‹ Légendes et curiosités de l'histoire (volume 2)Chapitre 1 sur 113 · LES PHOBIES DUNE REINE ISABEAU DE BAVIÈRE · texte numérisé non relu

LES PHOBIES DUNE REINE ISABEAU DE BAVIÈRE

Le nom d'Isabeau de Bavière évoque à l'esprit une princesse aux mœurs déréglées, sensuelle et cruelle à la fois, qui livra la France et renia son fils, trahit la foi conjugale avant de trahir sa patrie d'adoption, si tant est que l'idée de patrie eût, à cette époque, le sens que nous lui attachons. A s'en tenir aux documents d'une authenticité irrécusable, il s'en faut que nous gardions de cette reine une aussi défavorable impression.

Et d'abord, son physique, comment l'a-t-on représenté ?

Avant la Révolution, au dire d'un archéologue aux informations d'ordinaire sûres, les monuments reproduisant l'image d'Isabeau étaient assez communs. Le biographe le plus récent de notre héroïne convient qu'il n'en reste plus au-

LriciiNDKs, m. l

2 LÉGENDES Et CUftlOSlTES DE l'hISTOUîë

jourd^hui qu' « un petit nombre et de médrocre valeur >y.

Jadis, on pouvait voir au Louvre, parmi les œuvres des anciens peintres flamands, un panneau, représentant une jeune fille. Celle-ci, au dire de qui a eu le tableautin sous les yeux, parait âgée d'environ quinze ans. Une pièce d'estomac, ou gorgerin de velours bleu, enserre et découvre à demi son étroit corsage. Elle est vêtue d'une robe rouge, jjordée de fourrure. Son étrange coiffure, de forme rhomboïdale, enveloppe et retient la chevelure entière, sous une riche et assez haute résille, toute orfévrée de métal et de pierreries.

« Beauté rare... rehaussée de la grâce la plus chaste : la beauté qui s'ignore ! Fraîche et pure. Comme la rose simple des champs [Sic), longues paupières baissées sur des yeux modestes et muets..., on dirait la Marguerite allemande, avant qu'elle ouvrît l'oreille à de funestes propos. » On a cru que ce portrait, peint en 1385, représentait Isabeau de Bavière. La conjecture, toute séduisante soit-elle, n'est pas aeceptable.

Les effigies qu'on nous donne pour réelles offrent-elles plus de sécurité ? Nous n'oserions en répondre.

Voici la reine en costume de cour. Vêtue de la houpjK'hinde fleurdelysée, coiffée du inoïiumental hennin, elle s'avance tivec majesté, le chef tourné

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de trois quarts, la main gauche retenant le manteau, tandis que la droite reste liljre, à la hauteur

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de la |)()iliine. i)(Mi\ suivantes, eu cosluuie d'apjiaral, hcunrul la (|U(MU^ de sa roUc

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et déjà son visage annonce l'embonpoint qui menace. L'empâtement, siirloiit sons le menton, est manifeste. C'est le seul détail où la complaisance de l'artiste soit en défaut, car le reste est de convention.

La miniature qui représente la reine au milieu de ses dames, recevant l'hommage d'un livre des mains de Christine de Pisan, de môme que celles qui sont placées en tête d'un manuscrit de Froissart exécuté au quinzième siècle, ne nous renseignent pas mieux ; elles nous fournissent", cependant, des indications qui, contrôlées par les textes, nous autorisent à tenir pour acceptalîle cette reconstitution d'un historiographe moderne : « à dix-huil ans, Isabeau était parfaitement reine ; de plus, cette jeune femme, deux fois mère, déjà éprouvée par le deuil et chez qui s'éveillait le sens de la politique, apparaissait mûrie parses trois années de mariage.

Une petite taille, un front élevé, de grands yeux dans un visage large, aux traits accentués ; le nez fort, aux narines très ouvertes; la bouche grande, aux lèvres sinueuses et expressives; le menton, rond et potelé ; la chevelure très brune : tel est alors le physique de la Reine. »

Donc, elle n'avait ni un beau corps, ni des traits réguliers; pourtant, sa physionomie avait du charme. Môme son teint brun, « sa laide peau » ne lui messeyait pas, bien au contraire.

LES PHOBIES d'une REINE : ISAHEAi: DE BAVIERE ;'

Les chroniqueurs bavarois, dont la flatlei'ie

est à bon droit suspecte, ne tarissent pas sur Tad-

luiiablo ljoaLité,la xcr-la ex(|iiiso tic la t'illo de Icui' duc ; c'est, à les croire, un résumé de perfections.

Notre bon Froissart, qui la vit à l'éjjoque de son mariage, a subi, lui aussi, l'euiprise, et sans aller jusqu'à l'enlliousiasme, loue le j'oi du clioix cju'il a fail.

Ce choix avait été dicté par le seutimeut plus que par la raison d'Etat ou par la politique. Philippe le Hardi, allié [)ar de multiples liens à la maison de Bavière, avait préparé les xoies; les oncles de Charles \l entauièreut en suite les négociations d'une union entre la fille du duc Etienne de Bavière et le jeune souverain de France.

Tout jeune, en effet, nous pourrions presque dire un enfant, comme la princesse qui lui était destinée. Elisabeth avait de 13 à 14 ans; Charles était à peine d'un an plus âgé qu'elle.

Elisabeth avait reçu une instruclit)n soignée. Elle savait assez de latin pour lire, dans cette langue, les Livres d'heures, les Vies des saints et les Gestes de ses glorieux ancêtres. Elle occupait ses rares loisirs à l'élevage des oiseaux et à la culture des fleurs. C'étaient ses passe-temps favoris, auxquels, une fois reine, elle ne cessei-a de se livrer.

Son frère était son habituel compagnon de jeux; elle l'aftectionnait ])ai-dessus tous, et il exercera

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