‹ Légendes et curiosités de l'histoire (volume 2)Chapitre 22 sur 113 · M. le vicomte d'Avenel · texte numérisé non relu

M. le vicomte d'Avenel

Il croyait à l'influence des planètes, des jours heureux ou malheureux, et il admettait même, s'il faut en croire certains passages de ses écrits, la puissance de la magie et l'effet des sortilèges; ainsi on lit sous sa plume: « ceux qui, par sortilège, empêchent l'effet du mariage ou, après l'avoir empêché, défont ou font défaire le maléfice dont ils auraient usé, par même voie, au lieu de recourir aux remèdes de l'Eglise, contreviennent au preniier précepte du Décalogue. »

Il ne se montrait pas moins crédule, quand sa santé était en jeu. Il se faisait envoyer, par un banquier de Rome, un anneau qui, porté au second doigt, serait, lui assurait-on, un préservatif excellent contre les hémorroïdes. Il estimait naturel que la maréchale d'Ancre eût fait bénir des coqs et des pigeonneaux, pour les appliquer ensuite sur sa tête: de nos jours, celte pratique ne compte-t-elle pas des adeptes ?

Avec beaucoup de ses conlemjjorains, Richelieu a partagé la chimère de la pierre philosophale : c'était un vestige des croyances du moyen-âge, qui avait cru trouve)- le secret de fabriquer de l'or. Il ne cloutait pas que de Luynes se fût servi de charmes, pour ])laiie à Louis XIII, et que deux magiciens lépulés eussent tlonné au favori des herbes, [)ou)- les intiodiiire tlaus les soulio's du roi, et de la poudre pour mettre dans ses habits.

Quoi de surprenant à cela ? Peu d'années auparavant, le chancelier de Pontchartrain, homme grave, s'il en fût, ne consignait-il pas, dans ses Mémoires, le bruit que plusieurs personnes sont accusées de magie, pour s'être servi de moyens exécrables, afin de « s'attirer l'amour et la bienveillance des daines » ? Le maréchal de Brézé n'écrivait-il pas au secrétaire d'Etat Bouthillier, dont la belle-fille était sur le point d'accoucher, pour lui recommander Veau de tête de cerf; ne lui envoyait-il pas, dans ce but, « par un laquais exprès » un flacon, gros comme le pouce, de peur (jue la fiole ne fût cassée par le messager ordinaiie? « Monsieur, ajoutait-il, dans la missive jointe au s()écifi([ue, l'on fait aussi grand cas d'un os que l'on trouve dans le milieu du cœur des cerfs, (ju'on fait |)rendre en j)oudre, dans un peu de vin blanc, aux femmes <pii sont en travail. »

11 faut bien connaîtr-e l'àuie tl'une époque, avanl de porter un jugement sur ceux qui y ont vécîi. Les légendes les plus naïves, les bizarreries les plus étranges, ont trouvé crédit auprès des contemporains de Louis XIII. Bodin, dans un ouvrage de politique', parle « du noiu])re nu[)lial de Platon, du nombre parfait de 496 et de son influence sur le changement des républiques » !

Page 1