LA RUE DU PUITS-QUI-PAR L E
de tradition. Tout le monde disait : « Allons voir le puits qui parle; » d’où le nom.
Selon d’autres, il y avait sur la montagne Sainte- Geneviève une espèee de .lob qui chanta pendant trente ans les sept psaumes de la pénitence, sur un fumier, au fond d’une citerne, recommençant quand il avait fini, psalmodiant plus haut la nuit, magna voce per umbras. Encore aujourd’hui, l’antiquaire croit entendre sa voix en entrant dans la rue du Puits-qui-Parle , car ce puits existe encore, encastré dans la façade latérale d’une maison qui fait le coin de la rue des Poulies ; seulement il est fermé par un énorme volet surmonté d’un cône qui ressemble de loin à une de ces échauguettes où veillaient les hommes d’armes des vieux châteaux.
Une troisième légende nous raconte qu’un mari trop peu débonnaire, fatigué des criailleries de sa femme, la jeta dans ce puits et s’en retourna tranquillement au logis, la croyant morte, et lui, débarrassé.
La peur le fit revenir le lendemain , pour s’assurer si le cadavre était au fond et ne trahirait pas son crime.
Mais à peine penché sur la margelle, il entendit une voix terrible arrivant du fond du puits et triplée par l’écho, qui lui cria trois fois :
— Assassin ! assassin ! assassin !
Réfugiée dans une des cavités latérales, la victime attendait patiemment que la providence vînt h son secours.
Foudroyé par cette voix vengeresse qui sort du gouffre pour le dénoncer, le coupable tombe à la renverse, les
voisins accourent, les archers paraissent, on délivre la femme qui le dénonce; bref, il est pendu.
Ce fait rendit le puits célèbre, et tout le monde raconta l’histoire du Puits-qui-Parle.
Enfin une quatrième version plus ancienne et qui me paraît la véritable, raconte longuement un événement encore plus tragique.
C’était vers la fin du neuvième siècle. La gloire de Charlemagne, après avoir jeté l’éclat du soleil, allait en déclinant comme un beau jour qui finit. La prédiction du grand empereur s’était accomplie. Un jour qu’il était sur le bord de la mer et qu’il voyait les grandes barques des Normands approcher des côtes, il s’était mis à pleurer en disant à son fidèle Alcuin : S'ils osent déjà, moi vivant, venir jusqu'ici, que sera-ce quand je ne serai plus! En effet, ces redoutables pirates, montés sur leurs drakars , avaient, en remontant le cours de la Seine, longé la grande île qui renfermait Paris. Après un siège mémorable dans lequel les Parisiens se conduisirent en héros tandis que leur roi se conduisait en lâche, uue paix honteuse, par lui conclue, les éloigna gorgés d’or et de butin, et laissant les campagnes dévastées; mais la menace de ces terribles brigands pesait toujours sur la ville.
Sur les hauteurs de la montagne Sainte-Geneviève, alors presque sauvage, s’élevait un vieux couvent de Bénédictines, aux murs duquel était adossé le modeste castel du comte d’Argile. Un puits, entouré de grands chênes, derniers vestiges çT une vaste forêt, était mitoyen, et fournissait aux deux maisons l’eau nécessaire aux usages journaliers.
Le vieux comte, couvert de blessures glorieuses faites