et bien arqués , le nez distingué , la bouche vermeille. Elle avait de belles mains et les doigts longs ; sa figure était un peu ovale.

» Elle était ennemie de tout faste , simple dans ses manières, ne s'occupant jamais de faire ressortir les grâces de son visage ; n'ayant rien de fier, mais ayant tout ce qui caractérise la modestie et l'humilité.

» Ses habits étaient de la couleur naturelle de la laine; ce qui est prouvé par le saint voile dont elle se couvrait la tête, et que l'on possède encore maintenant. En un mot, une grâce infinie donnait un charme divin à toutes ses actions. »

Saint Épiphane dit ailleurs, en parlant des splendeurs de Marie : « Elle est celle qu'aucune bouche » ne peut assez louer, celle dont toute langue hu- » maine doit se garder de parler à la légère , celle » qui a plongé dans l'étonnement toutes les Vertus » des cieux, celle qui a frappé de la stupeur du ra- » vissement et de l'extase les Trônes et les Domina- » tions, les Puissances et les Principautés, les Anges

» et les Archanges, toutes les phalanges de l'armée » céleste, lorsqu'ils la virent attirer sur la terre celui » qui habite dans les cieux et le couvrir du manteau » éternellement inséparable de notre chair mortelle. »

On sait que saint Denys l'Aréopagite eut le bonheur de voir la sainte Vierge au moment où elle allait quitter la terre, et qu'il la trouva si éclatante de beauté, qu'il l'eût adorée , dit-il , s'il n'avait su , instruit par saint Paul , qu'il n'y a qu'un Dieu.

Immaculée dans sa conception , exempte ainsi du péché originel, avec les années elle n'avait pas vieilli.

Une tradition admise dès les premiers temps nous apprend que saint Luc a peint le portrait de la bienheureuse Vierge Marie ; qu'il n'a pu l'achever complètement ; mais qu'il en a fait sept copies célèbres , dont la plus précieuse est à Rome , dans l'église de Sainte-Marie-Majeure.

Schlegel , le poète catholique , nous dit dans une gracieuse ballade pourquoi saint Luc n'a pu donner à son portrait de Marie ce qu'on appelle la dernière main : invité par un songe à faire le portrait de la Mère de Dieu, saint Luc obtint de Marie cette faveur, en lui faisant observer combien il serait consolant pour les fidèles de pouvoir, lorsqu'elle aurait quitté la terre , prier devant son image. « Quelque jour, dit -il, votre gloire sera célébrée par toute langue; le petit enfant qui bégaye et le vieillard chancelant vous supplieront d'intercéder là-haut pour eux. »

La sainte Vierge n'a jamais prétendu à une si grande récompense. Elle se rend cependant aux prières du saint Évangéliste à qui l'ordre de la pein-

dre a été mystérieusement donné. Mais elle lui demande de lui rappeler, s'il est possible, dans son tableau, « l'heureux temps où son Enfant, sa douce félicité, jouait sur le sein de sa mère. »

Saint Luc se met à l'oeuvre. Alors « une vive lumière remplit l'appartement, et des Anges entrent et sortent en agitant leurs ailes. Quelques-uns s'empressent autour du peintre ; l'un lui présente ses pinceaux , l'autre broie ses couleurs. Pour la seconde fois on voit l'Enfant Jésus sur les genoux de Marie. »

u L'ébauche était achevée. » Mais la nuit arrivait, et le peintre béni, suspendant son travail, se promet de venir un autre jour terminer son œuvre. Hélas î quelques jours après, quand il revint, la Mère de Dieu avait quitté la terre. Il n'osa finir de mémoire un portrait si sacré. Mais , « quoique inachevé, il fait les délices des fidèles et éveille dans tous les cœurs de pieux sentiments. »

M. l'abbé Darras, qui a cité la douce poésie de Schlegel dans le chapitre xxv de sa légende de Notre- Dame, donne, au chapitre v de ce même livre, l'histoire populaire de l'admirable Vierge peinte par Fra Bartholomeo. Nous lui empruntons ce passage :

« Un jour, le peuple de Florence se portait en foule à une église dédiée à Marie , pour y contempler un chef-d'œuvre de Fra Bartholomeo. La ville entière, avide de toutes les productions de son artiste favori, se pressait aux portes de la basilique, remplissait le chœur de l'immense édifice et refluait dans les nefs latérales. C'était une Annonciation que le peintre flo-

rentin livrait ainsi à la pieuse curiosité de ses concitoyens. Une espèce de transport religieux s'était emparé de toute la multitude à l'aspect de la Yierge si suave, si modeste et si belle. Jamais un mortel n'aurait pu rêver cette tête ravissante ; nul pinceau humain n'aurait pu lui prêter la transparence de son angélique lumière et son divin sourire. Le lendemain , on disait partout, à Florence, qu'après un long travail l'artiste avait enfin achevé tout son tableau, à l'exception de la tête de la Madone. Avant d'y mettre la dernière main , il avait recueilli toutes ses forces et réveillé tous les élans de sa piété, afin de terminer dignement la partie la plus importante de sa tache. Ce fut en vain. Fatigué de ses inutiles efforts , il s'endormit d'un profond sommeil devant son œuvre. A son réveil , il s'aperçut que la main d'un Ange y avait ajouté une tête de Yierge d'une beauté merveilleuse, et il tomba aussitôt à genoux devant elle.

