‹ Légendes et archives de la BastilleChapitre 32 sur 59 · Alf. Bégis, le Registre d'écrou de la Bastille, p · texte numérisé non relu

Alf. Bégis, le Registre d'écrou de la Bastille, p

2. Les témoignages établissant que la Bastille était de beaucoup la prison la plus douce du royaume sont innombrables. « La Bastille était la prison la plus douce et la plus humaine de l'État. » Observations sur l'hist(Àre de la Bastille (Londres, 1"S3, in-8), p. 148. — « La veuve Gilbert et la Dlle de Bray (enfermées k la Bastille) sont fort chagrinées. Ces deu.\ prisonnières s'imaginent que l'on a mené la Dlle l'réval â l'Hôpital (la Salpélrière) et qu'il leur en pend autant à l'oreille. • Lettre, en date du 6 sept. 1154, du major de la Bastille, Chevalier, au lieutenant de police (Archives de la Bastille". — « Je crois, Monsieur, que la Haslille conviendrait mieux à M. Poirot que le For-l'Evéque.

En 1713, le secrétaire d'Étal, Voysin, écrivait à d'Argenson : « Beaumaniclle ne mérite pas assez de ménagements pour le tirer du Châlelet où il est et le mettre à la Bastille* ». La Harpe a

Il y sera mieux, il ne lui en coûtera rien, et M. le lieutenant de police pourra l'interroger lui-même. » Lettre d'un secrétaire de Sarline, à Malesherbe, en date du 21 août 1775 (Archives de la Bastille). — « Pour éviter l'éclat qu'il aurait pu faire, j'ai cru devoir lui laisser ignorer le lieu où j'allais le conduire, aussi, croyant n'aller qu'à la Bastille, il a soutenu courageusement son extraction; mais lorsqu'il s'est vu sur la route deBicêtre,il s'est fait chez lui une révohilion. • Rapport d'un officier de police cité par Manuel, Police de Paris dévoilée, I, 218. Un nommé Boctey, enfermé à Vincennes, demande en grâce d'être transféré à la Bastille. « J'espère, écrit-il au lieutenant de police, que votre humanité ne me le refusera pas. » Publié dans les Révolutions de Paris, XII, 39. Delort (II, 132) cite une prisonnière accusée d'assassinat et comme telle incarcérée au Chàtelet. A cause de sa santé délicate elle est transférée à la Bastille. — M. de Cambenon est arrêté avec Alexis, son nègre. M. de Cambenon est mis à la Bastille, et le nègre à Bicêtre. Lettre de Sartine au major de la Bastille, Chevalier, en date du 23 mars 1767. (Archives de la Bastille). Comme le cardinal de Rohan, au cours des confrontations du procès du Collier, objectait à Bette d'Étienville : « Mme de Courville n'a pu être instruite si tôt que j'eusse été conduit à la Bastille »; d'Étienville répondait : ■• La Bastille est la prison des personnes d'une naissance illustre, et elle a pu croire que, dès que vous avez été arrêté, vous y aviez été conduit. » Collection complète... Affaire du Collier. III, 31. On lit dans le Journal dhin prêtre parisien {■nS9-i79'2), de l'abbé Rudemare, qui mourut pendant la Restauration, curé de la paroisse des Blancs-Manteaux à Paris : « Le 14 juillet, on prit la Bastille. Le 15, j'y fus promener ma curiosité. Un malotru vint me parler ainsi : « Mon chevalier, vous ne direz pas que c'est pour nous que nous travaillons (en démolissant la Bastille), c'est bien pour vous, car, nous autres, nous ne tàtions point de la Bastille. On nous f... à Bicêtre. N'y a-t-il rien pour boire à votre santé? » Ces citations pourraient être multipliées. 1. Publ. par Ravaisson, Archives de la Bastille, Xlll, C9.

bien caractérisé le mouvemenl de transformation auquel la grande prison d'État obéit depuis cette époque, en disant que, depuis le commencement du eiècle, aucun des prisonniers qui y avaient été mis « n'en avait mérité les honneurs * ». Observation confirmée par Linguet : « Ce n'est pas, dans ces derniers temps surtout, aux criminels d'État que la Bastille est réservée; elle est devenue en quelque sorte l'antichambre de la Conciergerie ».

Si, en vieillissant, la Bastille avait perdu de son éclat, en revanche, la torture, qui, il est vrai, n'y avait jamais été appliquée que sur les arrêts des tribunaux, en avait complètement disparu. Depuis le commencement du xviir siècle, les cachots et les chaînes n'étaient plus qu'une punition temporaire réservée aux prisonniers insubordonnés; depuis l'avènement de Louis XVI, ils sont hors d'usage. Breteuil interdit de mettre au cachot — on appelait ainsi les pièces de l'étage inférieur de chaque tour, sortes de caves sombres et humides — qui que ce fût, Le 11 septembre 1775, Maleshorbes écrit : « Il ne faut refuser à aucun détenu de quoi lire et écrire. Le prétendu abus qu'ils en peuvent faire ne peut être dangereux, étant enfermés aussi étroitement qu'ils le sont. Il ne faut point -se refuser non plus au désir de ceux qui voudraient se

1. Voir les pages curieuses de La Harpe sur la Haslille, publ. dans la Revue rélroa^ecLive du i" juillet 1889.

livrer à d'autres genres d'occupations, pourvu qu'elles n'exigent pas qu'on laisse entre leurs mains des instruments dont ils pourraient se servir pour s'évader. S'il y en a quelqu'un qui veuille écrire à sa famille et à. ses amis, il faut leur permettre de recevoir des réponses et les leur faire parvenir après les avoir lues; sur tout cela c'est à votre prudence et à votre humanité qu'il faut s'en rapporter ' . » La lecture des gazettes, naguère interdite sévèrement, est autorisée.

Il faut dire enfin que le nombre des prisonniers qu'on enfermait à la Bastille n'était pas aussi considérable qu'on pourrait le croire. La vieille forteressepouvait contenir quaranlc-deuxdétenus logés séparément. Sous le règne de Louis XIV, depuis 1660 jusqu'en 1715, la prison du roi reçut 2:228 prisonniers, une moyenne de quarante par an; sous le règne de Louis XV, de 1715 à 1774, le nombre des prisonniers s'éleva à 2567, soit une moyenne de quarante-trois par an; enfin sous le règne de Louis XVI, on en compte 289, qui représentent une moyenne annuelle de dix-neuf. Cette chute si brusque, de quaranle-lrois à dix-neuf, est caractéristique. Elle marque la transformation qui s'était opérée dans les pratiques du gouvernement royal-. Au moment de la prise, le li

1, Arch. nat., 0», 417.

Page 1