XXXVIII. — LA LÉGENDE DU FER A CHEVAL
On accorde des licences aux poètes. Mais leur pardonnera-t-on certaines fictions perfides qui ne viennent que d'en bas ? Cats.
Les protestants, toujours empressés à faner les plus saintes admirations de l'Église romaine, ont altéré bien des traditions, même les plus naïves et les plus innocentes , pour satisfaire cette misérable petite passion. Ils ont attaqué même la simple légende populaire que voici ; elle est connue sous le nom de la Légende du Fer à cheval.
« Un bon villageois alla un matin faire un tour à la campagne, accompagné de son fils, le petit Thomas. Pendant qu'ils cheminaient : — Tiens, regarde, dit le père , voici un morceau de fer à cheval tombé sur la route; ramasse-le et mets-le dans ta poche.
» — Bah ! répondit le petit garçon, cela ne vaut pas la peine qu'on se baisse pour le ramasser.
» Le père, sans un mot de plus, ramassa le fer et le mit dans sa manche. Arrivé au premier village, il le vendit à un maréchal -ferrant, et en reçut trois liards, avec lesquels il acheta des cerises.
» Après cela le père et le fils se remirent en route. Le soleil était brûlant; nulle part on n'apercevait ni maison, ni arbre, ni source d'eau. Thomas bientôt se plaignit d'être altéré, et il avait de la peine à suivre son père, qui avançait toujours d'un pas ferme.
» Alors le père, comme par mégarde, laisse tomber une cerise. Thomas la ramassa rapidement et la porta