RUE I)U PUITS -QUI- PARLE
Les puits miraculeux. — Celui de Saint-Marcel. — Un antique usage. — Le puits de Lori et le pilori. — La vérité qui ne sort pas du puits qui parle. — Quatre légendes pour une. — La véritable. — Le castel du comte d’Argile sur la montagne Sainte- Geneviève. — Un père qui propose, et l’amour qui dispose. — Une victime des lois de la vénérable hiérarchie seigneuriale. — Un chevalier félon. — Anathème et mystère. — C’est le diable ! — Panique. — De ce que l’on trouva dans une oubliette d’un couvent des Bénédictines. Pauvre Odette ! — Le nouveau nom de la rue du Puits- qui-Parle. — Amyot. — Un nom bien choisi. — Souvenirs historiques qui le justifient. — Les noms incrustés sur la butte latine. — Les semeurs d’idées. — Ce que font de la belle langue d’ Amyot not; écoliers du dix-neuvième siècle.
La plupart des anciennes églises de Paris avaient des puits miraculeux. Dans celle de l’abbaye de Saint* Germain des Prés on voyait un puits situé au fond du sanctuaire et nommé puits de saint Germain , parce qu’il était placé auprès du tombeau de ce saint. Ses eaux avaient la réputation de guérir miraculeusement plusieurs maladies. Abbon, dans son poëme sur le siège de Paris par les Normands, rapporte plusieurs traits qui attestent la vertu merveilleuse de l’eau de ce puits.
Dans l’église de Saint-Marcel, il y avait aussi un puits près duquel était la pierre du tombeau de ce vénérable évêque. Suivant un antique usage dont parle saint Gré-
goire de Tours, on raclait cette pierre, et la poudre ainsi obtenue, infusée dans un verre d’eau du puits, dévotement avalée après avoir entendu une messe, passait pour ùn puissant spécifique contre plusieurs maladies. On cite l’exemple d’un chanoine de Beauvais qui, se croyant empoisonné, trouva dans la raclure de cette pierre un antidote souverain.
Il y avait aussi des puits particuliers réputés pour la bonté de leurs eaux. Le Puits Censier, le Puits de l'Ermite, le Bon Puits , le Puits du Diable que l’on croit ainsi nommé à cause d’une tète de diable gravée sur sa margelle; le Puits d* Amour, aux environs des Halles, où les servantes et les ménagères allaient puiser de l’eau et se laissaient conter fleurette par les varlets.
Il y avait aux Halles, appartenant à un nommé Lori, un puits acheté par la municipalité ; on y bâtit un gibet qui tira son nom (lu puits de Lori , d’où l’on a fait Pilori , nom qui fut adopté ensuite par toute la France pour désigner les lieux patibulaires ou les poteaux auxquels la justice attachait les condamnés.
On voyait au haut de la montagne Sainte-Geneviève une rue nommée la rue du Puits- qui-Par le, et dont l’origine a tourmenté la cervelle de plus d’un chroniqueur tant il était difficile de faire sortir la vérité de ce puitslà. On cite à ce sujet quatre légendes différentes.
Selon les uns, c’était tout simplement un écho bien réussi, qui redisait parfaitement les paroles ; et, comme tout paraissait mystérieux au populaire peu éclairé et que la science n’était pas encore capable de l’expliquer, on en fit un événement qui attira la foule et passa à l’état