‹ Légendes et curiosités de l'histoire (volume 2)Chapitre 109 sur 113 · Cf. Revue des questions héraldiques, août et septembre · texte numérisé non relu

Cf. Revue des questions héraldiques, août et septembre

2. Nous l'extrayons d'un ouvrage devenu assez rare et intitule : Paris, Versailles el les provinces, t. I, ()7 et suiv.

Le comle de la Chétarclie, iigé de ([iialre-vingts ans, habitait chez son frère, curé de Saint-Sulpice, et vivait avec lui dans les exercices de la plus rigoureuse dévotion.

Tn matin, il entre dans le cabinet de son frère et lui ditque, malgré les austérités auxquelles il se livre, le démon de la luxure le poursuit tellement, qu'il faut absolument, pour sa santé et le salut de son àme, qu'il se marie. Il le prie, en conséquence, de lui chercher une femme, à qui il ne demande autre chose que d'être jeune et d'une honnête naissance, craignant, s'il s'en rapportait à luimèine, de ne pouvoii' résister à la tentation qui l'engagerait à faire quelque choix indigne de lui.

Toutes les représentations du respectable curé furent inutiles, il lui fallut céder; et, pour éviter les inconvénients qu'on lui faisait redouter, il promit de s'occuper promptement de cet objet.

Il s'adressa, à cet cfîet, à l'abbesse d'un monastère dont il dirigeait la conscience, et lui fit part des intentions de son frère, qui assurerait un sort avantageux à celle (|ui aurait la complaisance de devenir sa compagne. L'abbesse lui parla d'une jeune pensionnaire de quinze ans, Mlle de Monastrol, que ses parents voulaient destiner à la vie religieuse, j)arco qu'elle tétait sans fortune, et qui paraissait ne pas avoir la vocation de cet état.

Le curé demanda à voir la jeune fille. Il fut

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enchanté de sa [)ersoiine et tle son maintien, alla trouver ses parents, avec lesquels il fut bientôt d'accord; et la demoiselle sortit du coiivcint pour le moment de la cérémonie du mariage.

La noce se fit au presbytère : les époux se retirèrent, à neuf heures du soir, dans l'appartement du comte. A peine y étaient-ils depuis une heure, que les convives, ([ui s'étaient mis à table pour souper, entendirent sonner avec la plus grande précipitation. On courut du côté de la chambre des époux, d'où venait le bruit, et la consternation devint générale, en apercevant le mari expirant auprès de sa femme. On lui prodigua en vain tous les secours possibles : il mourut deux heures après.

La jeune femme, après une scène aussi cruelle, voulut être ramenée à son couvent, où elle rentra dès le lendemain matin. Elle refusa constamment de porter le nom qui lui rappelait son malheur, garda celui de Monastrol, et tout le monde se prêta à une fantaisie qui paraissait bien fondée.

Cependant, ce qu'il y eut de singulier, c'est (|u'aubout de neuf mois elle accoucha d'un fils qui, sous le nom de marquis de la Chétardie, a joué un grand lôle dans son ambassade en Russie, ('tant devenu l'amant de l'impératrice Rlisabetli, ({u'il aurait probablement épousée, si son élourde-

rie et ses maladroites indiscrétions n'eussent dessillé les yeux de la souveraine.

Sous la Restauration, le marquis de La... périt de la même manière que le Régent et le comte de la Ghétardie; à cette différence près qu'il s'éteignit « dans les bras de l'Eglise >-> ; cela signifiait qu'il était mort dans les bras d'une danseuse de l'Opéra, qui se nommait Léglise : joli euphémisme !

Clio pourrait graver sur ses tablettes d'autres noms, mais -elle doit y mettre d'autant plus de discrétion qu'il existe, peut-être, à cette heure, des descendants à qui ce souvenir semblerait dépourvu d'agrément. N'a-t-on pas conlé que le fils d'un grand poète — pourquoi le désigner plus clairement ? — fut trouvé mort dans un de ces temples oii les prêtresses de Vénus entretiennent un feu autre que celui qu'alimentaient les Vestales ?

(^ui ne se souvient, quoique le fait ne date pas d'hier, de ce garde des sceaux, qui fut surpris dans une très hospitalière maison, couché entre deux fillettes impubères ? L'officier de paix qui découvrit le mystère alla sur-le-champ avertir le préfet de Police, et celui-ci s'étant transporté sur le lieu du délit, reconduisit chez lui le ministre de la Justice, qui, frappé d'une attaque de paralysie, était plus mort que vif.

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