LE DERNIER VOYAGE A CYTHERE
C'est à qui veut |)araître le mieux renseigné. Chacun court au steeple-chase de l'information ; tous s'entraînent à ce sport nouveau siècle.
Les plus malins ont un sourire entendu : ils en savent long, mais ils ont la bouche cousue. La plupart vous accablent de leurs révélations, et prenant en pitié votre ignorance : « Alors, vous ne savez pas comment II est mort ?... On L'a empoisonné !... On avait intérêt à Le l'aire disparaître. »
— Mais ses traits n'étaient pas altérés; voyez plutôt sa dernière photographie.
— Il y aies retouches.
— Sans doute; mais iriez-vous supposer?...
— Vous n'y êtes pas, interrompt un troisième : il n'a pas voulu s'avouer vaincu ; il est mort en beauté. La position étrange dans laquelle il fut trouvé ne laisse subsister aucun doute. Et cette dernière version, qui n'est pas la version officielle,
on le comprend de reste, pourrait bien être la véritable.
Nous n'en sommes pas, en général, pour les hypothèses romanesques; si ingénieuses soientelles, elles nous mettent en défiance. Le médecin légiste ou le clinicien de l'histoire (car c'est tout comme, il n'y a qu'une différence de distance), ne doit pas faire antichambre chez la portière. Il constate des faits et en tire des déductions; au juge il appartient de poursuivre son enquête et d'ordonner telle ou telle expertise qu'il juge indispensable à la manifestation de la vérité.
Quand meurt un chef d'Etat, l'autopsie devrait toujours être pratiquée; elle l'était sous la monarchie, en un temps où ces opérations ne donnaient aucun résultat utile ; s'en dispenser à l'heure actuelle, c'est donner libre carrière à toutes les suspicions.
Dans le cas auquel nous faisons allusion, une seule pièce doit retenir l'attention : le procèsverbal de la dernière visite, signé des noms de praticiens honorables qui, à Funanimité, ont déclaré que le Président ^ a présenté « les symptômes indiscutables {sic) d'une hémorragie cérébrale foudroyante, avec paralysie de la face et des membres du côté gauche ». Si, d'autre part, on
1. Nous ne le nommons pas, mais tout le monde sait de qui nous entendons parler.