» Tel était l'élan de ces âges heureux vers la divine Marie , que tout ce qui touchait à son honneur prenait aux yeux du peuple un caractère surnaturel et prodigieux. Le ciel était trop intéressé à la gloire de sa Souveraine pour ne pas partager avec la terre le soin de la soutenir et de la propager. »

On attribue la même intervention miraculeuse à l'une des Yierge de frère Angelico de Fiésole.

Qu'on nous pardonne de donner ici un portrait d'une autre main. Dans le mystère de la Passion , par Jean Michel , la sainte Yierge se peint elle-même en ce gracieux dialogue. On lui demande, lorsqu'elle est encore dans le Temple :

DE LA SAINTE VIERGE. 185 Que voulez-vous ?

Elle répond :

Vivre en simplesse.

— Et l'état mondain?

— Je le laisse.

— Que souhaitez-vous?

— Dieu servir.

— Après?

— Sa grâce desservir.

— Voulez- vous pompeux «habit ?

— Non.

— De quoi parée ?

— De bon renom.

Mais la sainte Vierge oblige Satan lui-même à célébrer ses louanges. Il parle d'elle avant son mariage en ces termes :

Elle est plus belle que Lucrèce , Plus que Sara dévote et sage , C'est une Judith en courage , Une Esther en humilité, C'est Rachel en honnêteté.

En langage est aussi bénigne Que la sibylle Tiburtine; Plus que Pallas a de prudence; De Minerve elle a l'éloquence ; C'est la nonpareille qui soit.

Je suppose que Dieu pensoit A racheter l'humain lignage , Quand il la fit....

« La plus sainte des Vierges ne pouvait être mieux louée que par le démon , dit un critique que nous citerons plus loin. Il y a là une confusion de la fable et de la vérité qui ne va pas mal au caractère et à l'émotion du diable. »

L'HEMORROÏSSE.

XXXIÏ. — L'HÉMORROISSE.

Maximin fit enlever la statue ; mais il ne put détruire la mémoire du fait.

(Asterils, dans la Biblioth. de Photius.)

« Comme Jésus allait à la maison de Jaïre pour guérir sa fille et qu'il était pressé par la fouie du peuple, une femme qui était depuis douze ans malade d'une perte de sang, et qui avait dépensé son bien à se faire traiter par les médecins sans en obtenir soulagement, s'approcha de lui par derrière et toucha la frange de son pallium ; car elle disait en ellemême : Si je touche seulement son manteau, je serai guérie.

» Jésus aussitôt demanda qui l'avait touché. Pierre lui répondit : Maître , la foule du peuple vous presse et vous accable , et vous demandez qui vous a touché ! Mais Jésus repartit : Quelqu'un m'a touché , car j'ai reconnu qu'une vertu sortait de moi.

» L'hémorroïsse , se voyant ainsi découverte, se jeta à ses pieds et lui déclara devant tout le peuple ce qui l'avait portée à toucher son manteau , et comment elle avait ressenti aussitôt l'effet qu'elle en espérait. — Ma fille, lui dit Jésus, votre foi vous a guérie; allez en paix (1). »

De curieuses circonstances s'ajoutent au fait évangélique que nous venons de reproduire. Eusèbe de Césarée raconte que l'hémorroïsse ne fut pas ingrate,

(1) S. Luc, ch. vin ; S. Matthieu, ch. ix.

L'HÉMORROISSE. 187

et qu'elle employa ce qui lui restait de ressources à faire élever dans la ville de Panéade, qu'elle habitait, un monument de bronze où elle-même était moulée à genoux , les bras ouverts , devant Notre-Seigneur debout et lui tendant la main.

Au pied de la statue de Notre-Seigneur une plante s'éleva, une plante inconnue; et dès qu'elle avait atteint la frange du pallium, elle acquérait une vertu merveilleuse , celle de guérir de toute maladie ceux qui en faisaient usage. Eusèbe ajoute qu'il a vu cette statue encore debout.

Eusèbe vivait au troisième siècle ; il mourut dans le premier tiers du quatrième. Or, son récit est confirmé par saint JeanDamascène et par d'autres Pères. Photius a conservé un passage d'Astérius , évèque d'Amasée, qui vivait encore au commencement du cinquième siècle , et qui dit que ce témoignage de reconnaissance de l'hémorroïsse resta debout pendant de longues années , pour la confusion de ceux qui osaient douter du récit des Évangélistes.

Il ajoute que Maximin, qui rendait aux idoles un culte impie, irrité des honneurs que le monument de Panéade attirait à Jésus-Christ , fit enlever la statue, mais sans pouvoir effacer la mémoire du fait.

