LES PHOBIES D UNE REINE : ISABEAU DE BAVIEHE
sur elle, par la suite, une influence dont elle ne cherchera pas à s'affranchir.
Une circonstance que les chroniqueurs (Jiil mentionnée, nous apporte un nouveau léiuoigiuige d'une OQutunie dès lors en usage dans les Cours, Le père d'Elisabeth avait refusé sa fille à l'en-^ voyé du roi de France, à la seule pensée qu'elle allait être « regardée et avisée toute nue par dames, à savoir si elle était propice et formée à porter enfant ». Etienne III se révoltait à l'idée que cette formalité, qu'il jugeait humiliante, serait infligée à sa fille, et qu'une princesse du sang de Bavière pouvait être déclarée stérile! Tout en reconnaissant l'honneur fait à sa maison, il répondit par un refus à l'offre qui lui était faite.
Trois autres partis avaient été proposés pour le jeune Charles YI : la fille du duc Jean de Lorraine, une princesse d'Autriche, une fille de Lancastre étaient sur les rangs. Pour laquelle des trois allait-il se déterminer ?
On a conté que, dans son embarras, le conseil royal eut recours à une procédure qui, en ce temps, n'avait rien qui surprit. Il fut entendu qu'un peintre, pris parmi les plus habiles, serait successivement envoyé dans le pays d'où étaient originaires les jeunes prétendantes au trône de France, et qu'il en rapporterait l'image de chacune d'elles. A la vue des traits de la princesse
de Bavière, Charles se serait écrié: « Voilà l'élue de mon cœur ! » Si ce ne sont pas les termes, ce fut, au moins, le sens de son exclamation admirative. L'anecdote est jolie, mais elle ne mérite aucune créance. Les détails de la première entrevue des futurs époux, qui nous ont été conservés par les chroniqueurs, nous offrent plus de certitude.
L'oncle d'Elisabeth avait eu grand'peineà vaincre les hésitations de son frère qui, malgré les avantages de l'alliance qu'on lui offrait, en appréhendait les suites. A l'heure des adieux, Etienne de Bavière prit à part son frère Frédéric, lui fit observer qu'il emmenait la jeune fille « sans nul seur état », c'est-à-dire sans aucune situation, sans la moindre fortune ; que, si le roi de France changeait, à sa vue, de détermination, c'en était fait de l'honneur de la princesse, « Gardez-vous de me la ramener », lui dit-il en terminant, « vous n'auriez pire ennemi que moi. »
Quel prétexte allait-on trouver pour justifier ce voyage en pays étranger? prétexte officiel, car le motif véritable, on ne voulait le révéler à la jeune fille qu'au dernier moment. On parla d'un pèlerinage à Saint-Jean d'Amiens à la princesse, qu'on savait très dévote ; elle s'en montra toute joyeuse.
Voici donc les pèlerins en roule pour Bruxelles,
ISABEAU Di; BAVlElîK, EPOUSE DE CIIAP.I.ES VI
lu LEGENDES ET CURIOSITES DE L HISTOIRE
la première étape, où la duchesse de Brabaut, durant trois jours, leur fit faire liesse. Les voyageurs arrivèrent ensuite au Quesnoy, où Mme de Haiuault réserva le meilleur accueil à la petite Bavaroise, qu'elle savait destinée au plus beau trône de l'univers.
Mais la jeune fille était à peine dégi'ossie ; c'était toute une éducation à refaire. Mme de Hainaults'y employa avec le plus grand zèle. Elle lui donna des leçons de maintien, lui apprenant à saluer à la mode de France et, avant toutes choses, renouvelant entièrement sa garde-robe., substituant à « l'habit et l'arroy où elle étoit venue », d'élégants costumes et de riches parures; la coquetterie naturelle aidant, les progrès furent rapides.
Le jour de l'entrevue des deux fiancés approchait. Tandis qu'on mettait la dernière main à la toilette de la future reine, le jeune prince s'impatientait, demandant à tout instant : « Et quand la verrai'je ? »
L'heure sonna enfin. Charles VI attendait sa fiancée au palais épiscopal, entouré du duc do Bourgogne, des sires de la Rivière et de Coucy, du connétable Olivier de Glisson et des seigneurs qui, en petit nombre, étaient dans la confidence.
La jeune fille, lorsqu'elle parut pour la première fois devant le Roi, « estant (debout), se tenoit toute coie et ne mouvoit œil ni bouche ».