LA R U K DU PI ITS-QUI-DARLK
morte d’effroi, il quitta ce lieu lugubre et arriva ruisselant au château, où il raconta la terrible malédiction sortie du puits.
La sinistre nouvelle circula par la ville, et le lendemain matin on entoura le puits. Le plus courageux y descendit, et n’y vit qu’une eau calme et limpide, dormant du sommeil de l’innocence, et de vieilles pierres enveloppées de mousse.
On en conclut que c’était le diable qui était venu s’y loger pour tourmenter les nonnes et le châtelain. C’était alors l’affaire des chanoines, et le clergé de Sainte-Geneviève vint, bannières déployées, suivi de nobles et vilains, exorciser cette nouvelle retraite de Satan.
On psalmodia des psaumes, on jeta des seaux d’eau bénite dans le puits, et pour compléter la cérémonie, le chanoine s’avança vers l’orifice. Mais à peine eut-il étendu la main pour faire le signe de la croix, qu’une voix s’en échappa, vibrante et terrible, et répéta :
— Hommes pervers, nobles et moines, soyez tous maudits ! maudits ! maudits !
La panique fut générale. Chacun s’enfuit en poussant des cris; on jeta les bannières pour se sauver plus vite, les chapes furent déchirées; en un clin d’œil le jardin du manoir fut désert.
Les échevins firent entourer d’un mur ce lieu sinistre, et le soir les passants entendirent encore pendant quelque temps des cris et des lamentations. Ils pressaient le pas et se signaient en recommandant leur âme à Dieu. Puis, un jour, on n’entendit plus rien.
Le comte quitta cette résidence et rentra dans Paris avec
safille ; le chevalier resta plongé dans une noire mélancolie.
Au bout d’un an, le calrne revint dans les esprits, et les noces du chevalier Raoui de Flavv et de noble demoiselle Irmensule d’ Argile se célébrèrent à Saint-Germainl’Auxerrois, nouvelle paroisse du comte.
Le fait, passé à l’étal de légende, fut transmis de bouche en bouche; tout le monde y vit l’œuvre du diable. L’abbesse et le comte seuls connurent le secret de cette voix sinistre.
Odette n’était pas en Bretagne; son père, pour sauver les lois de la hiérarchie seigneuriale, avait confié sa fille à la mère abbesse des bénédictines, dans l’espoir que le calme glacial du cloître éteindrait le feu qui la dévorait, et qu’il aurait le temps de marier Irmensule.
Mais il arriva que la réclusion avait exaspéré la jeune fille; scs imprécations furent telles que l’abbesse, dans la crainte d’ètre compromise, la mit dans un cachot, affreuse oubliette qui touchait aux parois du puits. La pauvre Odette, qui ne vivait que d’amour, de fleurs et de soleil, n’y souffrit pas longtemps. Ses soupirs, ses cris, ses malédictions, s’échappant par une fissure du puits cachée par une touffe de lierre, avaient produit tout le remue-ménage que nous venons de raconter.
Quand, plus tard, on fit des réparations au couvent, on trouva la crevasse, mais les coupables se gardèrent bien de raconter le drame qui s’était passé dans cette froide cellule, et tout le monde crut que c’était le diable qui avait parlé.
Les guerres et les révolutions rasèrent la montagne Sainte-Geneviève; le couvent et le château disparurent, mais le puits resta. Le bon populaire de Paris allait le