Cependant on n'avait pas brisé la sainte image , et sous Constantin on la remit dans l'enceinte de l'église.

Ce fut Julien l'Apostat qui la fit mettre en pièces, après l'avoir fait traîner dans les rues.

Les séides de ce prince remplacèrent l'image sacrée de Jésus-Christ par la statue de l'Apostat. Or, il

188 L'HÉMORROISSE.

y a lieu de croire qu'une autre autorité ne trouva pas cette substitution convenable; car, très-peu de temps après qu'on eut érigé si audacieusement la statue de Julien en lieu révéré, le tonnerre la brisa et en dispersa les morceaux.

Saint Ambroise et d'autres Pères croient que sainte Marthe, la sœur de Marie-Madeleine et de Lazare, était l'hémorroïsse guérie par Notre-Seigneur. D'autres la confondent avec la Véronique dont nous parlerons plus tard. Ils s'appuient sur une lettre adressée à Hérode. Jean Malala, dans sa Chronique qu'il écrivit au commencement du dixième siècle, et qui va jusqu'au temps de Justinien, raconte qu'Hérode-Antipas étant venu àPanéade, une femme riche, qui se trouvait alors dans cette ville et qui se nommait Véronique, voulant élever un monument à Jésus-Christ, à qui elle devait la vie , crut devoir implorer l'assentiment d'Hérode , et lui écrivit une lettre où , après des compliments nécessaires, elle lui dit qu'elle s'approche de lui dans l'espérance ferme qu'il approuvera ses vœux. Elle raconte alors qu'elle souffrait depuis l'enfance d'un flux de sang que les médecins n'avaient pu guérir; que ses ressources s'épuisaient, lorsque la renommée du Christ et de ses miracles vint à elle. Aussitôt elle courut à lui comme à un Dieu. Honteuse de sa maladie et n'osant la déclarer publiquement, elle rapporte le prodige conservé par les saints Évangiles, et elle supplie Hérode d'approuver qu'elle témoigne sa reconnaissance par un monument.

Hérode , stupéfait d'un tel miracle , répond : 0 femme! ta guérison mérite bien une statue; érige-la

comme tu la voudras, et rends à Celui qui t'a sauvée les honneurs que tu désires lui rendre.

Heureux qui tient la route où ma \oix le convie! Les ténèbres jamais n'approchent qui me suit ; Et partout, sur mes pas , il trouve un jour sans nuit , Qui porte jusqu'au cœur la lumière de vie.

(P. Corneille , V Imitation de Jésus-Christ.)

Nous devons renvoyer le lecteur aux textes évangéliques pour la plupart des faits éclatants de Notre- Seigneur dans sa vie publique. Ses augustes entretiens avecNathanaël et avec la Samaritaine sont aussi des miracles, car ils ont produit de solides conversions, et de ces deux nouveaux fidèles des disciples zélés.

Il rendit la vie au fils de l'officier de Capharnaùm ; il affermit la foi des Apôtres par la pêche miraculeuse ; il guérit la belle -mère de saint Pierre, et donna la santé, en plusieurs occasions, à des multitudes de malades.

Il confondit, par ses sages réponses, la science des savants, et déjoua les pièges des tentateurs.

Il apaisa les tempêtes et commanda à la mer et aux vents. En diverses rencontres, il chassa les démons, qui ne s'expliquaient pas sa puissance, et il délivra les possédés.

Il ressuscita la fille de Jaïre, le fils unique de la veuve de Naïm , et Lazare, mort depuis quatre jours.

Les paralytiques lui durent le bonheur de reprendre le mouvement et la vie; il rendit la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, la paroje aux muets. Toutes les infirmités, comme les démons, comme la mort même, se retiraient à sa voix. La lèpre et les plaies hideuses s'évanouissaient devant son regard.

Il nourrissait un jour cinq mille hommes avec cinq pains d'orge et deux petits poissons-, un autre jour, de sept pains , il en nourrit quatre mille avec leurs femmes et leurs enfants.

Il instituait une morale et des règles de mœurs qui ne venaient pas de la terre. ïl consolait les affligés, soutenait les faibles, protégeait les petits et les pauvres, relevait les pécheurs, et inaugurait le règne de la miséricorde et de la charité.

Il refaisait de la race humaine ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être, une famille, en créant la vraie fraternité. Dans cette famille il établissait formellement l'unité, dont il faisait saint Pierre le chef.

Pour être compris de tous, il enseignait souvent en paraboles.

Il pardonnait sur-le-champ au repentir, témoin la femme adultère, la Madeleine, le bon larron.

Il nous apprenait à prier et nous révélait la puissance de la prière. Il nous donnait les conseils de la perfection, qui a pour base le détachement et l'humilité.

Les légendaires ont peu touché à la vie publique de Jésus. Sainte Marie-Madeleine , sainte Marthe et Lazare n'ont de légendes qu'après la résurrection.

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