PREFACE. XI
compagnons de chambre; c'est le cas de Latude et de d'Allègre.
Sur la nourriture, les détenus sont d'accord. — Elle était abondante et bonne.
« J'avais, dit Dumouriez, cinq plats à dîner, cinq à souper! sans compter le dessert. »
Le Prévôt de Beaumont avoue qu'il acquitté à regret la Bastille, où il pouvait boire et manger tout son saoul.
Poultier d'Elmotte dit : « M. de Launey venait causer amicalement avec moi, et me faisait servir les plats que je désirais ».
Le baron Hennequin, qui est hypocondriaque et se plaint de tout, confesse néanmoins qu'on lui donnait plus de viande qu'il n'en pouvait manger.
L'abbé de Buquoy déclare qu'il faisait fort bonne chère, et que l'intention du roi était que les prisonniers fussent bien nourris.
Le fielleux Linguet, dans son pamphlet, avoue qu'il faisait trois bons repas par jour, et qu'on lui servait une telle quantité de viande, qu'il y vit un piège : — C'était, disait-il, yjowr Vempuisunnerl — Mais ce qu'il ne dit pas : c'est que de Launey lui envoyait chaque matin le menu
Xn PRÉFACE.
(lu jour, où il inar(|u;vit de sa propre main les [liais à son gré, « elioisissanl toujours les plus friands, et en quantité suffis iule (tour contenter cinq ou six épicuriens ».
Sous Louis XIV, Renncviile fait l'énumération suivante des plats qu'on lui sert :
« Huîtres, écrevisses, poulets, chapons, mouton, veau, pigeonneau, etc., — godivcaux, petits pâtés, — asperges, choux-fleurs, petits pois, artichauts, etc., — saumon, soles, hrochets, truites, tout poisson de mer ou d'eau douce, et pâtisseries, fruits de saison, etc. »
Quant à Latude, il se plaint qu'on lui donne des poulets qui ne sont pas piqués !...
Il faut relire dans M. Funck-Brenlano l'amusant récit de Marmontel mangeant, par erreur, le dîner de son domestique, qu'il trouve excellent.
Mlle de Laimay, plus tard Mme de Staal, enfermée pour complicité dans la conspiration de Cellamare, raconte que le soir de son installation à la Bastille, avec sa femme de chambre, elles furent toutes deux effrayées par le bruit singulier, continu, sous leurs pieds, d'une machine mystérieuse qui les fit rêvera quelque instrument de torture.
pRÉrAcE. xiir
Vérificution faite, elles claicnt logées audessus de la cuisine, et c'était le tournebroche!...
Non seulement les prisonniers sont autorisés à recevoir les visites de Icifrs parents, de leurs amis; mais ils peuvent les retenir à dîner, à jouer. — C'est ainsi que clicz cette niCMue Mme de Staal, il y a cercle l'après-midi, et le soir, grand jeu. — « Et ce temps, dit-elle, fut le plus heureux de ma vie. »
Bussy Babutin reçoit toute la cour — ses amis et ses belles amies surtout.
M. de Bonrcjios — noni de circonstance — se trouve si bien à la Bastille, qu'autorisé à prendre sa retraite aux Invalides, il ne quitte la Bastille que par force..
a J'y passai, dit Morellct, six semaines si agréablement, (|u'à présent j'en ris encore! » Et, en sortant, il s'écriait : « Dieu fasse paix à ces bons tyrans-là! »
Voltaire y reste douze jours — avec rcconi mandalion du lieutenant i\c police, devoir pour lui tous les ménagements « dus à son génie! »
Et qu'on n'objecte pas qu'il s'agit ici de grands seigneurs et de gens de lettres pour qui