Biographie universelle
380 LEGENDES ET CURIOSITES DE L HISTOlRIi:
M. de La Vrillière, et en a fait le serment entre les mains du Roi.
« Le duc de Chartres n'est arrivé qu'à onze heures du soir à Versailles, il a trouvé son père mort et sa place prise. La duchesse d'Orléans, sa mère, n'a pas voulu qu'on l'avertît d'abord, croyant que ce ne serait rien, et elle n'a pas voulu suivre l'avis de ceux qui lui ont conseillé de s'aller jeter aux pieds du Roi, et de demander de suspendre jusqu'au retour de son fils. Ainsi voilà ce grand duc d'Orléans, ce régent si célèbre, ce prince qui voulait être Roi, le voilà mort en un moment, et Dieu a renversé tous ses desseins.
« Quand il est tombé malade, il était avec Madame de Phalaris, son ancienne maîtresse. Elle a crié, appelé, à peine a-t-on pu trouver un chirurgien })OLir le saigner; il a été saigné. On dit que Madame de Sabran a dit insolemment : « 11 ne « faut pas le saigner, il sort de « dessus la gueuse » .
Mme de Sabran était, dit-on, dans une pièce voisine, prête à doubler sa compagne de plaisir, en cas de besoin; elle fut une des premières à accourir.
L'ouverture du corps révéla que Philippe d'Orléans avait succombé à une apoplexie cérébrale. On trouva dans le cerveau une quantité notable de sang épanché. Il avait en outre — Légué a puisé le détail dans une publication du temps —
LE DEHNIEH VOYAGE A CYTIIKKE 381
des pustules extérieures à la cuisse, à la gorge et à la tête. Un familier du prince, qui avait de l'esprit, improvisa cette épitaphe : « Hicjacet tauriis Phalaris ' . »
Un des membres de la haute aristocratie, le duc d'Estrées, avait succombé dans des circonstances semblables, à peine trois mois auparavant.
Le 16 septembre, le duc mourait subitement chez un de ses amis. « C'était un mauvais sujet. 11 n'a point d'enfants. Il a été épuisé avec une femme le jour de sa mort. 11 se trouva mal, on le saigna, ne sachant point son état .. » Toute son oraison funèbre tient en ces quelques lignes.
Le duc d'Aumont eut le même sort peu de temps après : il expirait entre les bras de sa maitresse, Mlle Dangerville, une comédienne alors très goûtée, plus comme jolie femme que comme artiste.
L'historiette suivante, moins connue que les précédentes, se présente à nous avec une telle apparence d'authenticité -^ que nous n'hésitons pas à l'enregistrer. Elle est, quoique piquante, d'assez bon ton pour ne pas effaroucher les pudeurs les plus promptes à s'alarmer.